Le plan de déconfinement en France présenté ce mardi à l'Assemblée...

 Le gouvernement doit faire des choix impériaux pour sécuriser le déconfinement et le redémarrage de la France à partir du 11 mai.

C'est la dernière ligne droite pour l'exécutif. Le gouvernement planche des propositions pour sortir la France du confinement, après avoir donné des pistes fluctuantes sur l'école ou les transports. Port du masque ou non dans les transports, retour à l'école volontaire ou échelonné, commerces rouverts partout ou seulement dans certaines régions : autant de questions auxquelles le gouvernement doit encore répondre avant la présentation de sa "stratégie nationale du plan de déconfinement"devant l'Assemblée nationale mardi à 15 heures. Cette présentation sera suivie d'un débat et d'un vote, a annoncé ce samedi soir Matignon.

L'application de traçage "Stop Covid", qui doit permettre de retrouver les contacts avec des personnes porteuses du coronavirus, doit également être présentée à cette occasion. Sa mise au point pour le 11 mai constitue "un défi", souligne dimanche Cedric O, secrétaire d'Etat au Numérique, dans un entretien au Journal du Dimanche (JDD).

Véran en visite, des ministres en réunion

C'est un véritable exercice d'équilibriste auquel le gouvernement doit se livrer: relancer l'économie sans relancer l'épidémie. Et ceci avec le doute des Français qui ne sont que 39% à avoir confiance dans le gouvernement pour faire face efficacement au coronavirus, soit sept points de moins en une semaine, selon un sondage Ifop pour le JDD. Dans un entretien à cet hebdomadaire, le président du Sénat Gérard Larcher (LR) a estimé que "la pénurie, le manque de masques et de tests" avaient été "gérés par l'approximation". Il a aussi reproché "les prises de paroles incessantes et contradictoires" de l'exécutif dans cette crise.

D'autant que les pistes évoquées cette semaine ont eu tendance à semer la confusion. Une certitude, ce plan met en première ligne les élus locaux, consultés jeudi et vendredi par le Premier ministre et qui seront à nouveau reçus lundi par la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault. Dans cette perspective, Édouard Philippe doit tenir "plusieurs réunions de travail durant le week-end sur les sujets prioritaires", dont les masques, les tests ou les transports.

En visite samedi dans un laboratoire de tests de Saint-Denis, son premier déplacement depuis un mois, le ministre de la Santé Olivier Véran a réaffirmé l'objectif de pouvoir "réaliser au moins 500 000 à 700 000 tests par semaine", contre plus de 50 000 par jour actuellement. L'objectif est de pouvoir tester toutes les personnes présentant des symptômes ainsi que celles ayant été en contact rapproché avec des cas confirmés de coronavirus. En revanche, tester l'ensemble des Français serait "impossible" et "n'a pas de sens au niveau médical", a-t-il répété, alors que certaines entreprises ont annoncé leur intention de dépister leurs salariés.

Des masques à l'école ?

En vue de la réouverture progressive des établissements scolaires, l'Académie de médecine a recommandé samedi de "prévoir une formation sur les gestes barrière pour les enseignants et le personnel, à relayer pour les enfants dès l'ouverture" des classes. Elle conseille également de prévoir des masques anti-projection ou alternatifs "pour les adultes (enseignants, personnel, parents) et pour les élèves dès l'âge de 6 ans (...), à porter lors des activités récréatives en dehors de la classe et à la sortie de l'établissement".

Le ministre de la Santé avait lui estimé vendredi qu'il n'y avait "aucune recommandation scientifique qui dise qu'il faille faire porter des masques à des enfants" et qu'il était "très compliqué de demander à un enfant de 10 ou 11 ans, qui est à l'école primaire, d'aller porter un masque", y compris en récréation. En attendant le débat sur le déconfinement prévu à l'Assemblée nationale le 5 mai, l'exécutif s'est employé à rassurer les secteurs parmi les plus touchés par l'épidémie et ses conséquences économiques.

Dix milliards d'euros

Vendredi, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a promis une aide massive pour la compagnie Air France, précédant l'annonce par le gouvernement néerlandais d'une aide aussi importante pour KLM. Au total, ce sont quelque dix milliards d'euros dont bénéficiera le groupe aérien franco-néerlandais Air France-KLM, à condition toutefois, écologie oblige, de devenir "la compagnie aérienne la plus respectueuse de l'environnement de la planète". Outre l'aviation, Bruno Le Maire a aussi voulu soutenir le secteur automobile, en présentant un plan d'aides de cinq milliards d'euros pour le groupe Renault.

Le président Emmanuel Macron s'est quant à lui efforcé de rassurer un autre secteur paralysé depuis plus de deux mois en raison du confinement, celui des restaurants, bars ou hôtels, lors d'une visioconférence vendredi avec leurs représentants. L'accès au Fonds de solidarité sera élargi au 1er juin aux entreprises employant jusqu'à 20 salariés et réalisant jusqu'à 2 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 10 salariés et 1 million de chiffre d'affaires. Le montant de l'aide sera doublé à 10 000 euros au maximum.

Décision finale

En revanche, la filière devra attendre la fin mai pour connaître la "décision finale" du gouvernement sur la réouverture des portes. Bruno Le Maire a mis en garde contre toute "précipitation" faisant courir le risque d'une deuxième vague épidémique. "S'il y a une relative sérénité" dans l'évolution de l'épidémie, une réouverture pourrait avoir lieu "entre le 2 juin et le 20 juin", a estimé le chef multi-étoilé Alain Ducasse, après la réunion.

En attendant le déconfinement, des entreprises ou artisans s'y préparent déjà. Les vendeurs de tissu ont ainsi été autorisés dès vendredi à rouvrir pour donner aux Français la matière première nécessaire à la fabrication de masques "maison". Et les commerçants de neuf marchés parisiens couverts ont été autorisés à vendre à distance leurs produits, soit par la livraison à domicile, soit par le retrait des commandes à l'entrée des marchés.

Le monde du football, impatient et attendu, se prépare lui aussi. Les joueurs vont retourner dans leurs centres d'entraînement dès le 11 mai, pour y subir d'abord un bilan médical complet après deux mois d'inactivité. Les clubs ont également poussé un ouf de soulagement après l'accord obtenu vendredi entre la Ligue et ses diffuseurs Canal+ et beIN Sports, qui payeront bien les matches de L1 et de L2 déjà disputés, apportant plusieurs millions d'euros à des clubs parfois en grande difficulté financière. En revanche, les commerçants et entreprises à Paris n'ont guère de quoi se réjouir : les cambriolages y ont bondi de plus de 50% au premier trimestre 2020, par rapport à 2019.

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