Le monde est fou, tant mieux.

Greta tance Macron. Qui, après l’avoir porté aux nues, la renvoie à l’école. Le complice russe étant surveillé, Trump enquête sur son rival Biden par Ukraine interposé. Boris perd sa majorité et retrouve un Parlement qu’il avait congédié. Le Pape n’arrive pas à verrouiller ses opposants au prochain concile. Poutine ne contrôle plus les élections. Des Arabes pourraient entrer au prochain gouvernement israélien. Franco sortirait de sa tombe avant les élections, bref, l’actualité politique n’en finit pas de jouer au flipper.

Cela étant, les ingénus qui pensent que c’était mieux avant devraient lire la biographie du Président Wilson par Sigmund Freud pour se rendre compte de la fragilité psychologique des petits hommes qui dirigent le monde. Ce qui fait un peu peur.

Pour se réconforter, ils peuvent aller sur le site Our world in data afin de se rappeler le bon vieux temps : celui des vraies inégalités, celles où l’on crevait de faim, où l’esclavage sévissait dans la moitié du monde. Celui des guerres mondiales, des guerres coloniales, des guerres civiles sans fin. Celui où les femmes mourraient en couches et les enfants peu après, quand ils n’étaient pas vendus.

La famine, l’illettrisme, les camps, l’esclavage, les pandémies, les génocides sont, pour l’instant -ce qui demande un effort de chaque jour- maitrisés. L’humanité en est-elle plus heureuse ? Sommes-nous rassurés ? Pas vraiment selon Greta, le Pape, Michel Sardou et bien d’autres, qui, sans être d’accord sur tout, annoncent l’apocalypse.

Soit que la psychologie humaine aime drames, plaintes et gémissements, soit que l’évolution nous porte naturellement à anticiper les malheurs pour nous en prévenir, soit que la lucidité s’accroit avec la connaissance, et que celle-ci, déployant sa révolution, affiche plus crument qu’hier les abysses au dessus desquels nous somnambulons, partout, la catastrophe nous guette. Du ciel, des océans, des Chinois, des Arabes, de Trump, des banques, de Boris, même les Polonais nous empoisonneraient selon le Président.

A qui se fier ? Ceux qui croient que la réponse viendra de l’ONU mérite admiration et respect pour une nouvelle forme de foi qui approche de la béatitude. Les autres s’en remettront à cette idée que toute vie est résolution de problèmes, et que, de même que la surface des forêts s’accroit dans le monde malgré les feux de l’Amazonie, de même l’invention, l’innovation, -et la nécessité- nous permettront de sauver la planète, voire, qui sait, de l’embellir. Les villes aussi sont belles.

A Marseille, j’animais une table ronde sur le thème de « Sauver la Méditerranée ». Autant on peut s’étonner du matraquage rhétorique gouvernementale, qui ne débouche que sur ces innovations : taxer et interdire, autant on doit se réjouir de voir pouvoirs locaux, entreprises, associations, particuliers, trouver des solutions intelligentes, pratiques, pérennes aux drames écologiques du vivre ensemble.

Mais s’il n’y avait que les menaces écologiques : Les taux d’intérêts négatifs nous font entrer dans une économie dont le fonctionnement n’a jamais été décrit. Un peu comme si Christophe Colomb était parti vers le soleil en pensant que la terre était plate. Le montant des dettes des Etats atteint 175% du Pib mondial. Jamais vu. La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis affole le FMI et l’Europe. La City de Hong Kong joue à l’idéaliste, celle de Londres spécule sur la folie de Boris. Non seulement le capitalisme devient fou, mais il marche, même à l’envers.

Les Anglais avaient déjà vécu la folie du roi Georges. C’était ce temps paisible de la révolution et de l’empire qui ouvrit la voie au triomphe britannique. Le suicide du Parlement anglais n’est donc qu’apparent, comme la fin de l’Euro, de l’Europe, ou de la démocratie. Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’investissement dans « l’immatériel » l’emporte sur l’investissement « matériel ». Le monde bascule. L’intelligence artificielle promet et menace. La société de consommation explose comme un soleil mourant avant de se rétrécir dans  l’économie circulaire. L’irrespect aux chefs d’Etat s’accroit. Les Gafas s’effraient elles mêmes de leurs pouvoirs, la Chine lance son bitcoin.

Celui qui prétend prédire l’avenir est donc un charlatan. Sauf votre serviteur : le monde serait moins fou s’il était vraiment en train de sombrer. Que les dirigeants apparaissent grotesques ne fait que traduire la confiance nouvelle que la société gagne en elle plutôt qu’en ceux qui la dirigent. Bien sûr, ce serait mieux avec de bons dirigeants. Si le vieux monde des vieux schémas politiques déraille, ce n’est pas très grave. Au contraire, le spectacle est fascinant, la période créative. Attendre peu des Etats et des gouvernements, beaucoup des opportunités d’une période insensée.

Dans cette aventure, les Français ne sont pas les plus mal placés. Au cœur d’une Europe qui est un pole de stabilité, fort d’un Etat solide voire rigide, ils peuvent se projeter partout dans le monde. Il y a de plus en plus de Français hors de France, ils tentent leur chance, ils ont raison : dans un monde fou, il faut bouger.

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de France

A. Député de Paris

Président de la société Editrice du site "Lesfrancais.press"

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