L’Armée dépose les Bouteflika, la jeunesse espère, les anciens du FLN s’inquiètent.

L’Armée dépose les Bouteflika, la jeunesse espère, les anciens du FLN s’inquiètent.

Bouteflika a démissionné. Une longue réunion des chefs de l’Armée au siège de l’Etat-major, convoquée par le général Salah, en a décidé ainsi. Les frères du Président, Saïd et Nacer, qui dirigent l’Algérie, ont cédé. Il a peut-être fallu leur expliquer qu’ils pouvaient aussi être arrêtés. Le ton était monté. Le général Salah a dénoncé « une bande », mis en cause « une poignée de personnes d’amasser des richesses immenses par des voies illégales et dans un court laps de temps, en toute impunité, profitant de leur accointance avec certains centres de décision douteux et qui tentent ces derniers jours de faire fuir ces capitaux volés et s’enfuir à l’étranger ». Une mise en cause directe de l’ancien patron du patronat Ali Haddad, arrêté à la frontière tunisienne. Un avertissement à tous. Une façon de se mettre du coté des manifestants.

Comment l’armée a-telle pu faire son unité ? Parce que les frères Bouteflika ont réveillé la grande ennemie de l’armée, l’ancienne direction des services de renseignement. Saïd a demandé à l’ancien chef de cette direction,  le général Mohamed Mediene, « Toufik », de prendre contact avec l’ancien Président Liamine Zeroual, pour lui proposer de revenir à la Présidence. Zeroual a refusé. Mais le général Salah l’a appris. Or Salah est l’ennemi de Toufik. il a donc considéré que cette démarche était une trahison de la part de Saïd Bouteflika, et a rassemblé les chefs de l’armée autour de lui en agitant la menace d’un retour sur le devant de la scène de l’ancien Département de Surveillance et de sécurité (DRS) dissous en 2016 à travers sa branche, le DSS, rattaché à la Présidence.

Deux options sont ouvertes. Soit le processus « normal »  et constitutionnel. Le Président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, devient Président par interim, le gouvernement de Noureddine Bedoui, à peine nommé, est chargé d’organiser les élections présidentielles dans 90 jours au plus tard.

Soit, ce que demandent certains manifestants, un gouvernement d’union nationale pour organiser les élections.

Il est possible qu’en cas de désordre, et d’incapacité pour le gouvernement d’asseoir une autorité qu’il a de moins en moins, l’armée constitue elle-même un organe de transition pour organiser les élections. Beaucoup de décisions vont être réglées dans la précipitation. Notamment le sort des frères du Président Bouteflika. En tout cas l’avertissement du Général  Salah a été entendu par tous ceux qui ont peur du changement de régime et sont prêts à faire allégeance au nouveau pouvoir de fait pour se protéger. Ce nouveau pouvoir, ce n’est pas la rue, ni le peuple, mais l’Etat-major. Tant qu’il parvient à se mettre dans le courant des revendications des manifestants, au moins d’une partie d’entre eux. Car dans la rue, beaucoup criaient aussi contre Gaïd Salah. Ce dernier pourrait s’appuyer sur son gendre, Abdelghani Zaalane, qui avait été nommé directeur de campagne du Président Bouteflika le 19 mars dernier. Une éternité.

 

A noter que les tentatives faites pour faire porter la responsabilité des révolutions de palais à la France ont échoué. Personne ne croit plus aux «complots de l’étranger. Jean Yves Le Drian, a déclaré à New York : « l’Algérie doit être maîtresse de son destin. Il faut donc que le processus qui va se mettre en œuvre, de transition, qui maintenant s’impose, puisse se dérouler dans les meilleurs conditions ». La France, attentive, reste en retrait et prudente. Des menaces ont été reçues. La Russie, qui fait faire régulièrement escale à sa flotte militaire, et fournit l’armée en armement, avertit contre toute ingérence. Un vrai changement en Algérie aurait d’importantes conséquences pour elle.

La démission de Bouteflika, si elle marque la fin d’une époque, n’est pas encore la fin d’un régime. C’est le début d’un nouveau chapitre. Qui va tenir la plume, maintenant que les frères Bouteflika font leurs valises ? La rue, l’Armée, et une part d’ombres. Les Islamistes sont ils vraiment puissants ? Sont-ils au contraire sur le recul et ne servent-ils que d’excuse au régime ? Si l’Algérie suivait la voie de la démocratie, comme la Tunisie s’essaie à le faire, ce pourrait être le début d’une révolution qui dépasserait l’Algérie : la Méditerranée, le monde arabe, l’Afrique…

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