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La France : le pays européen préféré des investisseurs internationaux

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La France : le pays européen préféré des investisseurs internationaux

À l’approche du sommet Choose France du 1er juin, la France peut s’enorgueillir de rester le premier pays d’accueil des investisseurs internationaux en Europe.

En effet, selon le baromètre annuel publié par le cabinet EY, en 2025 et pour la septième année consécutive, la France conserve sa position de première destination européenne pour les projets d’investissements internationaux, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. La France continue notamment de capter des investissements dans des secteurs considérés comme stratégiques : intelligence artificielle, défense, énergies décarbonées ou technologies de pointe. Les projets annoncés devraient permettre la création d’environ 28 000 emplois, un chiffre jugé encourageant alors que le chômage est repassé au-dessus du seuil des 8 %.

Des investissements ramenés au niveau de 2017

Dans un environnement dominé par les tensions commerciales, les conflits militaires et le durcissement des politiques industrielles, les décisions d’implantation ou d’extension ont reculé en 2025. Avec 852 projets recensés, la baisse atteint 17 % sur un an, après déjà un exercice 2024 peu dynamique. Depuis 2022, le recul dépasse désormais 30 %, ramenant le volume des investissements à son niveau le plus faible depuis 2017. La contraction est particulièrement visible du côté des investisseurs américains. Pour la deuxième année consécutive, les entreprises américaines ont réduit leurs projets en France, avec une diminution de 14 % par rapport à 2024. Elles demeurent néanmoins les premiers investisseurs étrangers dans l’Hexagone. Les groupes allemands ont, eux aussi, fortement ralenti avec une chute de 26 % de leurs engagements.

Cette dégradation reflète les difficultés rencontrées par plusieurs grands secteurs industriels français, notamment l’automobile, la chimie et la pharmacie. L’industrie concentre toujours près de 42 % des investissements accueillis dans le pays, mais le nombre de projets y a diminué de 15 % en un an. Les mesures protectionnistes américaines, notamment les droits de douane instaurés par Donald Trump, ont accentué les tensions pesant sur les chaînes de valeurs industrielles européennes. L’instabilité politique en France, depuis 2024 et la proximité de l’élection présidentielle de 2027, refroidissent les ardeurs des investisseurs tout comme les difficultés budgétaires du pays qui peuvent déboucher sur une hausse des prélèvements.

Plus largement, le ralentissement français s’inscrit dans un affaiblissement global de l’attractivité européenne. Le Royaume-Uni a vu le nombre de projets internationaux reculer de 14 %, à 730 opérations, tandis que l’Allemagne enregistrait une baisse de 10 %, à 548 projets, sur fond de crise industrielle persistante. Coincée entre la puissance industrielle chinoise et les politiques de réindustrialisation américaines, l’Europe souffre d’une croissance atone depuis plusieurs années. Les groupes américains, fortement incités à investir sur leur marché domestique, réduisent désormais nettement leurs engagements sur le Vieux Continent.

-25% en Europe

En Europe, les projets de créations de nouveaux sites par des investisseurs internationaux ont reculé de 25 % en 2025, contre une baisse de 16 % au niveau mondial et de 13 % en Amérique du Nord. Si le recul global des investissements internationaux en Europe reste limité à 7 %, c’est essentiellement grâce à des pays plus compétitifs comme l’Espagne, la Pologne, la Roumanie ou la Turquie, qui bénéficient de coûts de production plus faibles, d’un cadre réglementaire plus souple et de politiques d’incitation ciblées.

La véritable rupture remonte à 2022, avec la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine. Depuis lors, les investissements industriels en France, en Allemagne et au Royaume-Uni subissent durablement les conséquences de la hausse des coûts énergétiques et de l’érosion de la compétitivité européenne.

Hausse des prix de l'énergie depuis janvier 2022
Hausse des prix de l’énergie depuis janvier 2022

En France, la dynamique actuelle repose principalement sur l’extension de sites déjà existants qui représentent près de 62 % des projets recensés. En revanche, le pays peine davantage à attirer de nouveaux acteurs internationaux. Cette structure explique pourquoi les investissements génèrent relativement moins d’emplois que dans d’autres économies. En 2025, la baisse limitée des créations de postes (-4 %) malgré le recul de 17 % des projets s’explique notamment par quelques opérations logistiques de grande ampleur, dont plusieurs plateformes développées par Amazon. Le constat est plus préoccupant encore dans les activités à forte valeur ajoutée. Dans la compétition pour l’accueil des sièges sociaux internationaux, la France reste distancée par le Royaume-Uni, notamment dans les secteurs de la finance et des technologies. Surtout, les investissements en recherche et développement, déterminants pour l’innovation future , ont chuté de 47 % dans l’Hexagone, dans un mouvement observé à l’échelle européenne où le recul atteint environ 40 %.

Les perspectives pour 2026 demeurent toutefois fragiles. Les tensions au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les prix de l’énergie constituent une menace directe pour la croissance européenne et française. D’après l’enquête réalisée par EY, 57 % des entreprises internationales interrogées envisagent encore un investissement en France. Ce taux demeure néanmoins inférieur à celui observé un an auparavant (62 %). Les investisseurs semblent ainsi partagés entre la reconnaissance des atouts structurels de la France, qualité des infrastructures, compétences, position géographique, filières technologiques et les inquiétudes liées à la faiblesse de la croissance européenne, à l’instabilité politique et aux incertitudes fiscales. À moins d’un an de l’élection présidentielle, une large majorité des dirigeants interrogés ne croient d’ailleurs pas à une amélioration rapide de la situation économique et politique française dans les prochaines années.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d’être notre spécialiste économie.

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