Mi-septembre 2026, le litre de sans-plomb 95 a dépassé 2,15 euros en moyenne en France, pulvérisant le précédent record du 14 juin 2022. Le gazole, lui, flirte avec 2,35 euros. Mais la France n’est pas un cas isolé : du détroit d’Ormuz aux pompes d’Addis-Abeba, de Hong Kong à Copenhague, c’est bien la planète entière qui vit sa pire secousse pétrolière depuis les chocs des années 1970. Pour les Français de l’étranger, cette crise redessine le quotidien, les budgets et même le lien avec la métropole.
Aux origines d’une crise énergétique mondiale
Cette crise n’est pas née en septembre 2026, elle est la culmination de plusieurs années de tensions. Dès 2021, la reprise économique post-Covid avait tendu tous les marchés de l’énergie, avant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 ne transforme ces tensions en ce que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a qualifié de « première crise énergétique mondiale ».
Le coup d’accent est venu du Moyen-Orient. Fin février 2026, après des frappes militaires ayant frappé l’Iran, les Gardiens de la révolution ont fermé le détroit d’Ormuz en représailles. Or ce passage étroit assure normalement environ 20 millions de barils par jour, soit près de 20 % de l’offre mondiale de pétrole. L’AIE y a vu « la plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial », qualifiant la situation de « plus grand défi de sécurité énergétique mondiale de l’histoire ». Le baril de Brent est passé au-dessus de 126 dollars, et la suspension des livraisons de GNL qatari a ajouté une crise du gaz à la crise du pétrole, précipitant l’Europe dans une tourmente économique faite de pénuries, d’inflation et de risques de stagflation.
À ces chocs conjoncturels s’ajoute une fragilité structurelle : une économie mondiale toujours dépendante des fossiles. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé en juin 2026 que la crise climatique et la crise énergétique ont « la même origine les combustibles fossiles et appellent la même réponse » : une transition rapide et juste vers les renouvelables, dont les coûts ont chuté de 70 à 95 % depuis 2010 (ONU, 23 juin 2026). En attendant que cette transition porte ses fruits, le monde reste suspendu à un détroit de 30 kilomètres de large et le conflit, qui s’est propagé vers Bab-el-Mandeb au Yémen, continue de perturber les acheminements.
Le prix de l’essence dans le monde : une géographie à deux vitesses
Face à ce choc, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Le prix moyen mondial de l’essence s’établit à 1,57 dollar le litre (données du 14 septembre 2026), mais avec des écarts considérables : les pays riches et taxateurs affichent les prix les plus élevés, tandis que les pays producteurs subventionnent massivement les leurs.
En haut du classement, Hong Kong demeure l’endroit le plus cher de la planète pour faire le plein, avec un litre de SP95 proche de 3,10 euros, devant la Norvège (2,69 euros) et le Danemark (2,40 euros environ). À l’autre extrémité, le Venezuela vend son essence quelques centimes le litre, suivi de la Libye et de l’Iran, trois pays producteurs frappés d’embargos et de sanctions. Entre les deux, l’Algérie (environ 0,30 euro) ou le Kazakhstan (0,40 euro) rappellent que le pétrole bon marché reste un privilège de producteur.

En Europe, l’Union affichait mi-septembre une moyenne de 1,92 euro le litre d’essence et 2,08 euros pour le diesel, avec des extrêmes allant de Malte (1,34 euro) au Danemark (plus de 2,56 euros). La France s’est hissée au cinquième rang des pays où le plein coûte le plus cher, devancée notamment par le Danemark, les Pays-Bas et l’Allemagne, et s’écarte progressivement de la moyenne européenne depuis le début du conflit. Face à la flambée, chaque État improvise son bouclier : baisses de taxes massives en Espagne et en Italie, plafonnements administratifs en Hongrie et en Grèce, aides ciblées en France, où le gouvernement a prolongé jusqu’au 31 décembre des dispositifs sectoriels, dont une aide de 35 centimes par litre pour les pêcheurs.
Des conséquences économiques qui s’accumulent
Les effets économiques de cette flambée dépassent largement la facture à la pompe. Le diesel et le fioul, qui ont augmenté plus vite que l’essence, irriguent toute l’économie réelle : agriculture, pêche, transport routier, chauffage. La grogne sociale est mondiale, des pêcheurs français qui bloquent des ports aux paysans boliviens contestant le doublement du prix du diesel, en passant par les manifestations massives en Syrie contre la hausse du mazout. Aux États-Unis, le gallon de diesel a dépassé six dollars, une hausse de plus de 60 % en un an, pénalisant les plaines agricoles du Midwest et les transporteurs alors que deux tiers des marchandises américaines voyagent par la route. Dans les pays émergents, l’inflation importée liée au carburant érode les budgets des ménages et menace la demande mondiale.
Pour l’économie française, l’INSEE table sur une croissance de 0,7 % en 2026, le choc pétrolier pesant 0,2 à 0,3 point sur le PIB : la consommation des ménages cède, quand les exportations industrielles font preuve de résilience. Le transport aérien concentre toutes les tensions : le baril de kérosène s’établit à 171 dollars selon l’IATA, un coût qui représente 20 à 40 % des charges d’exploitation d’une compagnie. Même avec des avions pleins, « c’est quasi impossible » d’être rentable avec un kérosène aussi cher, résume le directeur général de Transavia France (La Tribune, 15 septembre 2026). Le surcoût se répercute dans les billets, les suppléments carburant et les capacités offertes.
Le quotidien des expatriés bouleversé
Pour les Français de l’étranger, les conséquences sont très concrètes. Là où les prix flambent, Asie du Nord, Europe du Nord, Afrique de l’Est, le budget mobilité explose, et dans certaines régions touchées par les pénuries, comme l’Éthiopie, le quotidien se rythme de files d’attente interminables devant les stations et d’une inflation galopante sur les produits de première nécessité. À l’inverse, les expatriés installés dans les pays producteurs subventionnés (Golfe, Maghreb, Asie centrale) bénéficient encore d’un pétrole quasi gratuit, un facteur de pouvoir d’achat à intégrer dans tout calcul d’expatriation.

Le lien avec la France se paie aussi plus cher. En effet, avec un kérosène à plus de 1 700 dollars la tonne, les billets d’avion s’envolent et certaines compagnies rognent leurs capacités, tandis que les détours imposés par la crise du Golfe allongent les trajets. Enfin, les expatriés dépendant des exportations françaises, ou travaillant pour des entreprises exportatrices, mesurent l’effet boomerang de la crise : quand les pays émergents ralentissent sous le poids de leur facture énergétique, la demande adressée à la France faiblit.
La leçon de 2026 est claire : le prix de l’essence n’est plus une donnée locale mais un paramètre global, géopolitique et fiscal. Pour les Français de l’étranger, anticiper, comparer les prix à la pompe, arbitrer les trajets, budgéter les vols et suivre les aides locales, est devenu un réflexe vital. Et si l’ONU a raison, la seule sortie durable de cette crise passera par la transition énergétique, dont les renouvelables, devenus l’électricité la moins chère du monde, sont le meilleur gage d’indépendance.







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