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Endettement de la France : les points de bascule

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Endettement de la France : les points de bascule

Les temps changent. Il y a tout juste quelques mois, dans leurs prévisions les plus sombres, les économistes de la place fixaient le taux de l’Obligation assimilable du Trésor français à 10 ans à 4,2 %. En cette fin de mois de septembre, celui-ci dépasse 4,7 %. Autre indicateur : l’écart de taux avec l’Allemagne dépasse désormais un point de pourcentage. Il n’était que de 0,4 % en 2024 avant la dissolution de l’Assemblée nationale. Le service de la dette que retrace le paiement des intérêts de l’État s’accroît à grande vitesse et pourrait rapidement dépasser les 100 milliards d’euros.

Too big, to fail ! Vraiment ?

Jusqu’à maintenant, il était communément admis que la France ne pouvait pas, à court terme, être confrontée à une crise des dettes souveraines comme les pays d’Europe du Sud ont connue entre 2010 et 2012. Le poids de son économie, la force de son système financier, la propension des ménages à épargner, la capacité de l’État à lever des impôts étaient autant d’atouts qui préservaient le pays. Sa dette abyssale peut constituer un rempart. Par sa taille, elle rend dépendant le créancier de son débiteur. Un problème dans le remboursement de la France est de nature systémique. Pour éviter de tout perdre, il vaut mieux continuer à prêter. Néanmoins, avec la hausse rapide des taux d’intérêt, le doute commence à se répandre ; doute qui est bien plus dangereux que la froideur des statistiques. Plusieurs facteurs tangibles contribuent à la défiance qu’inspire la France aux investisseurs, parmi lesquels figurent évidemment la difficile élaboration des projets de loi de finances pour 2027 et les incertitudes qui entourent la future élection présidentielle ainsi que la dérive des comptes publics. Face à un déficit public de 5,4 % du PIB en 2026, le gouvernement ne peut, compte tenu de la fragmentation de l’Assemblée nationale, que présenter des cautères sur une jambe de bois. Aucun groupe parlementaire n’acceptera, en effet, d’endosser l’impopularité de la moindre mesure à quelques mois d’échéances électorales capitales. La population française, si elle est consciente des difficultés financières, n’est pas prête à faire le moindre sacrifice. Les programmes des différents candidats à l’élection présidentielle ignorent en grande partie ces enjeux budgétaires et financiers.

Un emballement est-il possible avant les élections ?

Aujourd’hui, la moitié des émissions d’emprunts de l’État est souscrite par des investisseurs étrangers, essentiellement des établissements financiers allemands, italiens, américains, japonais, chinois et moyen-orientaux. Si quelques établissements refusent de souscrire ou exigent des primes de risque élevées, une spirale infernale peut se mettre en place avec des taux franchissant la barre des 6 %. Un écart de taux de plus en plus élevé avec l’Allemagne pourrait générer un effet boule de neige avec la mise sous tension de l’État et des détenteurs d’obligations. Le premier subirait une forte hausse du service de la dette quand les seconds seraient confrontés à d’importantes moins-values.

Un tel scénario est craint par les autorités européennes et, en premier lieu, par la Banque centrale européenne. En effet, ces dernières pourraient être amenées à intervenir en pleine campagne politique. La Banque centrale européenne a réaffirmé à plusieurs reprises qu’elle ferait tout pour éviter une crise de la zone euro. Pour le moment, cet engagement a été dissuasif. Des investisseurs pourraient vouloir le tester en jouant contre la France. La BCE pourrait être ainsi conduite à racheter des titres français pour faire descendre la pression sur les taux, mais cette action serait certainement conditionnée par la mise en œuvre d’un plan d’assainissement. Fort probablement, il en résulterait une surenchère anti-européenne de la part des différents candidats. La campagne risque de se faire autour de ce thème avec un renforcement des extrêmes. Les institutions européennes feront donc tout ce qui est dans leur pouvoir pour éviter ce scénario. Elles pourraient répéter leur engagement d’éviter toute crise financière et inciter discrètement des établissements financiers à souscrire en masse des titres français. Elles pourraient également lancer un plan global de rachats d’obligations au profit de tous les États.

Image d'illustration, endettement de la France
Image d’illustration, endettement de la France

Le prochain gouvernement attendu de pied ferme par les créanciers !

L’autre scénario possible pour la France est la survenue d’une crise après les élections présidentielles et législatives. À la lumière des premières mesures prises par le nouveau gouvernement, les investisseurs pourraient le sanctionner en exigeant des primes de risque de plus en plus importantes. Un retour de la retraite à 60 ans, un refus de s’acquitter de la contribution de la France à l’Europe, une hausse des dépenses publiques ou une absence de majorité parlementaire sur fond de tension politique et sociale pourraient allumer la mèche. Il suffit souvent d’un signe en la matière, de la sorte qu’il est difficile de prévoir le jour et l’heure de la survenue d’une crise financière. Comme dans le précédent scénario, les autorités européennes conditionneraient leurs aides à la mise en place d’un plan de rétablissement des comptes. Le gouvernement français pourrait se servir de l’opinion pour s’opposer à la Commission ou à la BCE comme l’avait fait dans le passé Tsípras en Grèce en recourant à l’arme du référendum. La France aurait in fine le choix de se soumettre ou de s’engager dans l’aventure d’une sortie de la zone euro et de l’Union européenne sur fond de hausse accélérée et intenable des taux. Ce choix exposerait la France à une crise financière sans précédent avec, sans nul doute, le blocage des comptes courants et des contrats d’assurance vie. Cette crise pourrait s’accompagner d’une inflation galopante et d’une incapacité à financer les importations en raison de la dépréciation du nouveau franc. La Grèce avait, en 2012, regimbé devant ces obstacles et avait opté pour la potion amère de l’Europe. Force est de constater que ce choix s’est avéré gagnant, ce pays emprunte en 2026 à des taux inférieurs à la France.

À se croire intouchable, la France est aujourd’hui aux portes de l’enfer. Depuis plus de 50 ans, elle accumule, année après année, des déficits remettant toujours aux lendemains l’heure de l’assainissement. La hausse des taux d’intérêt rappelle au pays que celle-ci se rapproche. Or, ce n’est que par l’augmentation de la production que la France pourra sortir de l’ornière dans laquelle elle s’est mise. Par facilité, par peur de l’avenir, le malthusianisme et l’attrition l’emportent sur la recherche de solutions par le haut reposant sur une augmentation de la production et du volume de travail. Le déficit de ce dernier explique en grande partie les déboires du pays. Encore faut-il en prendre conscience et agir en conséquence. Tout le problème est là.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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