Dans le cadre de notre série d’interviews consacrée aux élections consulaires 2026 des Français de l’étranger, Lesfrancais.press met aujourd’hui le cap sur la Tunisie. Nous avons interrogé Donia Ben Osman, avocate et tête de liste « La France insoumise – LFI Tunisie Libye », qui défend une vision engagée du rôle de conseiller des Français de l’étranger. Entre accès aux droits, protection sociale, éducation et lutte contre les inégalités, elle détaille ses priorités pour les Français expatriés dont elle veut porter la voix.
À quoi servent les élections consulaires ?
Lesfrancais.press : « Que représentent pour vous les élections consulaires et qu’est-ce qui vous distingue des autres candidatures ? »
Donia Ben Osman : « Avocate de profession, mon quotidien est de conseiller, protéger et porter la voix de ceux qui font face à la complexité des textes et des procédures. Candidate aux élections consulaires, je souhaite mettre cette force de conviction et cette rigueur juridique au service des Français de Tunisie et de Libye. Être votre Conseillère des Français de l’étranger constitue pour moi la suite logique de mon engagement : passer de la défense individuelle à la défense de nos intérêts collectifs.
En tant qu’élue, je serai une interlocutrice tenace face à l’administration pour garantir que nos droits soient respectés, que ce soit en matière de bourses scolaires, de protection sociale ou aussi d’accès à l’administration. Binationale, je ne suis pas seulement une représentante de la France en Tunisie, je suis le trait d’union entre nos deux cultures.
« Je dis aux Franco-Tunisiens qui ne se sentent pas concernés par les élections consulaires : Nos enjeux ne s'arrêtent pas à la frontière ! »
Donia Ben Osman tête de liste « La France insoumise - LFI Tunisie Libye »
Je comprends les problématiques spécifiques des Franco-Tunisiens et aussi le désir de maintenir un lien fort avec la langue et la culture française tout en vivant pleinement sa tunisianité. Je dis aux Franco-Tunisiens qui ne se sentent pas concernés par les élections consulaires : Nos enjeux ne s’arrêtent pas à la frontière ! Le consulat n’est pas là que pour les « expatriés de passage ». Le Consulat, c’est votre service public de proximité ! Voter, c’est choisir qui défendra vos droits face à l‘administration française depuis Tunis.
Que ce soit pour l’accès aux bourses scolaires de nos enfants, la défense de nos retraites ou la simplification de nos démarches au Consulat, ces décisions nous impactent directement dans notre vie quotidienne ici, en Tunisie. Je suis candidate pour que notre voix, celle d’une France plurielle et enracinée, soit entendue. Ma bi nationalité est ma force, elle est notre réalité. Mon appartenance politique affichée et assumée à un mouvement politique est aussi un atout. Nous sommes la voix de la « Nouvelle France » : celle qui assume son métissage et porte l’exigence du changement.
Nos remontées de terrain serviront de base à nos députés et sénateurs pour interpeller le gouvernement au parlement (par exemple, sur le sous-financement des consulats ou l’obligation de résidence). Nous sommes un parti de gauche qui défendra le service public consulaire, l’accès aux établissements scolaires et à une protection sociale juste et adaptée aux réalités locales. »
Lesfrancais.press : « Certains critiquent l’utilité même des conseillers des Français de l’étranger, jugés peu visibles et peu influents. Que répondez-vous à ceux qui estiment que ce mandat est inefficace ? »
Donia Ben Osman : « Je pense que l’efficacité du conseiller des français de l’étranger dépend essentiellement de son degré d’implication personnelle dans les dossiers qui lui sont soumis. En effet, un conseiller consulaire consciencieux, diligent et sérieux peut intervenir efficacement à plusieurs niveaux.
En tant qu’élu local et de terrain : Ancrage local : Élu au suffrage universel direct pour 6 ans, le conseiller des Français de l’étranger est consulté sur tout ce qui touche à la vie quotidienne. Tandis que le consulat s’occupe de la partie administrative, les conseillers s’occupent du lien humain et social. Ils sont les seuls élus locaux à pouvoir faire pression sur l’administration consulaire pour améliorer le service rendu aux Français. Ce sont des « élus de terrain » qui représentent l’ensemble des Français de leur circonscription face au consulat et auprès de l’ambassade.

Ils interviennent notamment sur les questions ci-dessous :
- Bourses scolaires : Ils siègent au conseil consulaire qui décide des aides accordées aux familles pour la scolarité des enfants.
- Aide sociale : Ils participent à l’attribution d’aides pour les Français en difficulté.
- Sécurité et Crise : Ils sont associés à la gestion de crise (pandémie, conflit, catastrophe naturelle) et à la mise à jour des plans de sécurité de la communauté française.
- Projets Associatifs (STAFE) : Ils évaluent les projets locaux pour attribuer des subventions aux associations.
- Relais : Ils remontent les problèmes locaux (problèmes de prise de rendez-vous, renouvellement de papiers, fiscalité) directement aux autorités consulaires.
- Bénévolat : C’est une fonction bénévole, motivée par la représentation des concitoyens et non par un salaire.
– Relais national :
- (AFE) : 90 d’entre eux siègent à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) à Paris, portant des sujets plus larges comme la fiscalité ou les retraites.
- Lien avec le Sénat : Ils sont grands électeurs et élisent les 12 sénateurs des Français de l’étranger.
- Lien avec l’Assemblée nationale : Leurs remontées de terrain serviront de base aux députés (d’où l’intérêt d’avoir une appartenance partisane) pour interpeller le gouvernement au parlement (par exemple, sur le sous-financement des consulats ou l’obligation de résidence).
En définitive, les conseillers des Français de l’étranger jouent un rôle très important, essentiellement au niveau local en tant qu’élus de proximité et de terrain mais aussi au niveau national. »
Quelles propositions pour les expatriés ?
Lesfrancais.press : « Quelles sont alors vos deux ou trois priorités principales pour les Françaises et Français de votre circonscription ? »
Donia Ben Osman : « – Première priorité : Une éducation de qualité, accessible et inclusive : L’école française à l’étranger ne doit pas être un luxe, mais un droit. Aucun enfant ne doit être laissé au bord du chemin.
- Bourses scolaires : Je défendrai une augmentation du budget des bourses.
- Prise en charge des accompagnants pour les élèves en situation de handicap : Je militerai pour la prise en charge réelle du financement des accompagnants (AESH) pour les élèves en situation de handicap.
« Plutôt que des tarifs prohibitifs, je prônerai une tarification de la Caisse des Français de l'Étranger (CFE) indexée sur les revenus réels. »
Donia Ben Osman tête de liste « La France insoumise - LFI Tunisie Libye »
- Inclusion : Je me battrai pour une école inclusive, qui adapte ses méthodes aux besoins de chaque enfant plutôt que l’inverse, garantit le droit à l’éducation pour tous en milieu ordinaire, favorisant l’épanouissement et l’égalité des chances.
- Soutien au réseau FLAM : Je soutiendrai les associations qui donnent accès à la langue française pour les familles n’ayant pas les moyens d’intégrer le réseau AEFE.
Deuxième priorité : Une protection sociale juste et adaptée. Plutôt que des tarifs prohibitifs, je prônerai une tarification de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) indexée sur les revenus réels, pour que personne ne renonce à se soigner.
J’œuvrerai pour une vie digne pour nos séniors en contribuant à repenser un système de cotisation retraite, et à remettre en question l’obligation discriminatoire de résidence en France pour percevoir le minimum vieillesse ou l’aide à l’autonomie. Je défendrai une revalorisation des aides sociales consulaires (STAFE) pour nos aînés et nos compatriotes les plus précaires, face à l’inflation locale. Je défendrai une mise en place de permanences dédiées pour aider les Français ayant eu une carrière mixte à liquider leurs droits sans erreurs administratives.
– Troisième priorité : Une administration humaine et de proximité. Je lutterai contre la dématérialisation totale. Je demanderai le maintien d’un accueil physique sans rendez-vous pour les urgences et pour les personnes éloignées du numérique. Parce que la République doit venir à vous, je défendrai la multiplication des tournées consulaires dans les régions. »
Lesfrancais.press : « La France, ses institutions et son administration vous semblent-elles bien appréhender la réalité vécue aujourd’hui par les Français de l’étranger ?
Donia Ben Osman : « La France, ses institutions et son administration, ne me semblent pas bien appréhender la réalité vécue aujourd’hui par les Français de l’étranger. Les Français de l’étranger parviennent souvent difficilement à payer les frais de scolarité de leurs enfants qui ont explosé.Ils peinent à payer leurs cotisations à la CFE. Ils buttent contre les lourdeurs administratives.
Et en face, la France répond par des coupes budgétaires ! Les Français de l’étranger font l’objet de discriminations multiples. À titre d’exemple, les Français de l’étranger subissent une forme de discrimination ou d’inégalité de traitement via la Caisse des Français de l’Étranger (CFE), principalement en raison des cotisations élevées et des restes à charge importants.
En outre, ils subissent l’obligation discriminatoire de résidence en France pour percevoir le minimum vieillesse ou l’aide à l’autonomie.Ceux qui ont une carrière mixte peinent à liquider leurs droits sans erreurs administratives et ne parviennent pas à trouver de l’aide pour le faire. D’une façon générale, les Français de l’étranger souffrent d’une administration de plus en plus dématérialisée. »
Comment éviter une forte abstention ?
Lesfrancais.press : « Malgré la possibilité de voter par internet pour les élections consulaires, l’abstention reste très élevée. Est-ce selon vous un problème d’information, de confiance… Ou un désintérêt pour ces élections ? Quelles actions concrètes envisagez-vous pour changer cette situation dans votre circonscription ?
Donia Ben Osman : « L’abstention est le grand gagnant des élections consulaires. Le taux de participation ne dépasse pas les 20%. Le rôle de ces élus de proximité est pourtant crucial et concret pour le quotidien des Français de l’étranger. Ils interviennent sur le volet social et administratif mais aussi sur le volet politique.
« Les Français de l'étranger font l'objet de discriminations multiples. »
Donia Ben Osman tête de liste « La France insoumise - LFI Tunisie Libye »
Sur le plan social et administratif, en tant qu’élus de proximité, les conseillers des Français de l’étranger qui ne siègent pas dans des instances lointaines mais dans des conseils consulaires locaux et interviennent directement dans les questions évoquées ci-dessus telles que l’attribution des bourses scolaires pour les enfants, l’aide sociale, et la protection des Français les plus démunis.
Sur le plan politique, ce sont notamment de Grands Électeurs. Ils sont les représentants qui élisent, au second degré, les sénateurs des Français de l’étranger.
Il est crucial que les Français de l’étranger appréhendent le rôle essentiel que jouent les conseillers des Français de l’étranger à plus d’un niveau dans leur quotidien. Pour ma part, j’essaye d’expliquer le rôle des conseillers consulaires et l’impact qu’ils ont dans la vie de tous les jours des Français de l’étranger, de même que de sensibiliser sur l’intérêt de voter pour notre liste pour en finir avec les coupes budgétaires qui affaiblissent nos services et nos écoles, et afin d’assurer une régénération démocratique. En votant pour notre liste, les Français de Tunisie et de Libye choisiront une représentation active qui refuse de subir et qui agit pour un vrai changement. Ne laissons plus les autres décider de nos moyens d’action : votons pour reprendre la main sur notre avenir en Tunisie et en Libye.»
Pour les élections consulaires concernant les Français de la circonscription de Tunisie – Libye, 5 conseillers des Français de l’étranger sont à élire et 1 délégué consulaire. Le scrutin se tiendra du 22 au 27 mai (12h heure de Paris) par Internet, et le 31 mai à l’urne.
6 listes ont été déposées, voici l’ordre de présentation après le tirage au sort (cliquez ici)
- « La France insoumise – LFI Tunisie Libye » / Donia BEN OSMAN
- « Votre voix compte – Engagement, Expérience et Résultats pour les Français de Tunisie et de Libye » / Laurent CAIZERGUES
- « Agir et rassembler, unis pour les Français de Tunisie-Libye – Liste conduite par Roseline Cordin » / Roselyne CORDIN
- « Servir les Français de Tunisie et de Libye » / Madeleine BERGER BEN NACEUR
- « Unis ! Au service des Français de Tunisie et de Libye » / Slim BEN HADJ KHÉLIFA
- « Francais-ses du monde unité et solidarité » / Martine VAUTRIN DIEDIDI
Auteur/Autrice
-
Voir toutes les publicationsLa Rédaction vous propose quelques articles où l'ensemble des collaborateurs ont participé à leur rédaction.


















