Education à l’étranger, rencontre avec le député El Guerrab

Education à l’étranger, rencontre avec le député El Guerrab

juin 10, 2019 0 Par Redaction

Les questions de l’enseignement Français à l’étranger font l’objet de nombreux débats, rencontre avec le député des Français de la 9ème circonscription des Français hors de France M’jid El Guerrab

 

Lesfrancais.press: Le Secrétaire d’Etat Lemoyne a récemment annoncé 31 millions d’Euros supplémentaires pour l’AEFE. Etes-vous satisfait de cette annonce et pensez-vous qu’elle sera suffisante?

M’jid El Guerrab (Député des Français résidant en Afrique du Nord et de l’Ouest) :  Je voudrais tout d’abord préciser que le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne n’a pas annoncé un rebasage de la dotation pour charges de service public de 31 millions : en réponse à ma question, il a simplement précisé que ces 31 millions supplémentaires étaient demandés conformément à l’une des recommandations du rapport des inspections générales. J’espère, bien entendu, que Bercy répondra favorablement à cette demande mais, en revanche, force est de constater que cela ne fera passer l’AEFE que d’un état d’urgence absolue à un état d’urgence relative. Mais j’avoue que j’ai la naïveté de penser que c’est le politique qui prime et non Bercy… En tout cas, la volonté politique est là et en cela je salue cette annonce ! 

En effet, ces 31 millions permettront de mettre fin au déficit structurel de l’agence, mais cela ne sera que temporaire car les pensions civiles continueront à augmenter du fait de ce qu’on appelle le « glissement vieillesse technicité » et viendront à nouveau impacter négativement le budget de l’AEFE. J’appelle, comme ma collègue Samantha Cazebonne, qui a produit un travail titanesque sur l’AEFE, à faire évoluer le décret 2002-22 qui régit les modalités de détachement des personnels résidents et expatriés et à ouvrir la réflexion sur la création d’un statut unique de l’enseignant détaché. Je suis attaché à l’école de la République et au service public fait par des agents publics même à l’étranger… 

De nombreux parents sont agacés de coûts qu’ils jugent prohibitifs et en régulière hausse, il y a par ailleurs de fortes disparités selon les Lycées Français, pensez-vous que l’AEFE devrait plus fortement “encadrer” ceci? A l’inverse, Nathalie Loiseau que nous avons récemment interrogé nous a indiqué être favorable à une plus grande implication de fondations et d’acteurs privés, est-ce également votre cas?

M’jid El Guerrab (Député des Français résidant en Afrique du Nord et de l’Ouest) : Je comprends que les parents puissent être agacés par des augmentations d’écolage régulières et parfois très importantes, surtout quand ils n’ont aucune visibilité sur celles-ci alors que la scolarisation d’un enfant représente un engagement financier sur 15 ans. La plupart des familles en ont plus d’un ! Faites le calcul.

Aujourd’hui, l’AEFE fait du pilotage à vue car elle ne connait sa dotation pour charges de service public qu’année après année et n’a d’autre levier que de répercuter le désengagement progressif de l’Etat sur les établissements et donc sur les familles. Il me parait essentiel que l’Etat ait un vrai plan pluriannuel de soutien de l’AEFE et que l’évolution de la dotation budgétaire soit corrélée à la croissance du réseau des établissements en gestion directe et conventionnés. Il est essentiel aussi que l’agence recouvre sa capacité d’emprunter, afin de ne plus avoir à constituer des fonds de réserve alimentés par les écolages pour autofinancer les projets immobiliers des EGD. Quant aux disparités d’écolage qui existent dans le réseau, elles ne sont pas étonnantes vu la diversité des établissements qu’on y retrouve et le coût de la vie dans les différentes zones géographiques. En revanche, il me parait essentiel que, lors du suivi d’homologation, il y ait une analyse fine de la gouvernance des établissements en matière d’augmentations d’écolage, en particulier pour les établissements partenaires à but lucratif qui se développent à travers le monde et qui pourraient être tentés d’augmenter les écolages pour satisfaire leurs actionnaires.

Sur les fondations et autres investisseurs privés, il faut faire très attention à une forme de volonté d’ouverture déraisonnable ! L’école n’est pas un bien de consommation comme un autre et on n’investit pas dans l’avenir de nos enfants comme dans un commerce avec des indicateurs de rentabilité classique. Faire de nos enfants des citoyens du monde éclairés et ayant acquis les savoirs de base, ne se fait qu’à la condition d’aimer l’éducation et d’aimer élever les consciences civiques. Même en tant qu’investisseur, cela doit être une vocation… 

Dernière chose, je me fais un point d’honneur à me battre pour l’école publique, le service public, et je trouve qu’il faudrait dans cette mesure que les personnels encadrants soient soumis à une forme de modération salariale et de transparence. Certains salaires sont exorbitants, supérieurs au salaire du Président de la République ! Dans le service public de l’école, c’est incompréhensible. Les familles ne comprennent pas. 

Votre circonscription est dotée d’un des plus importants réseaux d’écoles de langue française, le syndicat SNES a lancé un préavis de grève pendant les épreuves du bac, est-ce un sujet d’inquiétude parmi les parents de votre circonscription et comprenez-vous notamment les inquiétudes du corps enseignant concernant le non renouvellement de nombreux détachements?

M’jid El Guerrab (Député des Français résidant en Afrique du Nord et de l’Ouest) : Un préavis de grève pendant les épreuves du baccalauréat est évidemment quelque chose qui inquiète les familles. Se préparer à un examen est déjà anxiogène, avec un préavis de grève, ça rend les révisions encore plus difficiles. Beaucoup de parents m’ont faire part de leur incompréhension devant cet appel à la grève car, parmi les motifs avancés par le SNES-FSU, il y a la dénonciation d’une carence des moyens qui s’aggrave et de future coupures de postes. Je le comprends. Mais ce sont les familles qui sont directement impactées et pour lesquelles ça se reflète par des augmentations d’écolage et un recours à des recrutés locaux qui n’ont pas toujours la formation adéquate. Certains enseignants dans nos écoles maîtrisent très mal la langue française… Vous avouerez que c’est inquiétant. 

Pour les familles que j’ai rencontrées, faire grève alors que les élèves doivent passer le baccalauréat, c’est dans ce contexte les condamner à une double peine ! Maintenant, bien sûr, je comprends les inquiétudes des enseignants concernant les refus de renouvellement de détachement des enseignants résidents et je suis heureux que nous ayons pu, avec l’appui de nombreux parlementaires et l’investissement du ministre, débloquer les différents dossiers. Je sais qu’il reste encore quelques refus à travers le réseau, peu de résidents mais d’assez nombreux enseignants en détachement direct qui sont les grands oubliés et auxquels j’apporte mon soutien. J’ai eu la réponse du ministre Jean-Michel Blanquer par écrit et en Commission : il sera donné suite aux recours gracieux que ces enseignants ont fait.

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