Face à la recrudescence des actes antisémites depuis l’attaque perpétrée en Israël par le Hamas le 7 octobre dernier, le président du Sénat français, Gérard Larcher, et la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avaient appelé « tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la République française » à participer ce dimanche à une « grande marche civique » contre l’antisémitisme à Paris, dès 15h00. Un peu partout, les élus consulaires se sont interrogés sur la façon dont les Français de l’étranger pouvaient apporter leur pierre à l’édifice. Si en début de semaine dernière, l’enthousiasme présidait à l’organisation de tels évènements dans les pays de résidence de nos compatriotes, au final, c’est uniquement à Bruxelles qu’il fut possible d’organiser une marche contre l’antisémitisme.
Blocages administratifs et sociaux
Tout d’abord, il faut rappeler que comme en France, le conflit actuel entre le Hamas et Israël divise le monde si ce ne sont les Nations. Dans de nombreux pays, en particulier du monde musulman, il n’était pas envisageable d’organiser une telle manifestation, même devant le consulat de France.
Pour rappel, mardi 31 octobre, des partisans du Hamas ont manifesté devant l’ambassade de France à Beyrouth. Lors des manifestations, la France a clairement été prise pour cible, pour son implication et son soutien à Israël, dans le cadre de la guerre contre l’organisation terroriste.
« La France fait semblant d’être la patrie des droits de l’homme, mais soutient aveuglément Israël. Dans leur propre pays, ils interdisent même les manifestations en soutien au peuple palestinien. »
Un leader du Hamas libanais au micro, devant l’ambassade ce 31 octobre 2023
Il n’était donc pas question dans ces pays d’organiser des marches contre l’antisémitisme.
Mais pourquoi pas ailleurs, alors que des initiatives avaient été lancées à Londres ou à New-York ?
En occident, ce sont les autorités locales qui se sont souvent opposées à de telles organisations afin d’éviter des débordements. Car même outre-Atlantique, les musulmans et les juifs subissent de plein fouet les tensions du Proche-orient, avec des attaques parfois d’un camp vers l’autre puis inversement.
Ainsi, la prudence et la peur d’un embrasement des communautés dans chaque pays ont donc douché les espoirs de nombreux élus consulaires qui auraient voulu mener une telle action comme à Bruxelles.
Bertrand Wert lors de la manifestation
Un élu engagé : Bertrand Wert
Si en Belgique, une telle organisation fut possible, c’est surtout grâce à l’engagement d’un homme, Bertrand Wert. Elu des Français de Belgique (EELV) mais aussi élu local (Ecolo) dans la commune d’Ixelles (une des 19 villes composant la région capitale belge, Bruxelles), Bertrand Wert a pu surmonter les difficultés qu’entraînait l’organisation d’une telle marche grâce à sa fine connaissance des institutions belges mais aussi grâce à l’unité du conseil consulaire.
« Finalement, je suis reconnaissant d’avoir pu travailler de concert avec mes six collègues conseiller•es des Français•es de Belgique qui, dès que je leur ai soumis l’idée de ce rassemblement ont tout de suite accepté. Cela démontre une nouvelle fois toute la valeur ajoutée du travail que nous faisons pour nos compatriotes ici en Belgique, mais aussi notre grande et reconnaissante implication pour notre pays d’accueil, avec lequel nous sommes en étroite relation. En témoignent les dizaines d’élu•es et représentant•es associatifs qui étaient présent•es ce soir. »
Bertrand Wert, élu des Français de Belgique, Conseiller communal à Ixelles
En sus, il a pu compter sur la mobilisation du tissu associatif français, comme l’Union des Français de Belgique, désormais présidée par Jérémy Michel (rédacteur en chef adjoint de votre site et Président du conseil consulaire des Français de Belgique) mais aussi belge avec la participation du CCOJB (fédération des associations juives en Belgique), au sein duquel Véronique Lederman, Française de confession juive, détient un mandat d’administratrice (voir la tribune que nous avons publiée ce jour).
« J’ai été rassuré de voir que des centaines de personnes se sont mobilisées en moins de 48h à Bruxelles pour réaffirmer que le poison de l’antisémitisme est à combattre partout et tout le temps, en particulier depuis et au cœur de l’Europe à Bruxelles. »
Bertrand Wert, élu des Français de Belgique, Conseiller communal à Ixelles
Jérémy Michel, Président du conseil consulaire des Français de Belgique
Un exercice démocrate
Ainsi, au cœur de la capitale européenne, malgré la présence de manifestations quotidiennes en faveur des Palestiniens, il a donc été possible de mener un tel événement de soutien aux Juifs de France, de Belgique mais plus globalement à tous ceux d’Europe et du monde.
« C’était aussi un moment d’expression de notre soutien aux Juives et Juifs de Belgique, de France, d’Europe et du monde qui vivent dans la peur et qui ne peuvent être tenu•es aucunement responsables des agissements du gouvernement israélien ; de la même manière que les musulmans et musulmanes ne le sont pour les actes des islamistes. »
Bertrand Wert, élu des Français de Belgique, Conseiller communal à Ixelles
Bel exemple de démocratie, aux pieds des institutions européennes, toutes les voix se font entendre et ce, sans entraîner de débordements majeurs. Comme quoi, il est encore possible de construire un monde où des ennemis peuvent cohabiter. Espérons que l’exemple sera repris ailleurs.
« Il ne fait aucun doute que dans notre chère et fière multiculturalité bruxelloise, l’éducation et la lutte contre le racisme, les discours de haine ET l’antisémitisme doivent être au cœur. »
Bertrand Wert, élu des Français de Belgique, Conseiller communal à Ixelles
Nous invitons Véronique Lederman, Française installée en Belgique, de confession juive, ancienne directrice du service social juif de Bruxelles et membre du comité directeur du CCOJB (Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique) qui a partagé avec nos lecteurs une tribune qu’elle a publiée la semaine dernière. Rappelons qu’en Belgique, certains acteurs politiques membres d’instances gouvernementales, rechignent, pour certains, à déclarer le Hamas comme un groupe terroriste. Ce dernier est pourtant inscrit à la liste officielle des groupes terroristes de l’Union européenne, dont le siège est dans la capitale belge. Dans ce pays, où le vote communautaire est le socle du modèle démocratique, les manifestations en faveur de la Palestine sont quotidiennes alors que la communauté juive, si elle est sécurisée par les forces de l’ordre, n’est que peu soutenue publiquement.
Il y a des moments dans l’histoire où une journée fait basculer nos vies :
L’attentat de Sarajevo avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand qui a entraîné la première Guerre mondiale.
L’Anschluss de l’Autriche en mars 1938, qui a marqué le début de ce qui allait devenir la deuxième Guerre mondiale.
Le 14 mai 1948, la déclaration d’indépendance de la naissance de l’État d’Israël et toutes les guerres qui ont suivi, en particulier celle des six jours en 1967 et celle de Kippour en 1973.
Le 13 septembre 1993, il y a 30 ans, la signature des accords d’Oslo à Washington et la célèbre poignée de mains entre Rabin et Arafat.
Le 4 novembre 1995, Rabin est assassiné et le début du processus de paix aussi, même si cela s’annonçait compliqué.
Le 11 septembre 2001, l’attaque sans précédent sur le sol américain et l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center nous plonge dans un terrorisme de masse.
Certes, il y a des milliers de dates importantes pour l’humanité et pour les simples humains, et pas seulement de mort. Il y a eu des espoirs et du désespoir avec des moments qui sont souvent aussi des marqueurs d’attaques terribles, Charlie, l’Hypercasher, le Bataclan, les terrasses, Nice, Madrid, … cette longue litanie des actes terroristes qui émaillent l’actualité et nos vies. On pleure aussi les professeurs assassinés, Jonathan Sandler, Samuel Paty, Agnès Lassalle, Dominique Bernard.
Mais le 7 octobre marque un profond basculement vers un monde dont nous ignorons les contours, mais qui est assez terrifiant, surtout qu’il ne faudra rien céder.
La sidération du 7 octobre est d’abord totale pour deux raisons : l’image d’Israël forteresse inviolable a volé en éclats, tant au plan intérieur, que sur celui de l’image de refuge pour la diaspora. Dans un deuxième temps, c’est le monde qui bascule dans une folie antisémite, avec une vision souvent partiale de l’information et une guerre sur les réseaux sociaux.
1- Donc, le 7 octobre, sous nos yeux ébahis et très vite horrifiés, nous voyons des images que jamais nous n’aurions pensé regarder : l’invasion d’une horde sauvage, d’une déferlante armée hors des grilles de Gaza pour envahir Israël, tuer, violer, brûler, massacrer des juifs. Il y aura des films, des récits, des traumatismes et encore et surtout une immense stupéfaction. Comment cela a-t-il pu arriver ? Israël, l’invincible, a failli. Les meilleurs services de renseignement du monde n’ont rien vu, rien entendu.
Le traumatisme est d’abord à l’intérieur du pays, le roman national de la supériorité éternelle de l’armée et de tout ce qui entoure la sécurité connaît une page noire. Ironie du sort, le pays a à sa tête celui qui depuis près de trente ans gagne des élections sur le thème de la sécurité. Quelle triste grimace de l’Histoire ! Au fil des jours et des semaines, on apprendra encore plus sur l’horreur de ce qu’ont vécu les victimes civiles de ce black Shabbat.
Et puis il y a les otages, aujourd’hui 240, de tous âges y compris des bébés. Que croire et espérer de terroristes qui font l’apologie de la mort ? Le monde entier, enfin celui qui croit à des valeurs démocratiques, colle des affiches, que d’autres décollent, installe des tables sans invités, mais prêtes à les accueillir, des lits, des poussettes, des monticules de chaussures…
Mais l’onde de choc touche évidemment toute la diaspora. Israël se construit après la Shoah sur le « plus jamais ça », puisque les Juifs vont avoir un État refuge, un pays où ils n’auront plus à craindre les nazis, l’antisémitisme, puisque ce sera leur pays bien à eux. Et qu’importe si c’est la seule démocratie de la région, c’est ça qui les rendra plus forts. Et peu importe que ce soit le seul état juif entouré de pays arabes pour le moins malveillants, c’est ça qui les rendra plus forts. Et peu importe l’insolente supériorité militaire, technologique, c’est ça qui les rend plus forts pour survivre.
Or là, tout a volé en éclats en ce 7 octobre. Même si être juif ne veut pas forcément dire qu’on peut devenir Israélien sans difficulté, il y a ce mythe encore et toujours du refuge. De même que dans chaque maison, il y a un miklat, une pièce sécurisée, un safe room comme on dit en anglais, l’État est le super bouclier, à l’image du dôme de fer. Encore une fois, tous les juifs du monde n’étaient pas prêts à immigrer et certains sont revenus pour de multiples raisons, il y avait dans le coin de notre tête l’idée qu’on avait notre état safe room aussi. Là, c’est fini et l’immense fierté que nous avons pu ressentir par le passé, a été aussi piétinée par les terroristes du Hamas.
2- La deuxième sidération est encore plus déconcertante. La sympathie envers Israël a duré de 48 à 72 heures. Et très vite nous avons vécu un basculement vers la position initiale, à savoir qu’Israël est quand même le méchant et est même à l’origine de ce qui lui arrive pour aboutir évidemment à traiter les habitants de cette oasis de démocratie de nazis.
L’antisémitisme dit d’atmosphère devient poreux partout. Les quelques manifestations pro-israéliennes qui ont eu lieu tout de suite après les événements, ne sont rien en comparaison de la séquence contestataire pro-palestinienne, voire pro-Hamas, donc pro-terroriste, manifestations régulières, avec quelques mots d’ordre soft et néanmoins l’éternel slogan de la rivière à la mer. En clair, l’éradication de l’État d’Israël est scandée dans les rues de Bruxelles et du monde, arborée sur des T-shirts en vente sur un site de livraison en tout genre, et surtout rêvée par des mollahs, peu mollassons, mais qui ne rêvent que d’une chose, supprimer Israël de la surface de la terre, mais aussi envahir nos civilisations occidentales par l’islamisation la plus radicale.
Dès lors, ce n’est plus la chasse aux juifs en Israël, mais la chasse ouverte contre tous les juifs partout où ils se trouvent. Les incidents antisémites se multiplient, les chiffres explosent, les tags s’affichent, les chants négationnistes et antisémites retentissent. Les universités, les écoles, les silences qui sont plus bruyants que les bombes, les prises de position stupides voire dangereuses qui refusent de qualifier le Hamas de terroriste, tout contribue à attiser les haines, et surtout à faire naître un sentiment d’insécurité, réel, dans la population juive, qui est constituée de citoyens belges en Belgique, français en France…
Chacun a sa part dans ce désastre historique. L’ONU qui ne se base que sur les déclarations du Hamas, n’a rien d’un gendarme de la paix. Bien au contraire. Les institutions européennes, elles, se positionnent plus du côté d’Israël et surtout du côté de la lutte contre l’antisémitisme, grand fer de lance de l’Union européenne. On assiste à un déplacement subtil sur l’échiquier mondial des grands « machins », auquel il faut rajouter les Etats-Unis, qui imposent même une présence physique, par le biais de porte-avions, en soutien de l’État hébreu.
Quant aux médias et réseaux sociaux, la bataille de la désinformation fait rage. Point nécessaire ici de développer ce qui se passe sur Twitter et autres canaux. Ce qu’il faut souligner c’est le rôle des médias traditionnels et l’affaire de l’hôpital a été plus que révélateur. Quand on n’a que, comme unique source d’information, l’organisation terroriste qui est elle-même à l’origine de ce désastre, là on va droit dans le mur. Le journal le Monde a pris une semaine pour adresser ses excuses à ses lecteurs.
Parler de génocide palestinien n’a que peu de sens, puisque qui dit génocide, dit volonté d’éliminer un peuple de manière systématique, et ce jusqu’au dernier représentant de ce peuple. Ce qui n’est pas la volonté d’Israël, qui veut éradiquer une organisation terroriste, dont la première victime est le peuple palestinien.
Si l’on résume, nous avons d’un côté le Hamas qui s’est conduit comme des barbares, à ce propos est-ce que quelqu’un peut signaler à Amnesty international ce qui s’est passé le 7 octobre ? Le dogmatisme est mauvais conseiller. Le Hamas qui est un ramassis de terroristes, qui n’a aucune légitimité légale, sauf celle qu’il se donne, et qui agit comme les pires des monstres, (oserait-on dire comme des nazis ?) et d’un autre un Etat démocratique à qui l’on reconnaît le droit à se défendre, mais avec un MAIS tout de suite derrière. Une guerre fait des victimes et le but d’Israël encore une fois n’est pas d’éradiquer le peuple palestinien. Il faudra un jour revenir à la table des négociations, mais pour l’heure, une fois que les canons se seront tus, il faudra se reconstruire.
Et se reconstruire prendra du temps, mais surtout nous les Belges, les Européens, les Occidentaux, il faut prier pour qu’Israël gagne, car il en va de nos valeurs, de notre façon de vivre. Regardez comme la peur a encore plus envahi nos vies. L’État hébreu n’est que l’avant-poste d’un conflit mondial de pouvoirs, de religions, où l’enjeu est énorme et où les collabos sont légion.
En 2019, les Etats-Unis avaient réduit la durée des visas pour les entrepreneurs (E1) et les investisseurs (E2) Français aux Etats-Unis. Cette décision avait entraîné de nombreuses difficultés. La France perdait un atout dans sa conquête de l’Amérique. En fin d’année 2022, lors d’une visite officielle aux USA, le président Macron avait porté ce sujet auprès de son homologue Joe Biden. Nous venons d’apprendre, qu’à partir du 16 novembre prochain, la durée de validité de ces visas passera de 25 à 48 mois. Victoire pour notre pays ? Nous avons interrogé Christopher Weissberg, député de la 1ère circonscription des Français établis hors de France (Canada – Etats-Unis).
Jérémy Michel : « En 2019, les États-Unis de Donald Trump avaient baissé à 25 mois la durée des Visas E pour les entrepreneurs et investisseurs français souhaitant s’établir aux Etats-Unis. Vous venez d’annoncer que l’administration américaine avait revu sa copie, et qu’à partir du 16 novembre prochain, la durée de ces mêmes visas passera de 25 à 48 mois. En quoi cette annonce est-elle importante pour nos compatriotes ? »
Christopher Weissberg : « Cette annonce très attendue est un vrai soulagement pour la communauté d’entrepreneurs et investisseurs français aux États-Unis. L’allongement de la durée du visa E à 4 ans leur permettra de développer leurs projets économiques dans des conditions beaucoup plus stables.
Dès le début de mon mandat, de nombreux ressortissants français installés aux États-Unis m’ont alerté sur les conséquences négatives de la réduction de la durée de validité des visas E décidée en 2019. Ils disposaient seulement de 2 ans pour s’installer et faire prospérer leurs entreprises et investissements avant de devoir à nouveau quitter le territoire pour renouveler leur visa. Le système américain impose en effet une sortie du territoire américain pour effectuer un renouvellement de visa. Aussitôt arrivés dans le pays, ils étaient de nouveau confrontés aux problématiques de visa, ce qui représentait une réelle source de stress et d’instabilité.
Emmanuel Macron, Joe Biden et Christopher Weissberg
« Cette annonce est un vrai soulagement pour la communauté d’entrepreneurs et investisseurs français aux États-Unis »
Cette annonce est le fruit du travail mené avec les acteurs économiques de la circonscription, les administrations américaines et françaises et mon équipe parlementaire. Ce travail, je le poursuis pour les autres visas impactés par la décision de 2019 : les visas L, R, H, L, I et F. Améliorer les conditions d’immigration des Français est l’une de mespréoccupations principales depuis que j’ai pris mes fonctions. »
Jérémy Michel : « C’est une victoire diplomatique pour la France ? »
Christopher Weissberg : « C’est surtout une victoire pour l’amitié franco-américaine et leur partenariat économique ! Cet arrangement international permet en effet de renforcer les liens économiques entre la France et les Etats-Unis déjà très forts et mutuellement bénéfiques. Lors de la visite d’Etat de 2022 d’Emmanuel Macron, le Président des Etats-Unis d’Amérique et le Président de la République Française ont rappelé l’importance de cette relation bilatérale économique “ancienne et profonde et source importante d’emploi et de prospérité pour [les] deux pays (…)” et “afin d’approfondir encore leur relation bilatérale en matière de commerce et d’investissement, ils ont déclaré leur intention de lancer des discussions sur une simplification mutuelle des procédures d’octroi et de renouvellement des visas ainsi que des autorisations de séjour. L’allongement de la durée de validité des visas E à 4 ans s’inscrit parfaitement dans cette volonté de simplification administrative. »
Jérémy Michel : « La baisse de la durée des visas sous Donald Trump avait-elle entraîné des départs de Français du territoire américain, nos compatriotes des Etats-Unis ? »
Christopher Weissberg : « A partir de 2019, entreprendre, exporter et investir aux Etats-Unis est devenu plus difficile pour les Français. Les restrictions imposées par l’Administration Trump ont ainsi probablement dissuadé certains de nos compatriotes à renouveler leur visa E et de continuer leurs projets sur le territoire américain.
« Les restrictions imposées par l’Administration Trump ont dissuadé certains de nos compatriotes de continuer leurs projets sur le territoire américain »
Le renouvellement du visa tous les 2 ans à l’extérieur du territoire américain a entraîné des difficultés importantes pour certains de nos compatriotes. En 2022, de nombreux entrepreneurs et chefs d’entreprises avaient par exemple été soumis à une enquête administrative (“administrative processing”) lors du renouvellement de leur visa qui les avait contraints à rester plusieurs mois en France. Parfois séparés de leur famille restée aux Etats-Unis, ils ne savaient pas quand ils allaient pouvoir reprendre le travail ou reprendre la gestion de leur entreprise. L’attente d’une décision favorable pour entrer à nouveau sur le territoire américain a été pour beaucoup une situation compliquée et anxiogène. Malgré cette expérience, la plupart ont souhaité reprendre le plus rapidement possible leur vie aux Etats-Unis. »
Jérémy Michel : « Pensez-vous que cette annonce va être le signal d’une nouvelle émigration de la France vers les USA ? »
Christopher Weissberg : « Les États-Unis ont toujours été une terre d’accueil pour les Français, malgré des conditions d’immigration changeantes au fil des administrations. En doublant la durée du visa, nous renforçons surtout nos liens anciens et uniques avec cette nation et nous garantissons des conditions d’immigration plus stables aux entrepreneurs et investisseurs français. Il ne faut pas oublier que cet arrangement facilite également la procédure d’octroi du visa pour les entrepreneurs et investisseurs souhaitant s’établir en France. Cet arrangement est ainsi mutuellement bénéfique. »
Jérémy Michel : « En favorisant la création d’incitations pour faire venir des investisseurs français aux Etats-Unis, n’y a-t-il pas un risque de perdre pour la France ces mêmes entrepreneurs qui auraient pu investir sur notre territoire ? »
Christopher Weissberg : « La création d’incitations ne doit pas se penser de manière unilatérale. Cet arrangement simplifiant la procédure d’octroi des visas aux investisseurs français souhaitant s’établir aux Etats-Unis est fondé sur la réciprocité. Les Américains simplifient les procédures parce que les Français facilitent également les démarches pour les investisseurs américains souhaitant venir en France. »
« Il ne faut pas oublier que cet arrangement facilite également la procédure d’octroi du visa pour les entrepreneurs et investisseurs souhaitant s’établir en France »
« Faciliter et approfondir la relation bilatérale en matière de commerce et d’investissement est évidemment bénéfique pour les deux pays. Les chiffres le démontrent : en 2022, la France maintient son niveau d’attractivité avec 1725 projets d’investissements étrangers créateurs d’emplois et la création ou le maintien de 58 810 emplois. Les Etats-Unis sont le premier pays étranger investisseur et créateur d’emplois en France avec 280 projets d’investissements recensés permettant la création ou le maintien de 17 107 emplois. La France est le 1er pays européen d’accueil pour les investissements américains.
Par ailleurs, les entrepreneurs Français établis aux Etats-Unis participent fortement au rayonnement de la France. Leur talent et leurs projets fructueux aux Etats-Unis ont naturellement pour effet de rendre la France plus attractive. Ils font quotidiennement découvrir la France aux Américains qui vont ensuite venir en France pour le tourisme, investir ou encore entreprendre.
Christopher Weissberg
« La France est le 1er pays européen d’accueil pour les investissements américains »
Je rencontre régulièrement les entrepreneurs Français aux Etats-Unis et je peux vous assurer qu’ils ont un attachement profond à la France. Ce sont les premiers à développer la relation économique entre la France et les Etats-Unis et à inciter les Américains à investir en France. La mobilité de nos entrepreneurs français n’a rien de mauvais, contrairement à ce que certains politiques souhaitent vous faire croire. »
Jérémy Michel : « Le gouvernement français vient de lancer une campagne « Make it iconic. Choose France » pour attirer les investisseurs étrangers en France. À votre avis, quel impact ce genre d’action peut-elle avoir sur des potentiels investisseurs américains ? »
Christopher Weissberg : «Dans un environnement très concurrentiel, la campagne d’attractivité « Make it iconic. Choose France » a pour objectif de faire connaître l’identité et les forces françaises aux investisseurs étrangers. Elle a été lancée en octobre 2023 dans cinq pays dont les Etats-Unis pour y amplifier le rayonnement et l’attractivité de la France.»
« La mobilité de nos entrepreneurs français n’a rien de mauvais »
« Comme déjà évoqué, les Américains vont décider d’investir en France parce qu’ils ont entendu parler des compétences et du savoir-faire français. Ils choisissent d’investir sur le territoire français non seulement pour la stabilité économique du pays mais aussi parce qu’ils sont convaincus par nos valeurs de progrès et d’innovation. Ainsi, en choisissant de mettre en lumière notre patrimoine emblématique, des personnalités extrêmement talentueuses, notre gastronomie, notre culture et nos scientifiques auprès des investisseurs américains, nous leur donnons envie de venir en France et nous leur faisons comprendre que nous partageons des valeurs communes. Je pense que cette campagne ne peut qu’avoir un effet positif sur les investisseurs américains qui sont déjà nombreux en France. »
De 1950 à 2009, les dépenses américaines de santé sont passées de 5 à 17 % du PIB. Les États-Unis sont de loin le pays dont le poids des dépenses de santé est le plus important au niveau mondial. Mais ces dernières ont connu une progression forte dans tous les États. En vingt ans, au sein de l’OCDE, elles sont ainsi passées de 7 à 9 % du PIB.
Entre la fin des années 1970 et le milieu des années 2010, les dépenses publiques britanniques de santé ont augmenté de 4 % par an en termes réels, bien plus vite que la croissance économique de 2 % par an. De 1980 à 2010, si les prix ont augmenté de 150 %, les dépenses de santé ont progressé de 250 %. La progression de ces dernières a été longtemps considérée comme une bonne mesure de l’amélioration des conditions de vie.
Les soins de santé sont des « biens supérieurs ». Ils sont censés augmenter plus vite que le PIB. Quand les citoyens s’enrichissent d’un dollar, ils s’attendent à ce que leurs dépenses de santé augmentent de plus d’un dollar. Les Américains dépensent ainsi le plus en dépenses de santé car les États-Unis sont la première puissance économique mondiale.
Reprendre le contrôle des dépenses de santé afin d’éviter, malgré le vieillissement de la population, un dérapage
Depuis quelques années, les dépenses de santé sont perçues non plus comme un symbole de progrès mais comme une contrainte, comme un poids pesant sur les finances publiques. Avec l’épidémie de covid, elles ont connu une rapide augmentation mais celle-ci endiguée, les pouvoirs publics entendent reprendre le contrôle des dépenses de santé afin d’éviter, malgré le vieillissement de la population, un dérapage. Au sein de l’OCDE, les dépenses de santé s’élèvent à 2 000 milliards de dollars, soit leur niveau de 2009.
La maîtrise de ces dépenses est variable, selon les pays. Le ratio des dépenses de santé par rapport au PIB s’est contracté par rapport à son pic d’avant covid en Australie et en Suède. En Norvège, il a baissé de 2,5 points de pourcentage de PIB par rapport à son niveau de 2016. Même aux États-Unis, selon le Bureau of Economic Analysis, la part des dépenses consacrées aux soins de santé est désormais inférieure à son niveau d’avant pandémie.
Depuis une dizaine d’années, les pouvoirs publics ont pesé sur les prix des soins. S’ils augmentaient auparavant plus vite que l’inflation et le PIB, c’est maintenant l’inverse qui se produit en moyenne.
Même en France, pourtant connue pour l’augmentation de ses dépenses de soins, leurs prix augmentent désormais conformément à la moyenne des prix. À la fin des années 1990, les gouvernements prennent conscience que l’évolution des dépenses de santé menace l’équilibre des finances publiques. Le président des États-Unis, Barack Obama, en 2009, souligne « notre problème de santé est notre problème de déficit ». En 2017, l’organisme de surveillance budgétaire britannique mentionne qu’une « croissance excessive des coûts dans le secteur de la santé pourrait ajouter 90 % du PIB à la dette britannique d’ici les années 2060 ».
Entre 2004 et 2017, la productivité dans le secteur de la santé s’est accrue de 17 %
Le développement de l’ambulatoire, les innovations technologiques ont permis d’importants gains de productivité
Pendant des années, le système de santé a été considéré comme incapable de générer des gains de productivité. Soigner exige du temps et des moyens de plus en plus importants d’où l’idée que le système soit soumis à la loi des rendements décroissants. Le recours à de nombreux soignants ne pouvait déboucher que sur une hausse des coûts.
Le caractère bureaucratique de ce système est par nature inflationniste. Selon le Bureau of Labor Statistics américain, la productivité du travail dans les services de santé a baissé de 13 % entre 1990 et 2000, mais a, depuis, rattrapé tout le terrain perdu entre 2000 et 2019. Au Royaume-Uni, entre 2004 et 2017, d’après une étude du National Health Service (NHS), la productivité dans le secteur de la santé s’est accrue de 17 % quand celle de l’ensemble de l’économie n’a progressé que de 7 %. Le développement de l’ambulatoire, les innovations technologiques ont permis d’importants gains de productivité.
La maîtrise des dépenses de santé est également liée aux mesures de régulations adoptées ces dernières années dans de nombreux pays. Aux États-Unis, l’Affordable Care Act (ACA), adoptée en 2010, a durci les modalités de remboursement par le gouvernement des entreprises qui dispensent des traitements. L’ACA a également rendu plus difficile pour les médecins de prescrire des traitements inutiles.
L’usage des génériques représentait en 2022, 50 % des médicaments vendus contre 33 % en 2010
Pendant des années, les gouvernements ont faiblement revalorisé les rémunérations des personnels de santé. De nombreux pays ont pratiqué un malthusianisme en matière santé en ayant recours à des numerus clausus pour la formation de nouveaux médecins et à des fermetures d’établissements. Au sein des pays européens, l’usage des génériques s’est généralisé. Ces derniers représentaient, en 2022, 50 % des médicaments vendus contre 33 % en 2010.
La maîtrise des dépenses de santé s’est imposée par l’érosion de la croissance. Les dépenses de santé n’augmentent plus, en partie car l’économie est en panne. La pression pour leur hausse est forte. L’épidémie de covid a souligné la vulnérabilité des systèmes de santé, la faible rémunération des professionnels de santé et le problème des effectifs. La multiplication des pénuries de médicaments et le manque de médecins sont monnaie courante au sein de l’OCDE.
Le vieillissement de la population devrait conduire à une forte augmentation des dépenses de santé. En cas de faible croissance et en cas d’absence de gains de productivité, la maîtrise des finances publiques risque d’être mise à rude épreuve.
La ministre sortante de la Défense néerlandaise, Kajsa Ollongren (D66/Renew), a lancé un appel jeudi (9 novembre) à la prochaine Commission européenne pour que soit créé un poste de commissaire à la Défense, soulignant la nécessité de stimuler les achats d’armes et les dépenses militaires au sein de l’UE.
Mme Ollongren, qui avait précédemment plaidé pour un rôle plus important de l’UE au sein de l’OTAN, a suggéré la création d’un nouveau poste de commissaire, lors d’un entretien accordé à la station de radio néerlandaise BNR.
« Je pense que ce serait une bonne idée que la prochaine Commission européenne mette cela en tête de ses priorités, qu’il y ait un commissaire européen qui consacre 100 % de son temps [à la défense] uniquement », a déclaré Mme Ollongren au cours de l’entretien.
« La Commission s’est déjà penchée sur la question, mais l’industrie de la défense, en particulier, est encore très fragmentée. Beaucoup de choses sont abordées sous l’angle de l’intérêt national », a-t-elle ajouté.
L’appel de la ministre sortante intervient alors que l’UE s’efforce d’étoffer sa proposition de feuille de route de production d’armes — la stratégie européenne pour l’industrie de la défense (EDIS) — en raison de préoccupations liées au manque de financement et d’incitations à la coopération entre les États membres de l’UE en matière d’achats conjoints d’armement. Le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton a d’ailleurs reporté la présentation de la nouvelle stratégie à l’année prochaine.
« Nous présenterons une stratégie européenne d’industrie et de défense (EDIS) au début de l’année prochaine, au cours du premier trimestre 2024 », a confirmé le commissaire au marché intérieur Thierry Breton à Euractiv dans une déclaration le 17 octobre.
Si Mme Ollongren a salué les efforts de M. Breton de stimulation de la coopération au sein de l’UE, elle estime néanmoins qu’un commissaire, au portefeuille séparé, devrait prendre en charge la défense, compte tenu de l’urgence de la situation.
Le nouveau commissaire devrait avoir pour objectif d’augmenter la production d’armes au sein de l’Union tout en garantissant l’introduction de standards communs afin de promouvoir la cohésion entre les États membres.
Elle a déploré qu’alors que d’autres acteurs politiques, comme le président russe Vladimir Poutine, peuvent accélérer leurs économies de guerre sans obstacle majeur, l’UE soit encore confrontée à des défis persistants, tels que la pénurie de personnel, le manque de ressources ou des entreprises réticentes à produire, qui ne lancent leurs productions que lorsqu’elles obtiennent un contrat signé.
Mme Ollongren, qui avait précédemment plaidé pour un rôle plus important de l’UE au sein de l’OTAN, a suggéré la création d’un nouveau poste de commissaire, lors d’un entretien accordé à la station de radio néerlandaise BNR. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]
« Je dis : allez produire, nous le ferons. Nos budgets ont été augmentés et restent élevés. Le soutien à l’Ukraine ne diminue pas pour le moment. Nous en avons vraiment besoin », a lancé la ministre.
La manière dont l’augmentation des dépenses de défense pourrait affecter les règles fiscales de l’Union européenne est une question épineuse qui cause des maux de tête dans de nombreux pays de l’UE.
Selon un projet de compromis vu par Euractiv en début de semaine, les dépenses de défense pourraient bénéficier d’un statut spécial dans les règles fiscales de l’UE dans le cadre de la nouvelle révision de la gouvernance économique afin d’encourager les investissements des États membres dans ce domaine.
Un projet de document présenté par la présidence espagnole du Conseil de l’UE suggère que les États membres qui augmentent leurs dépenses de défense soient traités avec plus d’indulgence s’ils dépassent la limite de déficit de l’UE qui bloque les déficits budgétaires des États membres à un maximum de 3 % du produit intérieur brut.
Le non-respect de cette règle déclenche généralement la procédure de déficit excessif, qui exige de l’État membre concerné qu’il prenne des mesures correctives dans un certain délai.
Le document indique qu’une « augmentation des investissements publics dans la défense par rapport à la moyenne des quatre années précédant le plan, le cas échéant, doit être explicitement reconnue comme un facteur pertinent et spécifique au moment du déclenchement d’une procédure de déficit excessif, au même titre que d’autres facteurs ».
Dans une tribune publiée fin 2019, Jo Coelmont, maître de conférences à l’Institut royal supérieur de défense à Bruxelles, a fait remarquer qu’un commissaire à la défense était une pièce manquante du puzzle de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC/CSDP) de l’UE.
« Le moment est venu de nommer un commissaire chargé de la sécurité et de la défense, ayant des compétences dans les domaines de l’espace, de la cyberdéfense et de la défense, et en particulier dans le domaine industriel de la production de toutes les moyens civils et militaires requis. Il ou elle contribuerait à la prise de décision sur la définition des priorités en matière de ressources », a-t-il expliqué.
Il a ajouté qu’au niveau des chefs d’État et de gouvernement, la création d’un Conseil européen, dans un format sécuritaire, serait également nécessaire pour prendre des décisions sur le lancement d’opérations civiles et militaires.
Bonjour, bienvenue dans le flash quotidien des expatriés, ce lundi 13 novembre dans vos titres : Cérémonies du 11 novembre dans le monde – Avenir de l’Assemblée des Français de l’étranger – Des marches pour la République et contre l’antisémitisme
Les élus étaient au rendez-vous ce samedi 11 novembre
Alors qu’à Paris, le Président de la République faisait la revue des troupes avant de ranimer la flamme du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe, les Français du monde entier avaient rendez-vous autour des monuments aux morts ou dans les consulats. Si comme souvent, les expatriés étaient peu nombreux, les élus étaient bien présents pour apporter leur soutien aux représentants de l’Etat en ces semaines où la diplomatie française est prise à partie dans le conflit entre Israël et le Hamas.
Une réforme de l’AFE soutenue par tous les partis.
L’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) reste un organe encore peu connu du grand public. Composée aujourd’hui de 90 élus, elle propose la mise en œuvre de réformes qui permettraient de faire évoluer son travail. C’est l’objet d’un rapport que les membres de l’AFE ont adopté fin octobre lors de la dernière session plénière. Pour permettre ce changement, les parlementaires ont un rôle important à jouer. Dans un article publié hier sur Lesfrancais.press, les sénateurs, Mathile Olivier (EELV), Ronan Le Gleut (LR) et le député Stéphane Vojetta (Renaissance) donnent leur vision d’une AFE 2.0.
Des milliers des personnes se sont rassemblés contre l’antisémitisme dimanche 12 novembre 2023 à Paris et dans plusieurs grandes villes de France mais aussi à l’étranger comme à Bruxelles ou à New-York où les Français se sont donné rendez-vous devant les consulats. Ainsi plus de 100 000 de nos compatriotes se sont mobilisés pour cette journée qui doit contrer la hausse des actions contre les Juifs de France.
Lesfrancais.press reçoivent tous les jours des insultes, d’extrémistes pro-palestiniens ou pro-israéliens. Désormais des menaces de mort. Ce n’est rien par rapport aux déferlements de haine auquel on assiste dans le monde.
Chaque 11 novembre célèbre l’armistice de la grande guerre. La folie du nationalisme avait entraîné des millions de morts dans des tranchées que l’on retrouve aujourd’hui en Ukraine. Comme si seule la pulsion de mort était invincible.
Dans les années vingt, les anciens combattants, gueules cassées en avant, défilaient au nom de « plus jamais ça ». Le nazisme profita du désir de paix comme du désir de revanche. La deuxième guerre mondiale fut pire que la première. Au sortir du génocide des juifs d’Europe, on manifesta encore : « plus jamais ça ». La certitude qu’une troisième guerre atomique détruirait le monde l’évita. Après la défaite du totalitarisme communiste, une période de prospérité et de paix gagna le monde, jusqu’au 11 septembre. Depuis, l’action terroriste, celle du faible au fort, serait « légitime » pour certains. Les premières victimes ne sont ni en Occident, ni en Israël, mais dans le monde musulman.
« Forum pour la paix », « Conférence pour Gaza » et « Alliance contre le terrorisme ».
Jamais il n’y eut autant de conflits dans le monde depuis la seconde guerre mondiale, selon l’ONU. Aujourd’hui, la France accueille un « troisième Forum pour la paix ». En même temps, elle organise une conférence d’aide humanitaire pour Gaza, et propose une « alliance contre le terrorisme ». Toutes ces initiatives, dont on peut craindre le décalage d’avec la réalité, ne sont pas inutiles : elles rappellent une parole juste, raisonnable. Est-elle entendue ? La France est trop faible. À peine est-elle soutenue.
Aujourd’hui encore, une manifestation rassemble des centaines de milliers de Français contre l’antisémitisme, toujours au cri de « plus jamais ça ». Des milliers d’actes antisémites, parfois téléguidés par des services russes, sont recensés. Aviver les plaies. Avec une facilité, déconcertante, l’antisémitisme revient. Tous les juifs seraient responsables de ce qui se passe à Gaza. Tous les musulmans seraient responsables de la barbarie du Hamas ? Dans un univers mental où l’information et la désinformation règnent, chacun a un avis sur tout, chacun est expert, juge au café du tribunal des peuples. Rien de plus divertissant que les affaires du monde, surtout quand on en est loin. Et irresponsable.
Menaces de mort contre lesfrancais.press
L’est-on vraiment, irresponsable ? Écrire des insultes, déverser sa haine sur les réseaux sociaux, envoyer des menaces de mort, banalise la radicalité, la violence, la mort. L’injure, c’est, proprement in-juria, l’injuste, contraire au droit (jus). Les empereurs du Bas-Empire la punissaient par le supplice, l’exil ou la mort. Se situer hors du droit, c’est se constituer hors la loi, hors la cité. L’injure bannit celui qui la profère.
Récemment, une proposition de loi à l’Assemblée nationale fut hélas rejetée : elle supprimait l’anonymat sur les réseaux sociaux. Dommage : la liberté n’existe pas sans la responsabilité. Ce ne sont pas les instruments, les plateformes, qui sont responsables, pas plus que la Poste ne l’est des lettres de menaces. Ce sont les auteurs: dans le cas des menaces de mort que nous recevons, la peine va jusqu’à 7 ans de prison, aggravée d’un caractère raciste ou antisémite.
La banalisation de l’injure amène celle de la violence, celle de la violence, celle de la mort. Le Hamas a réussi, en partie, à effacer l’horreur du massacre organisé par la riposte aveugle israélienne, par la haine d’Israël, couplée à celle du « juif ».
Dès qu’il s’agit d’Israël, le monde s’enflamme. Insultes, menaces, violences se croient légitimes.
Pourquoi cette passion mondiale pour le conflit israélo-palestinien et non pour la guerre du Soudan, et ses 600.000 morts, qualifiée de génocide, entre Arabes et non Arabes ? Pourquoi personne n’ostracise les complices des tortionnaires birmans sur les Rohingyas musulmans? Ou sur ceux qui leur ferment leur frontière, les Bengladais, leurs freres ? Pourquoi la Bolivie, qui a rompu ses relations avec Israël, ne le fit-elle pas avec la Birmanie, avec la Chine, qui occupe illégalement le Tibet et parque les Ouighours ? Pourquoi Erdogan est-il encore reçu à l’Otan alors qu’il bombarde nos alliés kurdes ?
Dès qu’il s’agit d’Israël, le monde s’enflamme. Insultes, menaces, violences se croient légitimes. Pourquoi le porte-parole d’Amnesty international, une ministre belge, ou 8% de français, se refusent à dire que le Hamas est un mouvement terroriste, alors qu’il est légalement classé comme tel, que ses actes, revendiqués, glorifiés, ne peuvent le qualifier qu’ainsi ?
Première raison : la haine des juifs. L’antisémitisme est un trait constant en Europe comme dans le monde arabe. L’étoile jaune fut importée du monde arabe. Avoir quelqu’un à mépriser ou haïr en toute impunité.
La seconde est l’impunité, justement. Le phénomène de foule, le goût de l’injure, le déchaînement de passion à bon compte d’ignorance, de certitudes idéologiques bêtement apprises, bêtement répétées. Le fait de plaindre les Palestiniens justifierait les pogroms ? Celui de défendre Israël les bombardements de civils ? Il ne s’agit ni du peuple palestinien ni des juifs (20% des Israéliens sont « Palestiniens » et y vivent en paix), mais d’une guerre entre un Etat démocrate et une organisation terroriste, qui terrorise aussi sa propre population.
Derrière le Hamas, l’Iran. Derrière l’Iran, la Russie. Derrière la Russie, la Chine.
La troisième raison : l’intérêt. Le « Sud », que l’on oppose si simplement à « l’Occident », aurait eu moins de réticences à condamner Poutine rasant Marioupol ? Derrière le Hamas, l’Iran. Avec l’Iran, les Frères musulmans, la Turquie, les Houthis, tous ceux qui veulent déstabiliser les régimes sunnites. Derrière l’Iran, la Russie. Derrière la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Birmanie, petitement leurs amis d’Amérique latine, boliviens, cubains, une partie de la gauche latino-américaine, qui a comme seule pensée le rejet des Etats-Unis. Brillante analyse qui fait bon cas des peuples: les gens rêvent d’un modèle de paix et de prospérité qui n’est pas celui de leurs caudillos et autres guides suprêmes. D’un excès à l’autre, ce qui se passe en Argentine en est le signe.
Le Sud n’a rien de global. L’Inde en est la preuve. Prudente avec la Russie, elle ne soutient pas le Hamas. Elle ne veut pas être un maillon de la chaîne chinoise, comme la Russie et l’Iran ; son gouvernement attise des campagnes contre les Musulmans. La haine, encore.
Quelles réponses ? D’abord la liberté. Dire, écrire ce que l’on pense. Pour lesfrancais.press, rester fidèle, aussi ouvert et juste que possible, donner la parole : « Fais ce que dois ».
Pour la France, combattre les groupes terroristes, mettre en demeure nos amis de choisir leur camp, rester fidèle à la solution politique acceptée depuis vingt ans, celle à deux états. Il ne peut y avoir de paix avec un Etat terroriste, mais il ne peut y avoir de paix avec la colonisation. Sharon l’avait compris. Libérer les Palestiniens de la dictature du Hamas, mais projeter la construction d’un État palestinien.
57 pays musulmans se réunissent en Arabie saoudite. Et s’ils finançaient des écoles, des routes, des hôpitaux ?
57 pays musulmans se réunissent en Arabie saoudite. L’Iran demande qu’ils arment le Hamas. Et s’ils finançaient des écoles, des routes, des hôpitaux ? Mais qu’attendre de 57 chefs d’Etat qui utilisent la guerre pour affermir leur pouvoir intérieur, parce qu’ils ne reposent sur la force ?
L’intérêt d’un média n’est pas seulement d’informer, mais de mettre à disposition des lecteurs d’autres informations, d’autres façons de penser. Des réflexions, pas des menaces. C’est cet esprit qui dirige lesfrancais.press, qui le rend utile, même quand on n’est pas d’accord. Les obtus, les fanatiques et les imbéciles ne savent pas lire.
Si ce qui est dit dans ce média mérite la mort, c’est que nous aidons à vivre. Merci
« L’invention du journal est sans aucun doute celle qui fait époque(…) Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée. » Ne jamais se satisfaire d’une pensée toute faite, drôle de défi pour un média selon Péguy. Cela mérite donc cet honneur : des menaces de mort. Car si ce qui est dit dans ce média mérite la mort, c’est que nous aidons à réfléchir, c’est-à-dire à vivre. Merci.
Laurent Dominati
Laurent Dominati
a. Ambassadeur de France
a. Député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press
L’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) reste un organe encore peu connu du grand public. Composée aujourd’hui de 90 élus, elle propose la mise en œuvre de réformes qui permettraient de faire évoluer son travail. C’est l’objet d’un rapport que les membres de l’AFE ont adopté fin octobre lors de la dernière session plénière. Pour permettre ce changement, les parlementaires ont un rôle important à jouer. C’est pour cela que nous avons interrogé trois d’entre eux. Il s’agit de Ronan Le Gleut (LR), sénateur des Français établis hors de France, Mathilde Ollivier (EELV), sénatrice des Français établis hors de France et Stéphane Vojetta (apparenté Renaissance), député de la 5e circonscription des Français établis hors de France (Andorre, Espagne, Monaco, Portugal).
Chacun nous livre, sans retenue, son constat et sa vision au sujet de l’AFE et de ses élus.
Stéphane Vojetta
Stéphane Vojetta est député de la 5e circonscription des Français établis hors de France depuis 2021. Il a été réélu en 2022. Lors de sa dernière élection, il a notamment battu Manuel Valls qui avait été désigné par LaRem. Il a d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet « Remontada : carnet de route d’un dissident ». Stéphane Vojetta est le coauteur d’une loi qui encadre le travail des influenceurs. Il siège comme apparenté au groupe Renaissance à l’Assemblée nationale.
« Je trouve l’AFE structurellement trop éloignée de l’Assemblée nationale. »
Stéphane Vojetta
Mathilde Ollivier
Mathilde Ollivier est sénatrice des Français établis hors de France depuis 2017. Âgée de 29 ans, elle est la benjamine de la Haute-Assemblée. De 2021 à 2023, elle a été élue Conseillère des Français de l’étranger. Elle a aussi été membre de l’AFE. Au Sénat, Mathilde Ollivier siège au groupe Écologiste – Solidarité et Territoires.
« Faire de l’AFE une caisse de résonance des situations diverses des Français de l’étranger est aujourd’hui primordial. »
Mathilde Ollivier
Ronan Le Gleut
Ronan Le Gleut est sénateur des Français établis hors de France depuis 2017. Il a été réélu en 2023. Il est membre du Groupe Les Républicains au Sénat. De 2014 à 2018, Ronan Le Gleut a été élu consulaire et membre de l’AFE. Il est actuellement Président du groupe d’études « Statut, rôle et place des Français établis hors de France » au Sénat.
« J’invite le Gouvernement à se saisir de manière volontariste de la réforme de l’AFE. »
Ronan Le Gleut
L’AFE aujourd’hui
Jérémy Michel :« Dans son format actuel, l’Assemblée des Français de l’étranger compte-t-elle dans le paysage politique ? »
Stéphane Vojetta
Stéphane Vojetta : « Force est de constater que – malgré la bonne volonté des membres de l’AFE et la qualité de leurs travaux – ce n’est généralement pas le cas.
Vue de France, l’AFE n’existe pas. Si l’on devait faire un sondage au sein des gouvernements successifs depuis 2014 et la dernière réforme, combien de ministres admettraient ne serait-ce que connaître l’existence de l’AFE? Probablement aucun – à l’exception de ceux qui ont occupé le poste de ministre des Français de l’étranger ou de ministre des Affaires Étrangères. Et pourtant, l’action de tous ces ministres a des implications directes ou indirectes sur nous, les FDE (Les Français de l’étranger). »
« Vue de France, l’AFE n’existe pas. »
Stéphane Vojetta
« Vue de notre prisme de citoyens français établis à l’étranger, l’AFE n’existe hélas pas non plus. La fonction et les rôles précis des Conseillers des FDE sont sans doute connus par moins de 10% de la population inscrite sur la liste électorale consulaire. Quant à l’existence et aux prérogatives de l’AFE et de ses membres, je dirais que sans doute moins d’un FDE sur 100 en est conscient… Et l’on parle uniquement de la population directement concernée par nos élections législatives, sénatoriales et consulaires. Bref, les membres et sympathisants des partis politiques, voire éventuellement (soyons optimistes) des associations de FDE.
Enfin, en tant que député et en ce qui concerne le Parlement, je trouve l’AFE structurellement trop éloignée de l’Assemblée nationale pour peser sur nos travaux, en particulier sur ceux des députés des FDE. Par exemple, il n’y a pas d’automatisation de la transmission des résolutions de l’AFE vers les députés FDE. Ce type d’invisibilisation peut réduire à néant un travail pourtant essentiel.
Quant au Sénat, l’influence de l’AFE y est sans doute amoindrie par un système électoral qui réduit trop régulièrement l’AFE à un corps électoral, voire à un vivier de colistiers pour les élections sénatoriales. »
Mathilde Ollivier
Mathilde Ollivier :« Oui, définitivement. L’AFE et ses commissions jouent un rôle de structuration, de réflexion et d’élaboration de propositions essentielles à la représentation des Français de l’étranger. Elle mérite néanmoins d’être mieux connue et reconnue, alors que les Conseillers à l’AFE y investissent un temps considérable. Au-delà des travaux de l’Assemblée, elle structure aussi le paysage politique chez les Français de l’étranger et représente l’une des seules plateformes de dialogue et de débats entre élus du monde entier. Enfin, la possibilité de poser des questions, écrites ou orales, à l’administration et au gouvernement est aussi un moyen de contrôle de l’action publique et une base d’informations importante dans l’exercice de nos mandats locaux.
Cela rejoint d’ailleurs un besoin exprimé maintes fois par les élus: celui d’avoir accès à des offres de formations et à une plateforme compilant un maximum d’informations utiles aux Conseillers des Français de l’étranger et à l’AFE. Le rapport du groupe de travail de la réforme de l’AFE, présidé par Jean-François Deluchey, qui a terminé et présenté son travail lors de la dernière session, élabore d’ailleurs de nouvelles pistes pour renforcer et développer le site de l’AFE. C’est aussi par l’initiative des présidents de commission ou des groupes politiques que différentes formations sont régulièrement proposées lors de l’AFE : fresques du climat, présentations du GIEC par exemple, ou encore formations en finance publique initiées par Renaud Le Berre, président de la Commission des Finances dans laquelle je siégeais jusqu’il y a un mois. »
« L’AFE structure aussi le paysage politique chez les Français de l’étranger. »
Mathilde Ollivier
« Faire de l’AFE une caisse de résonance des situations diverses des Français de l’étranger est aujourd’hui primordial. Alors que nous finissons ce vendredi l’étude du Projet de Loi Immigration au Sénat, empreint de nombreuses idées reçues sur les raisons et les parcours de migration, entendre une voix différente, celle des Français de l’étranger par son Assemblée, aurait été salutaire face aux propositions démagogiques de la droite sénatoriale avec laquelle le gouvernement s’est compromis par l’accord obtenu. C’est aussi faire entendre une voix alternative auprès de nos amis et partenaires étrangers, alors que cette loi et les discours qui ont été tenus dans l’hémicycle seront aussi commentés de par le monde, comme un signal de la fermeture de la France à la diversité des cultures et à la mobilité.
C’est aussi un enjeu de citoyenneté française à l’étranger : l’AFE permet de problématiser et de débattre des positions et priorités politiques liées à l’enseignement français à l’étranger, la culture, la sécurité, l’économie… Bref, tous les sujets transverses relatifs à la place de la France et des Français dans le monde. Alors que les taux de participation aux élections consulaires sont faibles, c’est aussi un moyen de montrer aux Françaises et aux Français l’impact de leur représentation locale et de leurs choix politiques dans leur accès aux services publics à l’étranger. »
Ronan Le Gleut
Ronan Le Gleut : « La réforme de 2013 a considérablement affaibli l’AFE pour quatre raisons :
– Premièrement, en supprimant massivement le nombre de Conseillers à l’AFE, ce qui a comme conséquence que des pays importants pour les Français de l’étranger n’y sont plus directement représentés. Rappelons que l’AFE comptait 155 membres élus sur un total de 179 (2004-2012) puis 190 (2012-2014), contre seulement 90 aujourd’hui.
– Deuxièmement, en diminuant les moyens alloués à chaque Conseiller à l’AFE, les empêchant d’exercer la plénitude de leur mandat.
– Troisièmement, en mettant fin au lien organique entre les parlementaires et l’AFE, ce qui a eu comme conséquence d’éloigner le Parlement de l’AFE.
– Quatrièmement, en cassant le rôle pivot que fut l’AFE et en diluant ainsi son autorité. »
« Cette Assemblée est donc une source inépuisable d’inspiration pour nos propres initiatives au Sénat. »
Ronan Le Gleut
« Néanmoins, les travaux réalisés par les Conseillers à l’AFE restent de grande qualité, du seul fait de leur compétence propre. Cette Assemblée est donc une source inépuisable d’inspiration pour nos propres initiatives au Sénat. C’est pour recréer formellement le lien entre le Sénat et l’AFE que j’ai mis en place un dialogue institutionnalisé régulier entre l’AFE et le Groupe sénatorial d’études « Statut, rôle et place des Français établis hors de France » dès que j’en ai pris la présidence. Ce dialogue nouveau permet notamment de mieux sensibiliser nos collègues sénateurs de métropole aux problématiques spécifiques que rencontrent nos compatriotes établis à l’étranger. »
Les réformes indispensables
Jérémy Michel :« Pourquoi l’AFE doit-elle être réformée ? Et pour vous, quelles sont les deux ou trois réformes clés à envisager pour son avenir ? »
Stéphane Vojetta
Stéphane Vojetta : « À l’évidence, si l’on souhaite que l’AFE pèse davantage sur les décisions parisiennes qui impactent le quotidien des Français de l’étranger (FDE), il faut changer quelque chose. Il faut notamment le faire pour toutes ces personnes, Conseillers FDE, délégués consulaires et membres de l’AFE qui se sont engagés dans la vie politique des FDE avec la volonté sincère et désintéressée de peser sur le cours des choses à travers leurs travaux, et qui considèrent l’AFE comme le seul instrument capable de leur permettre d’exercer cette influence.
La plupart des membres de l’AFE dont je connais l’engagement partagent cette vision et cette ambition, plutôt que celle consistant à considérer l’AFE comme un simple symposium de « notables de l’étranger », voire comme un marchepied pour leur trajectoire politique personnelle, en route vers Paris et le Sénat. »
« J’estime que l’on devrait systématiser l’audition de représentants de l’AFE au cours du processus d’élaboration d’un texte. »
Stéphane Vojetta
« En tant que député des Français de l’étranger (FDE), je trouve l’AFE trop éloignée de l’Assemblée nationale qui est pourtant l’endroit où se fabrique la loi et où se déterminent les textes qui seront à l’ordre du jour du débat législatif. Chaque processus de fabrication de loi (que l’on parle de PJL – Projet de Loi, d’initiative gouvernementale – ou de PPL – Proposition de Loi, d’initiative parlementaire) donne lieu à un travail préalable d’auditions intense.
J’estime que l’on devrait systématiser l’audition de représentants de l’AFE au cours du processus d’élaboration d’un texte, si celui-ci a un lien direct et indirect avec les FDE. Cela obligerait de nombreux députés métropolitains à prendre en compte l’angle FDE dans leur texte, et cela modifierait à terme les mentalités au sein du Parlement, et notamment la perception de notre communauté établie hors de France.
Par exemple dans le cadre de la préparation de « ma » Loi Influenceurs, je suis allé à la rencontre de la French Tech Barcelone pour évoquer un texte pourtant franco-français et écouter leur retour. J’ai également débattu de certains aspects du texte avec les premiers concernés, les élèves de certains lycées français. Toutes ces consultations de terrain avaient mené à des ajustements de ma manière de voir les choses, et à des modifications de mon texte. »
« L’engagement politique des Français de l’étranger est plus complexe que celui des Français de métropole. »
Stéphane Vojetta
« Au Sénat, où là encore l’AFE pourrait être auditionnée plus systématiquement, peut-être devrait-on également chercher à modifier la dynamique actuelle qui donne trop d’importance aux élections sénatoriales et donc aux approches électoralistes aussi bien des travaux des Sénateurs que de ceux de l’AFE. Mais comment l’envisager sans élargir le collège électoral des Sénateurs Français de l’étranger ? »
« L’AFE doit être plus systématiquement consultée par les instances gouvernementales et parlementaires. »
Stéphane Vojetta
« Enfin, il faut reconnaître que l’engagement politique des Français de l’étranger est plus complexe que celui des Français de métropole, notamment en termes de déplacements et des coûts qui y sont associés. Il est important que les Conseillers des FDE et les membres de l’AFE aient les moyens matériels d’accomplir la mission pour laquelle ils ont été élus. Cela passe notamment par une revalorisation de la modeste indemnité dont ils bénéficient et qui n’a pas bougé depuis 2014. Un rattrapage serait parfaitement légitime, et le ministre Olivier Becht (Ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger) s’y est d’ailleurs engagé. »
Mathilde Ollivier
Mathilde Ollivier : « Aujourd’hui, de nombreux élus le remarquent : malgré l’investissement des Conseillers à l’AFE et un travail de fond d’auditions, de rapport et de résolutions, le caractère consultatif de l’AFE ne lui permet pas une prise en compte et un véritable suivi de ses résolutions dans leur mise en œuvre.
Nous en avions fait un thème de campagne, alors que le sénateur Jean-Yves Leconte avait travaillé sur un rapport autour de la réforme de la représentation des Français de l’étranger, dans lequel un certain nombre de pistes étaient envisagées. »
« Sortir du statut consultatif de l’AFE en lui donnant des fonctions délibératives »
Mathilde Ollivier
« Je retiendrai 4 points sur lesquels mettre l’accent, pour la plupart aussi évoqués par le rapport du groupe de travail sur la réforme de l’AFE lors de la dernière session :
1. Assurer le contrôle par l’AFE de son budget, et des ressources humaines allouées suffisantes. C’est une demande récurrente depuis le début de la mandature, qui a fait l’objet d’une résolution votée très largement dans le cadre des discussions lors de la dernière session. Ce contrôle du budget permettrait à l’Assemblée une véritable indépendance face à la Direction des Français de l’étranger et la possibilité de choisir ses priorités. J’ai siégé au Bureau de l’AFE, et vu le besoin d’un secrétariat général exclusivement au service de l’Assemblée, de manière continue toute l’année. C’était d’ailleurs le cas par le passé, mais ces dernières années, les ressources humaines allouées à l’Assemblée n’ont cessé de baisser.
2. Sortir du statut consultatif de l’AFE en lui donnant des fonctions délibératives en particulier sur les questions de bourses scolaires, d’action sociale et de soutien à l’action associative et un élargissement des compétences des élus aux subventions FLAM. »
« Comment permettre à des personnes en activité professionnelle d’exercer leur mandat dans des conditions optimales ? »
Mathilde Ollivier
«3. Revoir le statut de l’élu : cet élément se heurte à un certain nombre de difficultés financières et fiscales, mais semble nécessaire pour permettre à toutes et tous de candidater à des fonctions électives chez les Français de l’étranger. Notre Assemblée, tout comme le Parlement français d’ailleurs, se rajeunit et se féminise. C’est une très bonne nouvelle, mais aussi un défi : comment permettre à des personnes en activité professionnelle d’exercer leur mandat dans des conditions optimales, alors que les dispositions françaises permettant des décharges aux élus locaux ne peuvent s’appliquer à eux ?
Comment revoir le système de prise en charge des transports, notamment pour celles et ceux qui doivent avancer des milliers d’euros pour se rendre à Paris ? Le ministre a annoncé certaines évolutions qu’il faut saluer, notamment la possibilité d’avancer les frais de Conseillers de l’AFE se rendant à Paris. La possibilité de participation en visioconférence, supprimée il y a deux sessions, doit aussi être rétablie.
4. De nombreux Conseillers des Français de l’étranger (CDFE) choisissent aussi de se rendre à Paris pour suivre les sessions de l’AFE et ainsi bénéficier des riches échanges et du travail de fond réalisé par l’Assemblée, qui nourrit le travail local. L’Assemblée pourrait réfléchir à la manière de mieux les associer au dispositif. La diffusion en direct des sessions plénières est déjà une avancée importante pour permettre aux CFDE et aux citoyens de s’informer sur les grands enjeux rencontrés par les Français de par le monde.»
Ronan Le Gleut
Ronan Le Gleut : « Je vois trois réformes clefs :
– Premièrement, nous avons besoin d’une AFE élargie et plus représentative de la diversité des situations et des géographies. En effet, je note qu’au Sénat tous les départements de France disposent d’au moins un sénateur. De même, je considère que chacune des 130 circonscriptions consulaires électorales devrait être représentée à l’AFE par au moins un Conseiller à l’AFE. Par conséquent, aux 90 Conseillers AFE déjà existants, s’adjoindraient les 130 Présidents de conseil consulaire. Donc, dans certains cas, les suivants de listes siégeraient à l’AFE lorsqu’un élu placé plus haut dans la liste se trouverait également être Président de Conseil consulaire. Nous arriverions donc à une AFE de 220 Conseillers. »
« Chacune des 130 circonscriptions consulaires électorales devrait être représentée à l’AFE »
Ronan Le Gleut
« – Deuxièmement, en matière de bourses scolaires, de soutien au tissu associatif des Français à l’étranger (STAFE) ou d’aides sociales, l’AFE doit devenir délibérative et donc décisionnaire et non plus seulement consultative. L’excellent rapport Frassa-Lecomte de la commission des Lois du Sénat revient en détail sur la mise en œuvre d’une telle mesure. Les compétences nouvelles de l’AFE devraient alors être inscrites dans la loi. »
« C’est une révolution copernicienne qu’il conviendrait de mettre en œuvre. »
Ronan Le Gleut
« – Troisièmement, l’AFE doit davantage impliquer les Conseillers des Français de l’étranger et les Délégués consulaires à ses travaux. C’est une révolution copernicienne qu’il conviendrait de mettre en œuvre en la matière. »
Comment appliquer les changements ?
Jérémy Michel : « Comment faire adopter les réformes que vous proposez, et quand pourraient-elles devenir une réalité? »
Stéphane Vojetta
Stéphane Vojetta : « Je l’ai dit, l’AFE doit être plus systématiquement consultée par les instances gouvernementales et parlementaires. Je ne crois pas que cela puisse passer par une modification législative. Cependant, je vais étudier les pistes, et notamment les modifications des règlements de l’Assemblée nationale, qui permettraient d’aller dans le sens de cet objectif à l’occasion des travaux préparatoires de nos textes de loi. »
Mathilde Ollivier
Mathilde Ollivier : « Certaines de ces propositions peuvent être mises en œuvre rapidement, sans passer par un processus législatif, à la faveur d’arbitrages gouvernementaux : le contrôle du budget de l’AFE (même si celui-ci nécessiterait aussi un meilleur ancrage dans les textes), l’adéquation des moyens humains avec les besoins de l’Assemblée, la revalorisation des indemnités et du statut, le rétablissement de la participation par visioconférence… »
« Il nous appartient désormais, en tant que parlementaires, de soutenir l’AFE. »
Mathilde Ollivier
« D’autres devront passer par des propositions ou projets de loi, notamment afin de permettre à l’AFE une voix délibérative. 10 ans après la dernière réforme de la représentation des Français de l’étranger, ces modifications pourraient s’intégrer dans une réforme plus globale de la représentation des Français de l’étranger, s’appuyant sur les rapports des parlementaires et des Conseillers publiés ces derniers mois. Il est intéressant de noter que la plupart des programmes lors des dernières élections sénatoriales contenaient des propositions de réforme. L’AFE, par son groupe de travail transpartisan, et l’adoption consensuelle des résolutions associées lors de la dernière session, a montré la voie. Il nous appartient désormais, en tant que parlementaires, de soutenir l’AFE lors des discussions budgétaires et avec le gouvernement et de nous atteler à porter ces modifications législatives. »
Ronan Le Gleut
Ronan Le Gleut : « Dix ans après la réforme de 2013, nous avons suffisamment de recul pour voir ce qu’il conviendrait d’améliorer. J’invite donc le Gouvernement à se saisir de manière volontariste de ce sujet majeur. »