Ecoutez cet épisode de Vagabondage avec Justyna Bacz-Kazior
Aujourd’hui « Vagabondage » va vous faire fredonner quelques classiques du répertoire. Notre invitée, Justyna Bacz-Kazior, est à la fois chanteuse et musicienne, autrice et traductrice mais aussi enseignante. Cette femme orchestre est une des voix marquantes de la chanson française en Pologne. Ce grand pays d’Europe de l’est réserve toujours un accueil bienveillant aux chanteurs hexagonaux comme aux artistes talentueux qui font vivre la chanson de qualité en français ou en polonais. La France tient là sans doute une de ses meilleures ambassadrices de la chanson française en Pologne. Elle fait autant pour la promotion de la culture française que bien des institutions plus classiques.
Un amour de la chanson française qui vient de loin
La chanteuse est venue à notre langue très jeune, ses parents l’ayant encouragée à prendre des cours privés de français. Mais le déterminant de sa vocation fut sans doute ce 45 tours d’Edith Piaf reçu en cadeau. Cela scella définitivement son amour pour notre langue.
Un amour de la chanson française qui vient de loin
Après une formation à l’université de Varsovie l’histoire d’amour linguistique s’est approfondie. Cette polyglotte a été prise par l’envie de traduire les textes de ses chanteurs favoris dans la langue polonaise. À l’époque, les spectacles de Gibert Bécaud ou de Juliette Gréco permettent au public polonais qui vit sous le communisme d’avoir accès à quelques artistes internationaux. Les talents français de la chanson sont remarqués et appréciés. Justyna s’en inspire.
Un répertoire de classiques de la chanson française
Justyna puisera dans ses souvenirs d’enfant mais aussi dans son talent musical le goût pour l’interprétation de ces grands classiques que sont Piaf, Brassens, ou Dalida. Ses spectacles remettent au goût du jour ces chanteurs. Ses récitals sont autant de sélections du meilleur de notre culture chantée. Padam, padam – concert au Centre culturel de Varsovie
La chanson française est encore prise ici en Pologne très au sérieux. Si l’influence des chanteurs français est moindre que sous le communisme, un public d’aficionado de la chanson existe. Poésie chantée pour les francophones, la chanson française célèbre l’amour des belles lettres mis en musique. Elle s’adresse donc à un public souvent cultivé et tournée vers une France qui demeure un phare culturel.
Un répertoire de classiques de la chanson française
Les mélomanes polonais apprécient ces refrains inoubliables qui tels l’hymne à l’amour ou l’aigle noir permettent à Justyna de jeter des ponts entre deux cultures, française et polonaise. Nous partageons clairement un même amour pour la beauté de la langue et les chansons à message.
Traduire les classiques de la chanson française en polonais
Justyna continue de se frotter à l’art subtil de la traduction qui lui a permis de traduire en polonais, en autre, des chansons de Brassens ou de Baby La pointe. Ce sont des auteurs dont on connaît pourtant la subtilité des textes. Elle a réalisé là un vrai petit tour de force artistique. Vous pourrez écouter ici un classique de Dalida traduit par l’artiste.
Écoutez « Mourir sur scene » (żejść ze sceny) dans sa traduction polonaise :
Son métier d’enseignante à l’institut français de Pologne à Varsovie lui offre également une autre façon de faire vivre la francophonie et de transmettre notre langue commune à un public de jeunes polonais. Elle a été applaudie tout récemment par une salle conquise, au théâtre de Cracovie, pour son spectacle, sur les femmes et la chanson, qui met en lumière des femmes autrices et musiciennes.
8 albums enregistrés et des concerts marquants
Justyna c’est aujourd’hui 8 albums enregistrés. C’est une interprétation panoramique qui va des grands standards de la chanson jusqu’aux morceaux les plus contemporains, de Zaz à Louane.
8 albums enregistrés et des concerts marquants
Nous l’écoutons ainsi parler de sa passion au micro de Vagabondage en ce mois de mars, celui de la Francophonie. La France doit lui dire merci. Ce qu’elle a fait en lui octroyant la médaille méritée de chevalier des arts et lettres. Mais le plus bel hommage reste celui du public qui vient assister nombreux à ses concerts.
Découvrir son œuvre en chanson :
Retrouvez les albums de Justyna de la Librairie Polonaise à Paris, 123 Bd Saint-Germain où sont disponibles tous ses albums CD.
Initiés par la sénatrice Samantha Cazebonne, les palmes du réseau d’enseignement français à l’étranger (EFE) ont connu leur apogée à la Sorbonne, avec la cérémonie des récompenses. Pour une fois, on n’a quasiment pas parlé de chiffres concernant le nombre d’élèves dans les établissements ou de budget manquant ! Au contraire, ce sont bien des histoires d’hommes et de femmes qui ont été mises en avant. La remise de ces palmes restera, sans doute, un moment fort de cette année scolaire. À voir les sourires sur les visages et entendre les applaudissements du public, cette soirée a été un véritable succès, placée entre fierté et émotions. Lesfrancais.press est d’ailleurs heureux de s’être associé à cet événement passionnant en tant que partenaire media.
Les palmes de l’EFE : une reconnaissance pour ce réseau
En octobre 2024, la sénatrice Samantha Cazebonne avait lancé le défi d’organiser les palmes du réseau d’enseignement français à l’étranger (EFE). Interviewée par Lesfrancais.press, la parlementaire constatait alors que nos établissements hors de France et les initiatives prises au sein de ce réseau « souffraient d’un manque de visibilité ». Ce jeudi 13 mars 2025, communauté éducative, partenaires économiques et représentants politiques étaient tous présents lors de la cérémonie des palmes EFE pour célébrer les projets venus des quatre coins de la planète.
« Les palmes de l’EFE c’est offrir à ce réseau la reconnaissance qu’il mérite. »
Samantha Cazebonne, sénatrice des Français établis hors de France
Et c’est une véritable mise en lumière des acteurs de l’enseignement français à l’étranger qui s’est opérée au cours de cette soirée de remise des prix organisée à la Sorbonne. Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger, a d’ailleurs déclaré que cette « initiative fait écho à une conviction acquise » depuis sa nomination. Celle que « nos compatriotes établis hors de France font des choses formidables. » Et, c’est avec des événements comme celui des palmes EFE que seront « cassés les stéréotypes sur les Français de l’étrange » a-t-il ajouté. Et cette soirée a également pu rapprocher des personnes au parcours divers et de nationalités différentes, unies autour d’un idéal commun, celui véhiculé au sein de nos établissements scolaires situés hors de France.
De gauche à droite : Samantha Cazebonne, sénatrice et organisatrice des Palmes EFE; Claudia Scherer-Effosse, directrice générale de l’AEFE; Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger.
Ainsi, Claudia Scherer-Effosse, directrice générale de l’AEFE (Agence française pour l’enseignement français) a souligné « l’enseignement singulier » dispensé au sein du réseau, lui-même « riche de ses spécificités ». Elle a également mis en avant « le multilinguisme comme une réponse à un monde monolithique ». En moyenne, ce sont, par établissement, près de 40 nationalités qui partagent ensemble leur quotidien.
Revivez la cérémonie 2025 des Palmes de l’EFE
Les Palmes de l’EFE : les projets récompensés
Au cours de la cérémonie, brillamment menée par la journaliste Dominque Tchimbakala, ce sont 12 palmes qui ont été décernées. Un choix cornélien à faire parmi les 291 candidatures réceptionnées, provenant de 181 établissements, situés dans 79 pays. « Je suis encore habitée par certains de ces projets et leurs vidéos » a partagé avec émotion à la tribune Sophie Tardy, inspectrice générale de l’éducation nationale, membre du jury des palmes de l’EFE.
De gauche à droite : Sophie Tardy, inspectrice générale de l’éducation nationale et membre du jury des palmes de l’EFE; Dominique Tchimbakala, maîtresse de cérémonie des Palmes EFE.
Les projets ainsi récompensés ont notamment valorisé des hommes et des femmes qui, chaque jour, donnent de leurs temps et communiquent leur passion pour « construire un monde un peu meilleur », comme l’a déclaré Claudia Scherer-Effosse, la directrice générale de l’AEFE au cours de son intervention. Toutes celles et ceux qui se sont exprimés à la tribune ont aussi relevé la grande qualité de toutes les initiatives qui ont concouru à ces palmes. Toutes auraient pu mériter un prix, mais il a tout de même fallu honorer certaines. Voici la liste complète des récompenses attribuées. Chacune d’entre elles étant liée notamment à un sponsor qui soutenait l’organisation des Palmes du réseau d’enseignement français à l’étranger (EFE).
Cérémonie des palmes EFE à la Sorbonne
Les projets récompensés par les Palmes du réseau de l’EFE
La Palme de la lutte contre la discrimination parrainée par la MAIF a été attribuée au Lycée Français Jules Verne situé au Guatemala, pour son action « Ensemble sans barrières ». Une initiative visant à sensibiliser la communauté scolaire sur le handicap pour « changer les regards et abattre des murs » comme l’a expliquée la représentante de ce projet au moment de recevoir son prix. Une récompense qui, selon Yves Pellicier, Président de la MAIF, et sponsor de cette palme » résonne puissamment avec les valeurs d’humanisme » défendues par sa mutuelle.
De gauche à droite : Représentante du Lycée Français Jules Verne au Guatemala; Yves Pellicier – MAIF.
La Palme de l’action culturelle parrainée par LDE (Libraire scolaire) a été décernée à la petite école d’Hô Chi Minh au Vietnam pour son projet « Éveil culturel : l’Art en francophonie à la petite école », montrant ainsi que « l’art à toute sa place » dans les écoles selon les organisateurs. Du côté du sponsor, LDE, outre la fierté de participer à ces palmes, Pierre-Alban Villeroy de Galhau, son directeur à l’export, a rappelé que « les établissements n’avaient pas manqué de (nous) surprendre » par la créativité des projets présentés.
De gauche à droite : Catherine Lespine Groupe Odyssey Education représente la petite école d’Hô Chi Minh; Pierre-Alban Villeroy de Galhau de LDE.
La Palme de l’inclusion parrainée par Index Éducation, n’a pu départager 3 projets, ainsi ce sont 3 récompenses qui ont été remises : une au collège Elysée Hazmieh au Liban pour son action « des chaussettes qui détricotent les préjugés » ; une autre palme a été décernée au Lycée Français international Théodore Monod situé aux Émirats Arabes Unis pour son projet « la semaine des Dys-férences » ; et une troisième a été attribuée au Lycée Français de Madrid pour son initiative « espaces de ressources EBEP ». Pour Fabien Ferrazza le directeur général d’Index Éducation, « quand on parle d’inclusion, on parle d’émotion », et des frissons ont parcouru le public de la Sorbonne au cours du visionnage des vidéos proposées par les différents vainqueurs.
Fabien Ferrazza le directeur général d’Index Éducation et les titrés des 3 palmes
La Palme de la promotion linguistique et/ou de l’ouverture sur le pays d’accueil parrainée par Vatel a récompensé le lycée Français Santa Cruz de la Sierre en Bolivie pour son « voyage de la Cueca » ou se mêle danse et écriture. Il s’agissait de « sortir des habitudes scolaires » comme l’a présenté le porteur de cette action, mettant en avant la langue française. Langue française qui a aussi une place importante pour Karine Sebban-Benzazon, Présidente du groupe Vatel : dans chacune des écoles hôtelières du groupe, partout dans le monde, on apprend le français. « Bon appétit ou amuse-bouche ne peuvent pas se dire dans une autre langue » a-t-elle partagé au moment de la remise du prix.
Karine Sebban-Benzazon, Présidente du groupe Vatel
La Palme de l’Action innovante parrainée par l’Edhec Business School est revenue à l’école américaine de San Diego aux États-Unis pour son action « produire des fruits et légumes », avec la mise en avant de la problématique de l’eau sur un territoire ou les températures sont très élevées. Laurent Peries, le directeur marketing et recrutement de la célèbre école de commerce a mis en avant la qualité du réseau de l’EFE et de ses élèves, dont il peut mesurer l’engagement parmi celles et ceux qui poursuivent leurs études supérieures au sein de l’Edhec.
De gauche à droite : Représentante de l’école américaine de San Diego aux États-Unis et Laurent Péries Directeur marketing et recrutement de l’EDHEC Business School.
La Palme de l’engagement parrainée par la Banque Transatlantique a récompensé le lycée Français de Tananarive à Madagascar pour son action « un sourire pour tous » qui vise à soutenir les enfants des rues d’Antananarivo. Jean-Hervé Fraslin, élu consulaire de Madagascar et président de la Commission Éducation de l’AFE constate que « ces palmes valorisent la grande diversité des talents du réseau ». Odile Le Goc, membre du directoire de la Banque Transatlantique, qui sponsorise cette thématique de l’engagement, était fière de remettre ce prix à cet établissement. D’autant plus à la Sorbonne, université où elle a étudié la philosophie il y a quelques années.
De gauche à droite,Jean-Hervé Fraslin élu AFE de Madasgascar qui remettra la palme EFE de lEngagement au lycée français de Tananarive et Odile Le Goc, membre du directoire de la Banque Transatlantique.
La Palme de l’orientation parrainée par Paris 1 Panthéon Sorbonne a été décernée au Lycée Franco-Mexicain pour son projet « Orientation au LFM : une équipe, des intervenants, un carrefour des universités exceptionnel ». Ce projet vise, entre autres, à faciliter l’accès à Parcoursup, et faire en sorte que « l’orientation ne soit pas une formalité administrative mais bien un travail de chaque jour » depuis l’entrée à l’école de l’élève, comme le soulignent les initiateurs de cette action récompensée. Béatrice Piazza-Paruch, directrice partenariat entreprise – insertion professionnelle de la Sorbonne, qui accueillait la première cérémonie de remise des palmes, a envoyé un message pour que la prochaine soirée de remise de prix se tienne aussi dans les murs de la prestigieuse université, en 2026 ?
De gauche à droite : 2 étudiantes du Lycée Français Anne de Kyiv en Ukraine; Béatrice Piazza-Paruch directrice partenariat entreprise – insertion professionnelle de la Sorbonne.
Enfin, 5 palmes d’honneur ont été remises à des établissements ayant eu à faire face à un contexte exceptionnel, à savoir :
Le lycée Guy de Maupassant au Maroc « solidarité et séisme »
Le lycée international Le Clezio à Vanuatu « Nabanga un orchestre unique » après le séisme qu’a connu l’île
Le Lycée français de Valence en Espagne pour son action « solidaire post Dana », nom de la tempête qui a causé les terribles inondations
L’ensemble des établissements du Liban
Et le Lycée Français Anne de Kyiv (Kiev) en Ukraine
D’ailleurs, deux élèves de l’école Française de Kyiv sont venus directement d’Ukraine chercher leur prix. La palme qui leur a été décernée fut accompagnée d’un tonnerre d’applaudissements et d’un public debout. Déjà riche en émotions, cette première cérémonie de remise des palmes du réseau d’enseignement français à l’étranger (EFE) l s’est ainsi close sur ce frisson supplémentaire.
Le public de la Sorbonne debout pour célébrer les vainqueurs des Palmes d’Honneur de l’EFE
Et si avant la création de ces palmes EFE, la communauté qui forme le réseau des établissements français à l’étranger « souffraient d’un manque de visibilité », cette cérémonie a mis en avant toute la créativité de nos compatriotes vivant hors de France. En attendant la suite, sans doute l’organisation d’une deuxième édition de ces palmes pour éclairer encore un peu plus ces belles initiatives portées par des Françaises et Français de l’étranger. Et faire en sorte que leurs projets deviennent aussi une véritable source d’inspiration…pour l’hexagone.
En attendant, « bravo et merci » à tous les participants et aux organisateurs de cette première cérémonie placée sous le double signe de la fierté et de l’émotion.
Un romancier enraciné dans le terroir bordelais ; voici la description très sommaire d’Eric Remus. L’homme, un humaniste tourné vers les autres, un esthète du vin, mérite davantage que cette trop rapide présentation. Pour le découvrir, nous vous invitons à partir à la rencontre de son univers de fiction.
Car cet ardent défenseur de Saint Emilion, où il a été propriétaire d’un domaine, reprend la plume. « Une étrange rumeur » est un roman construit « entre grands vins et grands sentiments ». Puisqu’il met en scène pour la deuxième fois le personnage de Victor Soubéran. Un double de l’auteur, sommelier de génie que nous avions découvert à travers « Iouréléguy mon amour » un premier opus publié voilà quatre ans.
Un livre mieux qu’un roman. Une découverte documentée de la fabrication du vin.
Dans cette nouvelle fiction Victor vient au secours d’Audrey, héritière de Château Phoebus. Ce domaine prestigieux de Saint Emilion est en difficulté. Et Victor va participer au redressement de la situation tout en découvrant l’amour et la quiétude qu’offrent les sentiments partagés. Mais c’est sans compter sur les nuages qui vont s’accumuler au-dessus de l’idylle.
Il ne sera pas question de spoiler le récit et son intrigue captivante. Mais de simplement rappeler que les grands vins de Bordeaux font, dans la vraie vie aussi, parfois les frais d’esprits mal avisés. À l’ombre plusieurs fois centenaire de ces temples du vin, des esprits mercantiles sont parfois prêts à sacrifier les traditions du terroir sur l’autel de l’argent. L’étrange rumeur du titre est celle de la diffamation. Qui menacera la relation d’amour de Victor et Audrey. A l’image d’une époque qui, hélas, fait le lit de toutes les diffamations dont les réseaux sociaux sont hélas la vitrine quotidienne.
Le vin en France : Une affaire de passion et de tradition
Cependant, ce livre est justement mieux qu’un roman. Il nous offre une découverte documentée de la fabrication du vin. Avec ses aléas climatiques, ses incertitudes et la profonde satisfaction de produire un nectar unique issu de terroirs singuliers à la profonde subtilité géologique. Le vin ne sera jamais en France un produit de plus sur les rayons de vente. Mais une affaire de passion et de tradition.
Le livre est écrit par un connaisseur. Qui a produit du vin amoureusement. Qui sait aussi que ce processus de création est aussi fragile que celui d’un roman. Que les romans « longs en bouche » sont les meilleurs et qu’ils réclament un sens de l’architecture pour tenir en haleine le lecteur comme l’amateur de Bordeaux. C’est la grande histoire du vin que narre aussi ce récit à la fois simple dans son motif et colorée dans son déroulement. Il peut se lire indépendamment du premier opus. Nous avons interrogé le romancier viticulteur sur son roman charpenté.
Lesfrancais.press : « Eric, nous vous retrouvons pour ce nouvel opus qui replonge le lecteur dans l’univers familier du vin et reprend la figure machiavélique de Malfroy découverte dans Irouléguy mon amour (2021). Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire cette suite intitulée « Une étrange rumeur » ? »
Eric Remus : « Quand je gérais un domaine à Saint-Emilion, Château Edmus, j’étais toujours surpris par l’intérêt que le vin suscite dans des publics extrêmement divers. Mettez un vigneron à une table et c’est généralement lui qui est le centre de l’attention et attire les questions. Après avoir cédé mon domaine, j’avais voulu partager mon expérience tout en assouvissant mon plaisir pour inventer et raconter des histoires.
« L’univers du vin combine plaisir, culture et travail »
Eric Remus
Au départ, je pensais plus à des histoires indépendantes qui auraient le monde du vin comme dénominateur commun. Ce n’est qu’après avoir achevé Irouléguy mon amour, et même après sa publication, que je me suis rendu compte qu’on pouvait considérer que l’aventure se terminait sur un point d’interrogation. Alors, comme j’avais encore des choses à dire sur mon expérience, j’ai décidé de poursuivre l’intrigue dans Une étrange rumeur en la situant à Saint-Emilion au cœur d’une propriété viticole, la rivalité entre Victor, jeune sommelier devenu viticulteur, et Malfroy, négociant vindicatif, étant rythmée par les travaux à accomplir tout au long de l’élaboration d’un millésime, en l’occurrence le 2005. »
Lesfrancais.press : « Qu’est-ce qui suscite selon vous cet intérêt pour l’univers du vin ? »
Éric Remus : « Il combine plaisir, culture, et travail. Plaisir de savourer, suivant les circonstances, un vin de soif gouleyant ou un grand cru d’exception. Culture car on déguste rarement un vin sans s’interroger sur sa région de provenance et, avec la géographie, on en vient rapidement à vouloir comprendre l’histoire, et elle vient de loin, qu’on évoque un vin de bourgogne, un claret bordelais, ou un pinotage de Stellenbosch.
Travail enfin, parce qu’on devine, avec un verre en main, toutes les opérations que le vigneron doit accomplir pour parvenir au résultat final avec toujours la nécessité de composer avec l’impondérable qu’est la météo. Les caprices de la météo jouent d’ailleurs un rôle important dans le déclenchement de l’intrigue dans Une étrange rumeur. »
Lesfrancais.press : « C’est formellement votre troisième roman publié. Est-ce que la technique de l’écrivain, comme avec les bons vins, s’aiguise et prend de la valeur avec le temps ? »
Éric Remus : « La valeur attend-elle le nombre des années ? Il faut distinguer le style de l’écriture et l’architecture d’un récit. La qualité et l’originalité d’un style sont à mon avis innées. Ce talent, on l’a ou pas. En revanche, la construction de l’intrigue, c’est peut-être ce que vous appelez la technique de l’écrivain, peut se perfectionner, notamment par la lecture analytique des auteurs reconnus. Je ne lis plus de la même façon qu’il y a quelques années.
« Plus que promouvoir une région, c’est d’abord les métiers du vin que j’ai voulu présenter. »
Eric Remus
Il m’arrive souvent, quand j’ai terminé un livre captivant, de le parcourir à nouveau pour comprendre le cheminement de l’histoire, en apprécier les rebondissements et reconnaître les cailloux semés ici ou là pour aider ou dérouter le lecteur. Cet exercice répété a certainement influencé ma façon d’organiser la progression de l’intrigue et l’a sans doute améliorée.
Lesfrancais.press : « Le bordelais est une région qui fait rêver à travers la planète et en particulier le vignoble de Saint Emilion qui vous est cher. Au-delà de la posture de l’écrivain, y a-t-il en vous aussi un promoteur d’une région française et d’un patrimoine culturel avec le vin ? »
Éric Remus : « Je connais bien Saint-Emilion pour y avoir travaillé et mieux le Bordelais que d’autres régions viticoles françaises. Le Bordelais est le théâtre d’Une étrange rumeur alors que, dans Irouléguy mon amour, la cavale de Victor l’avait amené à parcourir les vignobles du monde. Mais, plus que promouvoir une région, c’est d’abord les métiers du vin que j’ai voulu présenter dans leur diversité, sommelier dans Irouléguy mon amour, viticulteur dans Une étrange rumeur avec les différentes tâches qu’il doit accomplir dans les vignes, dans le chai et pour vendre le vin.
Et plus encore que cette présentation initiatique, c’est la confrontation entre Victor et Malfroy, sous forme d’une chasse à l’homme où la proie, pour sa survie, devient chasseur, qui doit aiguiser la curiosité le lecteur et lui donner envie de tourner les pages. L’univers du vin est omniprésent mais contextuel. Un professeur de sommellerie m’avait dit qu’il conseillerait la lecture d’Irouléguy mon amour à tous ses étudiants pour qu’ils s’imprègnent de l’atmosphère du métier sans s’en rendre compte et en se distrayant. C’était pour moi un beau compliment car c’était bien mon intention. J’espère qu’un professeur d’œnologie réagira de même après avoir lu Une étrange rumeur. »
Lesfrancais.press : « En tant qu’observateur du monde du vin, de la mondialisation de ce marché qui connaît une concurrence certaine et ne permet plus aux vins français de se reposer sur leurs lauriers, comment voyez-vous l’avenir pour nos vins à l’exportation ? Le marché américain risque d’être plus inaccessible si des barrières douanières s’élèvent … »
Éric Remus : « Le monde des vins fins est en plein bouleversement. Le marché chinois s’est nettement contracté par rapport à ce qu’il était il y a encore quatre-cinq ans et le marché russe est de l’histoire ancienne. Les Etats-Unis sont un marché important et, en dépit de droits de douane augmentés, devraient le rester grâce au prestige des grands vins français, au pouvoir d’achat des Américains et au niveau de prix élevés des vins californiens.
« En matière d’achat de vin, La fidélité qu’on pouvait avoir pour tel ou tel domaine disparait au profit de la recherche d’une « expérience. »
Eric Remus
Outre ces tendances macro-économiques, le comportement des consommateurs change. La fidélité qu’on pouvait avoir pour tel ou tel domaine disparaît au profit de la recherche d’une « expérience », condition pour accepter un niveau de prix qui rémunère convenablement le producteur. Cette expérience peut être un séjour œnologique, une association « met-vin » validée par un grand chef ou un grand sommelier, l’apparition de son vin dans un film ou une série que l’on fera rebondir sur ses propres réseaux sociaux ou encore le lancement d’une cuvée unique et limitée. Les grands châteaux se démènent pour trouver une « story » originale accentuant le fossé entre les propriétés qui peuvent dédier des ressources au marketing et ceux qui n’en ont ni le temps ni les moyens et peinent à écouler leur production à des niveaux de prix satisfaisants. »
Vers une trilogie possible…
Lesfrancais.press : « Vous êtes en phase de promotion de ce livre qui nous l’espérons rencontrera son public. Continuez-vous à écrire ? »
Éric Remus : « Merci de vos encouragements. Les prochaines semaines, je vais en effet les consacrer à trouver les « stories » originales pour promouvoir Une étrange rumeur ! Ensuite, j’espère retrouver la discipline pour m’atteler à la suite et fin de ce qui formerait une trilogie. Cette fois, j’en ai consciemment ouvert la possibilité dans la conclusion d’Une étrange rumeur. »
Pour acheter le livre
Couverture du livre d’Eric Remus « Une étrange rumeur »
En toute confidence » est un podcast dédié à 100 % aux Françaises et Français de l’étranger.
Tous celles et ceux qui façonnent la France dans le monde viennent répondre à nos questions. Ils nous partagent leur vision de l’expatriation et apportent leurs idées nouvelles et concrètes pour faciliter notre vie au quotidien. « En toute confidence », c’est votre espace de débat qui relie la France à ses compatriotes vivant à l’étranger.
Animé par Caroline Ettori.
Écouter le podcast avec Vincent Caure
Dans ce nouvel épisode du podcast « En Toute Confidence », Vincent Caure, député de la troisième circonscription des Français établis hors de France, aborde les enjeux liés à son mandat. Il est d’ailleurs en ce moment rapporteur du texte pour lutter contre le narcotrafic. Élu en juillet 2024, il partage son expérience à l’Assemblée nationale. Il s’y sent « très heureux », malgré les difficultés inhérentes à la représentation des Français vivant à l’étranger. Et aussi dans un contexte des plus incertains.
La France et le narcotrafic
« Ce n’est pas plus dur de représenter les Français de l’étranger, c’est parfois différent. » précise Vincent Caure qui insiste sur l’importance de la pédagogie et de l’explication auprès de ses collègues sur les réalités de l’expatriation. Au cours de ce podcast, il rappelle qu’il existe encore des clichés tenaces sur les expatriés. Le parlementaire affirme alors que la clé réside dans la communication. « Il y a un travail de pédagogie à faire pour que mes collègues comprennent ce que vivent nos compatriotes hors de France. »
« La France est de plus en plus menacée par le narcotrafic. »
Vincent Caure, député des Français établis hors de France (Europe du Nord, îles britanniques, Pays baltes)
En tant que co-rapporteur de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, le député est bien conscient des enjeux : « la France est de plus en plus menacée par le narcotrafic. » Vincent Caure évoque ainsi les mutations des réseaux criminels et l’importance d’accroître les moyens d’enquête des forces de l’ordre pour faire face à ces menaces. Le texte de loi vise à « redonner des moyens aux policiers et gendarmes pour qu’ils puissent enquêter mieux et plus rapidement face à ces réseaux. »
Vincent Caure, député à la rencontre des Français expatriés de sa circonscription
La proposition de loi a été adoptée rapidement par le Sénat. Mais le processus à l’Assemblée nationale est plus complexe, avec un débat vif et de nombreux amendements. Le parlementaire souligne l’importance d’un consensus : « Il y a un besoin que l’on vote de manière rassemblée ce texte, car il concerne les grandes villes, les villes moyennes, et les campagnes. » Cette loi, selon lui, vise à répondre à une crise qui n’épargne aucune région et qui a des conséquences importantes sur la délinquance et sur la santé publique.
« On prend beaucoup de dispositions du droit italien, car ils ont beaucoup travaillé sur la mafia. »
Vincent Caure, député des Français établis hors de France (Europe du Nord, îles britanniques, Pays baltes)
Le député aborde également la nature des amendements proposés, qui proviennent de différents groupes politiques. « Il y a des amendements du groupe La France Insoumise qui visent souvent à supprimer des dispositions introduites au Sénat. Il y a aussi des amendements du Rassemblement National qui cherchent à durcir des dispositifs déjà très durs. » Malgré ces divergences, il reste optimiste quant à la possibilité de trouver un terrain d’entente : « Je suis certain qu’on aura un large consensus, peut-être pas l’unanimité, mais il faut qu’on s’écoute. »
Vincent Caure, député des Français d’Europe du Nord
Vincent Caure évoque l’importance d’apprendre des expériences étrangères, notamment en matière de lutte contre le crime organisé : « Par exemple, on prend beaucoup de dispositions du droit italien, car ils ont beaucoup travaillé sur la mafia. » Il met également en lumière les innovations numériques en Europe du Nord qui pourraient inspirer des réformes en France.
Des expatriés qui restent optimistes
En ce qui concerne la couverture de sa circonscription, Vincent Caure a opté pour une approche itinérante, sans permanence fixe. Il souligne l’importance de se déplacer régulièrement pour rencontrer les expatriés : « J’essaye au moins une fois tous les dix jours de me rendre en circonscription. »
« Quel que soit le regard qu’ils portent sur l’expatriation, c’est une forme d’optimisme pour l’avenir. »
Vincent Caure, député des Français établis hors de France (Europe du Nord, îles britanniques, Pays baltes)
Interrogé sur ce qui l’a le plus surpris dans ses rencontres avec les expatriés, Vincent Caure salue leur optimisme face aux défis. « Quel que soit le regard qu’ils portent sur l’expatriation, c’est une forme d’optimisme pour l’avenir. » Cet optimisme contraste avec les préoccupations globales actuelles et rappelle l’importance de la résilience.
Enfin, si une loi Vincent Caure devait émerger, elle serait axée sur la numérisation des services publics pour les Français de l’étranger. Ainsi, insiste-t-il sur les avancées réalisées depuis 2017, comme le vote en ligne. Il espère que ces dispositifs pourront être étendus à l’ensemble des citoyens en France. À l’instar de notre média, Lesfrancais .press, le député a créé un canal whatsapp pour informer de ses actions. Et depuis quelques jours il enregistre même des messages vocaux pour faire le point sur ses activités et expliquer ses positions.
En toute confidence est en écoute sur plusieurs plateformes
« Travaillez dur et vous réussirez » : ce conseil que les parents aimaient à répéter à leurs enfants est-il encore d’actualité ? Depuis plusieurs années, le rôle des héritages joue un rôle croissant dans les parcours de vie. Les sociétés occidentales se rigidifient socialement. Sans capital initial, les jeunes ont plus de difficultés à devenir propriétaires de leur résidence principale et à vivre au cœur des grandes agglomérations qui offrent le plus d’opportunités au niveau professionnel. En 2024, les habitants de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). devraient hériter de 6 000 milliards de dollars, soit environ 10 % du PIB, contre 7 % en 1960.
Le poids des héritages par rapport au PIB a doublé en France en soixante ans. En Allemagne, entre 1970 et 2024, il a triplé. En Italie, les héritages ont représenté 15 % du PIB en 2023. Cette progression résulte à la fois de l’enrichissement et du vieillissement. Les habitants des pays aisés accumulent du patrimoine sur des périodes plus longues. La forte valorisation des actifs financiers et immobiliers, ces dernières années, a contribué à augmenter de manière sensible les héritages. Le ralentissement de la croissance depuis une génération et la faiblesse des gains de pouvoir d’achat ont conduit à une forte hausse du rapport patrimoine/revenus.
En France, le patrimoine représente aujourd’hui plus de huit fois le revenu annuel, contre seulement quatre fois il y a cinquante ans. Au Royaume-Uni, une personne sur six née dans les années 1960 devrait recevoir un héritage supérieur à dix années de revenus annuels moyens de sa génération. Pour les personnes nées dans les années 1980, ce ratio atteint un tiers.
Les héritages façonnent de plus en plus les sociétés occidentales.
L’inégalité des héritages est, quant à elle, frappante. Un cinquième des 35-45 ans hériteraient de moins de 10 000 livres, tandis qu’un quart recevrait plus de 280 000 livres. Selon la Réserve fédérale, un Américain faisant partie des 5 % les plus aisés reçoit, en moyenne, plus de 50 000 dollars d’héritage, contre environ 5 000 dollars pour un Américain médian en termes de revenus.
Les baby-boomers des années 1950 et du début des années 1960 ont pleinement profité des Trente Glorieuses. Ils ont réussi à se constituer un patrimoine immobilier en empruntant à une époque où l’inflation jouait en leur faveur. Le remboursement des emprunts a été facilité par l’érosion monétaire, d’autant que, dans les années 1970, les salaires étaient indexés sur l’inflation. Par la suite, ces baby-boomers ont bénéficié de la hausse des prix de l’immobilier et des actifs financiers. Les Allemands de plus de 65 ans, qui représentent un cinquième de la population, détiennent un tiers de la richesse nationale. Aux États-Unis, les baby-boomers, qui représentent également un cinquième de la population, possèdent la moitié de la richesse nette du pays, soit 82 000 milliards de dollars. Avec leur montée en âge, ces générations commencent à disparaître, ce qui conduit à des successions plus importantes que dans le passé.
Par le jeu des héritages, les fortunes se concentrent de plus en plus au sein de l’OCDE. Aux États-Unis, en 2023, 53 personnes sont devenues milliardaires grâce à un héritage, tandis que 84 l’ont été par leur activité professionnelle. D’année en année, le nombre d’héritiers milliardaires augmente, tandis que celui des milliardaires « self-made » diminue, du moins dans les pays riches.
Au-delà du cas particulier des milliardaires, les héritages façonnent de plus en plus les sociétés occidentales. À New York, Paris ou Londres, l’achat de logements dans les quartiers les plus huppés est réservé à ceux qui disposent d’un patrimoine important. Les salaires ne permettent plus de rembourser des emprunts portant sur un ou deux millions d’euros. Dans les pays de l’OCDE, les inégalités patrimoniales tendent à s’accroître au point de ressembler à celles qui avaient cours au XIXe siècle.
La notion de « beau mariage » retrouve toute son acuité.
Aujourd’hui, comme il y a une centaine d’années, le meilleur moyen de devenir riche est d’hériter ou d’épouser une personne fortunée. C’est le grand retour de Balzac. La notion de « beau mariage » retrouve toute son acuité. Désormais, les familles aisées sont plus regardantes sur le pedigree des heureux élus. Dans les régions les plus riches des États-Unis, selon The Economist, les jeunes de 20 à 30 ans parlent de plus en plus ouvertement de la nécessité d’épouser une personne fortunée. Le phénomène de « l’accouplement assortatif », où les individus choisissent leur partenaire parmi ceux qui leur ressemblent socialement et économiquement, tend à s’intensifier.
@Adobestock
La plupart des recherches se concentrent sur l’éducation ou le revenu, mais des travaux plus récents suggèrent que les héritiers sont également susceptibles de se marier entre eux. Étienne Pasteau, ancien membre de l’École d’économie de Paris, et Junyi Zhu, de la Bundesbank, estiment que l’héritage est deux fois et demie plus influent que le revenu du travail pour expliquer les choix matrimoniaux des Allemands. Une autre étude centrée sur le Danemark montre que, au fil du temps, l’héritage joue un rôle de plus en plus déterminant dans les unions matrimoniales.
Une rupture par rapport au XXe siècle
Après la Première et la Seconde Guerre mondiale, la valeur de la richesse par rapport au revenu national s’est effondrée. Les destructions liées à la guerre et l’inflation élevée ont eu raison des rentiers. A la recherche de financements, les États ont alors augmenté les impôts sur le patrimoine. Depuis quarante ans, l’immobilier a enregistré une forte augmentation de sa valeur, en partie à cause des politiques d’urbanisme restrictives qui limitent l’offre.
La valeur des immeubles possédés par les Britanniques est passée d’un peu plus de 1 000 milliards de livres (130 % du PIB) au milieu des années 1990 à un peu moins de 7 000 milliards de livres (270 % du PIB) ces dernières années. À Paris, le prix des logements a été multiplié par cinq entre 1995 et 2023. Le patrimoine immobilier des ménages français a atteint 5 000 milliards d’euros en 2024. De 1995 à 2023, les prix à la consommation ont progressé de 59 %, tandis que les salaires réels (déduction faite de l’inflation) n’ont augmenté que de 13 %.
La baisse des droits de succession explique en partie le poids croissant de l’héritage au sein des familles. En 2024, les droits de succession représentaient bien moins de 1 % des recettes publiques dans les pays de l’OCDE. Plusieurs pays, dont l’Australie, le Canada, l’Inde, la Norvège et la Russie, les ont entièrement supprimés. Plus de vingt États américains ont mis fin à l’imposition des successions depuis 1976. Les pays qui ne suppriment pas les droits de succession introduisent souvent des échappatoires. En France, bien que les taux restent relativement stables, il est possible de les contourner par le biais de montages légaux, souvent éloignés du droit commun. Les Pactes Dutreil, dont l’objectif est d’assurer la pérennité des entreprises familiales, permettent ainsi aux héritiers de bénéficier d’une exonération non négligeable des droits de succession. La quasi-totalité des États ont supprimé leur impôt sur la fortune.
La faiblesse de la croissance a accentué les inégalités patrimoniales
La faiblesse de la croissance a accentué les inégalités patrimoniales. En analysant de nombreuses données, les économistes Thomas Piketty (École d’économie de Paris) et Gabriel Zucman (London School of Economics) ont démontré en 2014 que les pays à croissance lente accumulent davantage de richesses (mesurées par rapport au revenu national) que ceux à forte croissance. Les ménages qui le peuvent épargnent à un rythme relativement constant dans le temps. Mais, dans un contexte de faible croissance du PIB, leur patrimoine s’accroît mécaniquement en proportion.
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Ces dernières années, par peur de l’avenir, les ménages aisés ont même accru leur effort d’épargne, creusant davantage l’écart de richesses. Les pays comme les États-Unis, où la croissance est plus dynamique, sont moins soumis à la « loi de l’hérédité » que les pays européens. La possibilité de s’enrichir par son travail est plus élevée outre-Atlantique qu’en France ou en Italie. En 2023, les revenus des 1 % des héritiers les plus riches en France ont à nouveau dépassé ceux des 1 % des travailleurs les plus riches.
La possibilité de s’enrichir par son travail est plus élevée outre-Atlantique
Quelles solutions pour endiguer la montée des inégalités patrimoniales ? Pour les partisans du libéralisme, contrairement à certains préjugés, le poids croissant de l’héritage n’est pas positif sur le plan économique.
Cette situation favorise l’essor d’une nouvelle classe de rentiers, susceptibles de mal allouer leur épargne. N’ayant pas eu à gagner l’argent hérité, ils ont tendance à être de mauvais gestionnaires. Les rentiers sont souvent conservateurs et peu enclins à l’innovation. Ils se montrent généralement réticents à l’arrivée de nouveaux investisseurs dans les entreprises et s’opposent à la création de nouveaux logements, craignant que cela ne diminue la valeur de leur patrimoine.
À l’inverse, les non-possédants, estimant que le fruit de leur travail ne leur permettra pas d’acquérir un logement décent ni de réussir socialement, développent des comportements pessimistes. Ils peuvent considérer que le travail n’est plus une source d’enrichissement, ce qui les pousse parfois à s’en détourner. Dans certains cas, cette frustration peut favoriser des comportements déviants, y compris des activités illicites.
Deux voies permettent de casser la concentration des fortunes : taxer plus fortement les successions ou endiguer la valorisation du patrimoine en construisant plus de logements. L’augmentation des droits de succession, combinée à la suppression des dispositifs dérogatoires, permettrait aux États d’augmenter leurs recettes tout en freinant le processus d’accumulation des richesses. Toutefois, une large majorité des électeurs reste opposée à une telle politique.
L’augmentation du volume du foncier constructible, la majoration des impôts sur les terrains non bâtis et non exploités constituent d’autres solutions pour favoriser la construction de logements neufs et ainsi peser sur les prix. Cependant, les pouvoirs publics devraient alors s’opposer aux électeurs qui, soucieux de préserver la valeur de leur patrimoine, préfèrent stabiliser le nombre de logements à proximité de leur domicile.
Logiquement, avec l’augmentation du nombre de décès chez les baby-boomers, la valeur du patrimoine devrait baisser. En effet, la remise sur le marché d’un important stock de logements devrait entraîner une baisse des prix, surtout si la population n’augmente pas, voire décline. Il en va de même pour les titres financiers. Pour le moment, cette corrélation ne se vérifie pas, même dans les pays les plus avancés dans le processus de vieillissement démographique. La concentration du patrimoine, par le jeu des héritages et de la fiscalité, peut expliquer cette situation. Les rentiers captent une part croissante du patrimoine au détriment du reste de la population. Par ailleurs, les locations traditionnelles se raréfient car les propriétaires privilégient les locations saisonnières via les plateformes. Enfin, la disparition des gains de productivité ne permet pas une hausse des salaires, ce qui contribue au maintien des écarts patrimoniaux.
L’Ukraine a annoncé mardi qu’elle était prête à accepter un cessez-le-feu immédiat de 30 jours, après une rencontre à huis clos entre des responsables ukrainiens et américains en Arabie saoudite.
Les deux délégations ont convenu de « commencer immédiatement les négociations en vue d’une paix durable qui assure la sécurité de l’Ukraine à long terme », selon un communiqué conjoint des pourparlers bilatéraux en Arabie saoudite.
Il s’agissait de la première rencontre directe entre les deux parties depuis la dispute publique entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président américain Donald Trump le 28 février, qui a perturbé les relations entre Washington et Kiev et d’autres partenaires occidentaux.
Les États-Unis et l’Ukraine ont convenu de « conclure dès que possible » l’accord tant débattu « sur le développement des ressources minérales essentielles de l’Ukraine afin de renforcer l’économie ukrainienne et d’assurer la prospérité du pays », indique le communiqué.
Kiev a déclaré qu’elle accepterait la proposition américaine d’ « un cessez-le-feu temporaire immédiat de 30 jours, qui pourrait être prolongé par consentement mutuel des parties, sous réserve de l’acceptation et de la mise en œuvre simultanée par la fédération de Russie ».
Washington, à son tour, a déclaré qu’il « lèverait immédiatement la pause sur le partage des renseignements et reprendrait l’assistance en matière de sécurité à l’Ukraine », selon la déclaration commune.
Une délégation américaine dirigée par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, est en Arabie saoudite pour assister à une réunion décisive avec des responsables ukrainiens, dans le but de jeter les bases de négociations de paix pour mettre fin à la guerre de la Russie en Ukraine. [Salah Malkawi/Getty Images]
L’Ukraine a longtemps refusé tout accord de cessez-le-feu qui n’inclurait pas les garanties de sécurité des États-Unis. Il n’a pas été immédiatement précisé si Kiev avait reçu des engagements.
Après les pourparlers, Volodymyr Zelensky a expliqué que la « proposition de son pays pour cette rencontre avec les Américains comportait trois points : le silence dans le ciel — c’est-à-dire pas de missiles, de bombes ou de drones à longue portée — et en mer ; et de véritables mesures pour établir la confiance dans toute cette situation, dans laquelle la diplomatie est en cours, ce qui signifie, avant tout, la libération des prisonniers ».
« La partie américaine comprend nos arguments et tient compte de nos propositions, je tiens à remercier le président Donald Trump pour la nature constructive du dialogue entre nos équipes », a-t-il ajouté.
Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine considérait la proposition de cessez-le-feu comme « positive » et que son pays était « prêt à faire ce pas », mais qu’il appartenait aux États-Unis de « convaincre la Russie de faire de même ».
Washington s’est engagé à discuter des propositions avec ses homologues russes. L’envoyé américain au Proche-Orient, Steve Witkoff, devrait se rendre à Moscou dans le courant de la semaine et rencontrer le président Vladimir Poutine.
« Le meilleur geste de bonne volonté que les Russes puissent faire est de dire oui, d’accepter l’offre que les Ukrainiens ont faite pour arrêter les tirs, pour cesser les combats et se mettre à la table des négociations », a réagi le secrétaire d’État américain Marco Rubio après les pourparlers, aux côtés de Steve Witkoff.
« La balle est dans le camp de la Russie », a-t-il conclu.
Comme l’écrivait Victor Hugo, « la langue française n’est point fixée et ne se fixera point ». Elle traverse ainsi les frontières, elle ne connaît pas de limite. On la célèbre à travers le monde. Et c’est ce que nous propose, entre autres, le Festival de la Francophonie au Vietnam le 29 mars prochain. Quel sera le programme ? Quelles sont les ambitions des organisateurs ? Et comment font-ils vivre la langue française au Vietnam toute au long de l’année ? Lesfrancais.press donne la parole à ces amoureux de la langue de Molière.
La langue française : un pont entre les pays
Le Vietnam entretient une relation historique et culturelle avec la francophonie. Ce pays est d’ailleurs membre de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) depuis 1970, et joue un rôle actif dans la promotion du français en Asie. Et nos compatriotes vivant sur place entretiennent cette flamme. C’est en ce sens que depuis 5 ans le Festival de la Francophonie s’organise dans le cadre des activités de l’association « Culture et espace francophones » (CET). Alexandra Rendall et Jaime Peypoch en sont d’ailleurs les deux fondateurs.
La jeune génération présente pour échanger sur la Francophonie
Créée en 2020, cette association œuvre pour renforcer les échanges culturels et linguistiques entre les communautés françaises et vietnamiennes. Son action se concentre notamment sur les liens entre les départements de français des universités de Ho Chi Minh-Ville et les écoles vietnamiennes où le français est enseigné comme deuxième langue.
Le 29 mars : Jour J du festival de la francophonie à Ho Chi Minh-Ville
L’association « Culture et espace francophones » (CEF) organise également depuis cinq ans le festival de la Francophonie de Ho Chi Minh-Ville. Celui de 2024 a attiré plus de 1 000 visiteurs. Cette année, ce Festival de la Francophonie au Vietnam se tiendra le 29 mars 2025, à la « French Vietnamese School of Management » (CFVG) (n’ayons pas peur de l’anglicisme parfois) dirigée par Fabien De Geuser. Cet événement offre notamment une plateforme pour mettre en lumière la diversité culturelle, favoriser les échanges et renforcer les liens entre les communautés, en célébrant la langue française.
Le festival de la Francophonie avec ses stands
En organisant ce festival, l’association s’engage à offrir un espace d’expression et de découverte, reflétant la vitalité et la diversité du monde francophone. Au programme de cette édition 2025, un concours d’éloquence, une table ronde sur la jeunesse et la francophonie, l’œuvre théâtrale de Molière, le concours des Ambassadeurs de la francophonie et également d’autres ateliers, des spectacles, musique et danse, sans oublier la restauration. Une journée soutenue par TV5MONDE, et divers acteurs institutionnels dont le consulat général de France.
Un des stands du festival de la Francophonie
Lesfrancais.press a interrogé l’un des fondateurs de l’association « Culture et espace francophones », et organisateur de ce Festival de la Francophonie au Vietnam, Jaime Peypoch, pour qu’il nous partage sa vision de la francophonie : « Le défi principal pour le français au Vietnam est d’éviter de devenir une langue purement académique ou élitiste »
Lesfrancais.press : « Pourquoi la Francophonie est-elle importante pour vous ? »
Jaime Peypoch : « La Francophonie est bien plus qu’un simple ensemble de pays partageant une langue commune : elle incarne un espace d’échanges culturels, d’éducation et de coopération internationale. Au Vietnam, elle joue un rôle particulier. Car elle permet de maintenir un lien historique avec la langue et la culture françaises, tout en offrant des opportunités aux jeunes générations. Elle représente aussi un atout dans les relations diplomatiques et économiques entre le Vietnam et les pays francophones. »
Lesfrancais.press : « Face à l’anglais, la langue française est-elle en voie de perdition au Vietnam ? »
Jaime Peypoch : « Il est vrai que l’anglais domine aujourd’hui le paysage linguistique mondial, et le Vietnam ne fait pas exception. Il est souvent perçu comme la langue des affaires et des études internationales, ce qui pousse de nombreux étudiants et professionnels à le privilégier. Cependant, le français conserve une présence significative. Notamment grâce aux écoles bilingues, aux départements universitaires de français et aux nombreux partenariats éducatifs et culturels.
Un festival de la Francophonie avec de la bonne humeur
Le défi principal pour le français au Vietnam est d’éviter de devenir une langue purement académique ou élitiste. Pour cela, il est essentiel de le rendre plus attrayant et utile dans la vie quotidienne et professionnelle.
« Le Vietnam a une histoire riche avec la langue française, et il est possible de préserver cet héritage en l’adaptant aux attentes et aux besoins des nouvelles générations. »
Jaime Peypoch
Heureusement, des institutions comme l’Institut français, l’AUF, (Agence universitaire de la francophonie) l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) et des associations comme Culture et Espace Francophones jouent un rôle important en proposant des événements, des concours et des échanges qui favorisent la Francophonie au Vietnam. »
Lesfrancais.press : Comment mieux défendre la Francophonie au Vietnam et dans le monde ?
Jaime Peypoch : « Pour renforcer la présence du français au Vietnam, plusieurs actions sont essentielles :
Participants au festival de la Francophonie en 2024
Développer l’enseignement du français : Augmenter le nombre d’écoles et de classes bilingues, renforcer la formation des enseignants et moderniser les méthodes pédagogiques pour rendre l’apprentissage du français plus interactif et motivant.
Créer plus d’opportunités professionnelles : Encourager les entreprises francophones à recruter des Vietnamiens parlant français, développer des stages et des programmes d’échanges pour montrer aux jeunes que le français peut être un atout dans leur carrière.
Valoriser la culture francophone : Multiplier les événements culturels (cinéma, musique, gastronomie, littérature) pour montrer que le français n’est pas qu’une langue d’étude, mais aussi une langue vivante, créative et inspirante.
Renforcer la coopération avec les pays francophones : Encourager les universités à nouer plus de partenariats avec des institutions francophones, faciliter les échanges étudiants et promouvoir la recherche scientifique en français via Erasmus francophone.
Utiliser les nouvelles technologies : Créer des contenus numériques en français adaptés aux jeunes Vietnamiens, comme des vidéos, des podcasts ou des applications d’apprentissage interactives.
Le Vietnam a une histoire riche avec la langue française, et il est possible de préserver cet héritage en l’adaptant aux attentes et aux besoins des nouvelles générations. D’ailleurs, cette influence se retrouve toujours dans la langue vietnamienne avec des mots d’origine française comme cà phê (café), pho mát (fromage) ou encore ga (gare). La Francophonie ne doit pas être perçue comme un héritage du passé, mais comme une opportunité pour l’avenir. »
Pour s’inscrire et participer au Festival de la Francophonie au Vietnam le 29 mars 2025 :
Cette 42eme session plénière de l’AFE marque le lancement des Assises de la protection sociale pour les Français de l’étranger. Ce débat s’ouvre notamment grâce à une initiative des élus consulaires soutenue par le gouvernement. C’est d’ailleurs la première fois qu’une telle organisation se déploie sur le sujet des aides aux expatriés. D’autant plus que les mesures de soutien à destination de nos ressortissants à l’étranger restent une exception dans le monde. Lesfrancais.press vous explique pourquoi ces dispositifs sont uniques, et vous partage également ce qu’il fallait retenir de cette séance inaugurale à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE).
La protection sociale des expatriés, une exception française ?
C’est en effet à l’AFE que le coup d’envoi des Assises de la protection sociale pour nos compatriotes hors de France a été donné. Et c’est le ministre délégué aux Français de l’étranger Laurent Saint-Martin qui les a inaugurées. Dès les premiers mots, il a souligné l’importance de ce débat qui s’ouvre : « c’est un enjeu structurant pour mon action à la tête de ce ministère», la protection sociale constituant une de ses priorités.
« Nos dispositifs d’accompagnement et de protection sociale des Français de l’étranger n’ont pas d’équivalent dans le monde »
Laurent Saint-Martin, ministre délégué aux Français de l’étranger
Le soutien « social » accordé par la France à ses expatriés est cependant une exception : « nos dispositifs d’accompagnement et de protection sociale des Français de l’étranger n’ont pas d’équivalent dans le monde » a souligné le membre du gouvernement en ouverture de ces Assises.
Laurent Saint-Martin ministre délégué aux Français de l’étranger
En effet, en France, le principe de territorialité s’applique normalement pour les prestations sociales sur la base d’un modèle contributif. Chacun y participant, soit par des cotisations directes, soit par l’impôt et des taxes. Ainsi, le principe de solidarité nationale s’applique aux personnes résidant sur le territoire national, conformément au code la sécurité sociale.
« En 2025, 132 M€ sont destinés à la protection sociale des Français de l’étranger »
Laurent Saint-Martin, ministre délégué aux Français de l’étranger
Or, une dérogation aux principes exposés précédemment existe pour que nos ressortissants vivant hors de France puissent accéder à certaines aides. Que ce soit au niveau social, ou dans le domaine de la santé, celui de l’éducation ou bien du handicap par exemple. Si bien qu’une ligne budgétaire existe dans les Finances de l’État. Ainsi, en 2025, 132 M€ sont destinés à la protection sociale des Français de l’étranger.
Protection sociale des expatriés, un modèle à repenser ?
Mais ce modèle à destination des expatriés semble vieillissant au regard de l’évolution démographique de nos compatriotes qui ont tenté l’aventure à l’international. Comme l’a ainsi déclaré la présidente de l’AFE, Hélène Degryse (élue du Benelux), à la tribune : « il est grand temps d’adapter les mécanismes existants. »
Hélène Degryse présidente de l’AFE
Ouvrant également les travaux des Assises, l’élue venant des Pays-Bas s’est réjouie « d’écrire un nouveau chapitre », de pouvoir « organiser ce moment unique d’expression collective ». Et cela dans l’objectif de proposer des mesures « justes et réalistes pour la protection sociale » des Français de l’étranger.
« Les assises de la protection sociale : une caisse de résonnance des citoyens français partout dans le monde »
Florian Bohème, Président commission Affaires sociales AFE
Son collègue, Florian Bohême, président de la Commission des Affaires sociales de l’AFE et co-instigateur de ces Assises, souhaite également que ce débat qui s’ouvre soit une « caisse de résonance des citoyens français partout dans le monde ». Mais le budget viendra sans doute contraindre certaines idées. D’ailleurs le ministre délégué en charge des Français de l’étranger a mentionné, au cours de son allocution, que la réflexion sur les aides devait « tenir compte des réalités budgétaires qui s’imposent » à la France, et qu’il s’agissait surtout « d’optimiser les dispositifs existants ».
« Il est grand temps d’adapter les mécanismes existants. »
Hélène Degryse, présidente de l’AFE
Toutefois, en réponse au membre du gouvernement, Florian Bohême (élu Asie et Océanie) a insisté pour que l’on ne s’astreigne pas uniquement à ce que « coûte la protection sociale mais aussi savoir combien cela rapporte à la France. » Le débat est donc lancé avec un objectif commun. Aboutir à des « propositions utiles, réalistes et opérationnelles », et « ne pas avoir de tabou ni de totem », pour « faire de ces Assises un succès » comme l’ambitionne aussi Laurent Saint-Martin. Les conclusions sont attendues pour le 10 octobre 2025, date de la 43eme session plénière de l’AFE.
Quelle organisation pour les Assises de la protection sociale ?
Pour mener à bien les travaux de ces Assises de la protection sociale des Français de l’étranger et permettre au plus grand nombre de s’exprimer. Trois grands thèmes ont été retenus et trois rapporteurs issus de l’AFE ont été désignés pour chacun d’entre eux, à savoir :
Alexandre Barrière-Izard (Groupe Solidaire et Indépendants) pour le sujet des aides sociales,
Franck Barthelemy (Groupe Indépendants, démocrates et progressistes) pour les travaux concernant la Caisse des Français de l’étranger (CFE)
Chantal Picharles (Groupe Écologie & Solidarité) sur la thématique des bourses scolaires, y compris les bourses AESH (Accompagnement des élèves en situation de handicap).
Élus, experts et associations impliqués dans les Assises de la protection sociale
Outre ces élus, une équipe d’experts a aussi rejoint le pôle de ces Assises de la protection sociale, notamment :
Clément Cadoret, Directeur général délégué du Cnous (Centre national des œuvres universitaires et scolaires)
Serge Mucetti, ancien ambassadeur de France
Catherine Pajares Y Sanchez, membre du CESE (Conseil économique social et environnemental)
Marie-Christine Peltier-Charrier, Ainsi, docteure en anthropologie sociale
Eric Signarbieux, délégué général de l’Unccas (Union nationale des centres communaux d’action sociale)
Afin de permettre le plus d’interactivité possible avec les expatriés qui le souhaiteront, la Commission nationale du débat public (CNDP) apporte également son concours aux Assises pour garantir une consultation ouverte et transparente.
Assises : Inscrivez-vous pour participer à la prochaine réunion du 13 mars
Dans la continuité de cette ouverture officielle, un premier débat s’est notamment tenu. Il s’agissait d’auditionner la Cour des comptes qui a publié un rapport sur les services consulaires. Et dès ce jeudi 13 mars à 11h (heure de Paris), une nouvelle réunion se tiendra sur le thème « Aides sociales directes et indirectes pour les Français de l’étranger – État des lieux, retours d’expériences et perspectives d’amélioration. ». Parmi les intervenants, Amélia Lakrafi, et Karim Ben Cheikh, Députés des Français de l’étranger. Si vous souhaitez participer en visioconférence, inscrivez-vous en amont en cliquant ici.
Retenez également la date du 24 mars. C’est ce jour que seront mis en ligne sur le (nouveau) site de l’AFE les éléments pour participer activement à la consultation citoyenne des Assises.
Les prochains rendez-vous seront communiqués dans les jours qui arrivent. Lesfrançais.press, partenaire media de ces Assises de la protection sociale des Français de l’étranger, vous relayera toutes les informations utiles.
Alors que l’exécutif envisage un emprunt national pour financer le réarmement de la France, une question se pose : faut-il ouvrir cette souscription aux Français établis à l’étranger ? Avec plus de 2,5 millions de Français vivant hors de France, cette diaspora représente un réservoir potentiel d’épargne non négligeable. Mais si cette ouverture peut apparaître séduisante sur le papier, elle soulève aussi des défis politiques et fiscaux. Notamment pour ceux installés hors de l’Union européenne.
L’urgence d’un réarmement, la contrainte budgétaire
Alors que la menace russe se fait plus pressante et que les États-Unis se désengagent progressivement du front ukrainien, l’Europe doit accélérer son réarmement. La France, qui ambitionne une autonomie stratégique renforcée, doit donc trouver des financements massifs pour moderniser ses équipements militaires et accroître ses capacités. Mais avec une dette dépassant les 3 000 milliards d’euros, le gouvernement marche sur une corde raide : mobiliser des ressources sans alourdir la pression fiscale ni creuser le déficit.
C’est dans ce contexte que revient l’idée d’un emprunt national. Une formule qui a déjà été utilisée à plusieurs reprises au XXᵉ siècle pour financer des crises et des transitions majeures.
Le précédent des emprunts nationaux : une leçon d’histoire
L’histoire française est jalonnée de levées de fonds auprès des citoyens pour soutenir des efforts nationaux. En 1945, l’emprunt de la Libération a permis de financer la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950 et 1970, l’État a tenté de séduire les épargnants en indexant certains emprunts sur l’or, comme l’emprunt Pinay (1952) et l’emprunt Giscard (1973). Une stratégie qui s’est retournée contre lui lorsque le métal précieux a vu son cours s’envoler. Augmentant considérablement le coût du remboursement.
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Dans les années 1980 et 1990, d’autres formules ont été testées, comme l’emprunt Barre (1977), garanti par l’ECU, ou l’emprunt Mauroy (1983), qui imposait un prélèvement forcé aux contribuables aisés. L’expérience la plus récente, l’emprunt Balladur (1993), a été plus sobre, proposant un taux garanti et sans indexation risquée.
Emprunt national : une solution viable aujourd’hui ?
L’idée d’un nouvel emprunt national séduit certains responsables politiques, notamment François Bayrou, qui a reconnu ce vendredi 7 mars sur Europe 1 que cette piste était « une possibilité ». Le tout en précisant qu’aucune décision n’avait encore été prise.
Mais cette option comporte des risques. La confiance des Français dans ce type de placement pourrait être mise à l’épreuve. Notamment après les mésaventures des emprunts indexés du passé. De plus, le rendement proposé devra être attractif pour convaincre les épargnants sans peser trop lourdement sur les finances publiques.
Les Français établis à l’Etranger: Une opportunité financière et stratégique
L’ouverture de la souscription aux Français de l’étranger pourrait renforcer la portée et la crédibilité de l’emprunt. De nombreux expatriés, notamment en Europe et en Amérique du Nord, disposent d’une capacité d’épargne élevée et pourraient voir dans cet emprunt une manière de contribuer directement à l’effort national.
Pour les Français résidant dans l’Union européenne, la souscription serait techniquement relativement simple. Grâce à l’harmonisation financière et bancaire, les flux monétaires entre la France et les pays de l’UE sont facilités. Un expatrié en Allemagne, en Espagne ou en Belgique pourrait investir dans l’emprunt comme n’importe quel résident français, bénéficiant des mêmes conditions et garanties.
Pour ceux vivant hors de l’Union européenne, la participation pourrait avoir un autre attrait : un attachement symbolique à la France. Certains pourraient voir dans cet emprunt une opportunité de maintenir un lien économique avec leur pays d’origine, notamment en cas d’avantages fiscaux à la clé.
Des obstacles politiques et fiscaux pour les expatriés hors UE
Si ouvrir l’emprunt aux expatriés semble une évidence pour les Français établis en Europe, la situation se complique pour ceux vivant en dehors de l’UE. Plusieurs obstacles se dressent sur le chemin d’une souscription universelle :
Un casse-tête fiscal
Un Français résident en Suisse, aux États-Unis ou aux Émirats arabes unis n’est pas soumis à l’impôt en France, sauf en cas de revenus de source française. Peut-on leur offrir les mêmes conditions que les résidents fiscaux français, notamment sur les exonérations d’impôts sur les intérêts ?
Certains pays, comme les États-Unis, imposent des réglementations strictes sur les placements étrangers (FATCA) qui pourraient compliquer la souscription de Français établis sur leur sol. Surtout avec la philosophie de l’actuelle administration américaine !
Un risque de contestation politique
Un emprunt national repose sur une idée simple : faire appel à la solidarité financière des citoyens pour financer des priorités nationales. Or, permettre à des Français non-contribuables de souscrire à un placement potentiellement avantageux pourrait provoquer des tensions. Les intérêts pourraient être fiscalisés à l’étranger et ce manque fiscal pourrait ne plus “réduire” l’emprunt national.
Certains pourraient y voir une iniquité, notamment si ces investisseurs établis à l’étranger bénéficiaient d’exonérations fiscales ou d’un traitement préférentiel dans le pays où ils sont imposables par rapport au contribuable français.
Des barrières administratives et bancaires
L’ouverture de l’emprunt aux Français du monde nécessiterait un cadre juridique clair. Notamment sur les conditions de souscription et de remboursement.
Certaines banques étrangères (voire de l’UE comme en Hongrie) pourraient refuser de traiter des souscriptions ayant pour but le financement l’armement français.
Certaines législations étrangères pourraient aussi avoir tout simplement interdit ce type de transaction à leurs résidents.
Un pari stratégique à double tranchant
L’ouverture de l’emprunt aux Français de l’étranger pourrait donc être une opportunité financière pour l’État. Mais aussi un enjeu diplomatique et fiscal délicat. Si la France décide d’inclure sa diaspora, elle devra clarifier les conditions d’accès et de taxation. Le tout en veillant à ne pas créer d’inégalités entre les souscripteurs.
À quelques mois de potentielles annonces, le gouvernement devra trancher : veut-il un emprunt réellement national, accessible à tous les Français, où qu’ils soient ? Ou privilégiera-t-il une approche plus traditionnelle, réservée aux contribuables hexagonaux ? Une décision qui, au-delà des finances, enverra un message fort sur la place des expatriés dans l’effort national.
@Adobestock
L’emprunt national n’est toutefois qu’une piste parmi d’autres. Certains plaident pour un effort budgétaire européen mutualisé, permettant aux États membres de partager le fardeau du réarmement. D’autres envisagent une taxation ciblée sur les secteurs stratégiques, notamment ceux qui bénéficient de la reconfiguration géopolitique actuelle.
Si aucune décision n’a encore été actée, les prochains mois, l’arbitrage budgétaire français, combiné aux discussions européennes, déterminera si l’appel à l’épargne nationale deviendra, une fois de plus, un outil de financement de l’Histoire.
Même si son incursion dans l’univers des casinos n’a pas été couronnée de succès – le Trump Taj Mahal à Atlantic City qui fut l’un des plus grands casinos du monde, a accumulé des pertes avant d’être détruit –, le président des États-Unis n’en demeure pas moins un joueur, adepte du bluff et des rapports de force. Il assimile le ballet diplomatique à un jeu de cartes. À propos de la guerre en Ukraine, il a récemment déclaré que les forces russes avaient « pris beaucoup de territoire, donc elles ont les cartes ». Peu de temps après, Donald Trump a suggéré au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’accepter l’inévitable : « Vous n’avez pas les cartes en main ». La propension au jeu du président américain est-elle un vestige de son échec en tant que magnat des casinos ou le reflet d’une vision du monde où la force prime sur le droit ?
Avec la Chine, le Mexique, la Corée du Nord, l’Europe, l’Ukraine et même TikTok, Donald Trump transforme la scène diplomatique en un immense jeu de poker menteur. Il considère que la puissance militaire et économique des États-Unis lui permet d’imposer sa volonté aussi bien à ses adversaires qu’à ses alliés. Il aime à répéter que la faiblesse et la stupidité de ses prédécesseurs ont incité d’autres pays à exploiter les consommateurs américains ou à s’abriter sous le parapluie sécuritaire des États-Unis. Donald Trump promet d’obtenir une juste compensation de ces « profiteurs ».
Dans un monde qu’il perçoit de manière purement manichéenne et transactionnelle, les États-Unis abandonneraient toute considération éthique pour privilégier la coercition et le mensonge. Pour autant, le président américain pourrait rapidement se rendre compte que ses atouts ne sont pas illimités et qu’il pourrait finir par perdre la main.
L’Ukraine : le territoire des marges en coupe réglée
Durant sa campagne électorale, Donald Trump a affirmé qu’il pourrait mettre fin à la guerre en Ukraine « en 24 heures ». Les États-Unis disposent d’un important levier de pression, comme il l’a démontré début mars en annonçant la suspension de l’aide militaire après avoir humilié Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale. Ce dernier, pleinement conscient de la dépendance de son pays vis-à-vis des États-Unis, a été contraint de faire allégeance.
Au-delà des armes et des munitions, les États-Unis jouent un rôle clé dans les communications militaires ukrainiennes. Une grande partie des données proviennent de SpaceX, la société dirigée par Elon Musk. Même si cela n’a jamais été confirmé officiellement, il est probable que des instructeurs américains se trouvent sur le terrain pour aider l’armée ukrainienne à utiliser les équipements sophistiqués fournis par Washington, notamment les missiles anti-aériens Patriot.
Les Européens ne sont pas en mesure de compenser complètement un désengagement américain. De plus, Donald Trump pourrait interdire à ses alliés de livrer du matériel contenant des composants américains. Donald Trump a également exigé que les États-Unis puissent accéder aux ressources naturelles de l’Ukraine en échange de leur soutien. Dans une première version des négociations, un montant de 500 milliards de dollars avait été évoqué, avant d’être abandonné. À l’origine, c’est l’Ukraine elle-même qui avait avancé cette idée, mais en contrepartie de garanties de sécurité américaines, qui restent pour l’instant très floues. Le refus du président ukrainien de signer un accord sous la contrainte a paradoxalement renforcé sa popularité dans son pays, au moment même où Donald Trump insinuait qu’il n’avait plus le soutien de son peuple.
Une inquiétante complaisance envers la Russie
Donald Trump adopte une posture conciliante envers la Russie. Il s’est opposé aux résolutions hostiles à Moscou à l’ONU et considère que la Russie pourrait conserver la majeure partie des territoires qu’elle a conquis. À ses yeux, l’Ukraine n’a pas vocation à rejoindre l’OTAN, ce qui correspond exactement aux exigences de Vladimir Poutine depuis des années. Malgré ces concessions, le président russe ne semble pas pressé de conclure un accord. Il a récemment déclaré : « Je serais heureux de rencontrer Donald… mais nous sommes dans une situation où il ne suffit pas de se retrouver pour prendre le thé, le café, s’asseoir et parler de l’avenir. Nous devons nous assurer que nos équipes préparent le terrain. »
Vladimir Poutine sait que le temps joue en sa faveur. L’armée ukrainienne recule, manque de munitions et subit les tergiversations occidentales. En fin stratège et joueur de poker, il est convaincu d’avoir des atouts en main qu’il préfère dévoiler au moment opportun.
En prenant le parti de la Russie contre les alliés européens, Donald Trump a créé une fracture au sein de l’OTAN et renforcé l’impression que les États-Unis sont devenus un partenaire peu fiable. Ironiquement, cette situation a poussé les Européens à accroître leur effort de défense, ce que Donald Trump réclame par ailleurs depuis longtemps. Pour autant, les États-Unis ne sont pas prêts à quitter l’OTAN. Ils possèdent de nombreuses bases militaires en Europe, qui leur permettent de rayonner en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. De plus, les services américains s’appuient sur les renseignements fournis par leurs alliés européens et asiatiques.
Ces échanges, mutuellement bénéfiques, pourraient être mis à mal si Donald Trump continue à mépriser ses partenaires. À terme, la politique étrangère américaine pourrait en ressortir affaiblie. La question de l’après cessez-le-feu demeure ouverte. Après avoir mobilisé de nombreux soldats et stimulé l’industrie d’armement russe, Vladimir Poutine n’entend pas commettre la même erreur que la direction de Mikhaïl Gorbatchev lors de la fin de la guerre en Afghanistan. Le retour des soldats traumatisés avait alors provoqué une grande instabilité à la fin des années 1980. Certains estiment qu’à défaut de pouvoir renverser Volodymyr Zelensky, le président russe pourrait relancer une nouvelle offensive en Ukraine. D’autres pensent qu’il chercherait plutôt à renforcer la présence de la Russie en Afrique.
Donald Trump face à la complexité moyen-orientale
Au Moyen-Orient, l’objectif de Donald Trump est de conclure une série d’accords mettant fin aux conflits régionaux. Les États-Unis pourraient ainsi réduire leur présence militaire au Moyen-Orient et la renforcer en Asie. Steve Witkoff, l’envoyé du président pour le Moyen-Orient, tente de convaincre Israël et le Hamas d’entamer des négociations sur la deuxième phase d’un accord qui mettrait définitivement fin à la guerre. Ces pourparlers sont cependant reportés de semaine en semaine. Les parties prenantes ont, pour l’instant, tout intérêt à poursuivre le conflit: le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, craint que le retour de la paix ne précipite son départ du pouvoir, tandis que le Hamas redoute la réaction d’une population qui, depuis plus d’un an, subit bombardements et déplacements forcés.
Gaza, une terre de conquête pour le Président américain
L’idée de Donald Trump d’expulser les Palestiniens de la bande de Gaza pour construire des complexes touristiques a eu pour conséquence d’inciter les États arabes à élaborer un plan alternatif. Adopté lors d’un sommet de la Ligue arabe, ce projet prévoit un effort de reconstruction sur cinq ans, dirigé par des entreprises égyptiennes et financé par les États du Golfe.
D’un montant de 53 milliards de dollars, ce plan vise à permettre aux quelque deux millions de Palestiniens vivant à Gaza de rester sur leur territoire. Il prévoit la rénovation des terres agricoles, la création de zones industrielles et l’aménagement de vastes parcs. L’objectif est de transformer Gaza en une ville durable, avec des logements modernes, des infrastructures urbaines adaptées et un recours accru aux énergies renouvelables. Le projet inclut également l’ouverture d’un aéroport, d’un port de pêche et d’un port commercial. Il reprend plusieurs éléments des accords de paix d’Oslo des années 1990, abandonnés après l’effondrement du processus de paix.
Le Hamas a salué cette initiative, estimant qu’elle marque le rejet, par les dirigeants arabes, de toute tentative de transfert forcé des Palestiniens hors de Gaza et de Cisjordanie occupée. En revanche, Israël a fermement rejeté le projet. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que ce plan « ne tient pas compte des réalités de la situation », notamment en raison de l’absence de condamnation du Hamas.
Un accord de paix et de reconstruction à Gaza permettrait à Donald Trump de poursuivre des objectifs plus ambitieux. Il souhaite persuader l’Arabie saoudite de normaliser ses relations avec Israël, en élargissant les accords d’Abraham négociés lors de son premier mandat. Il envisage également de négocier un nouvel accord nucléaire avec l’Iran en échange d’un allègement des sanctions. De plus, il pourrait tenter à nouveau de résoudre le conflit israélo-palestinien, après l’échec de son « accord du siècle », rejeté par les Palestiniens durant son premier mandat.
Toutefois, Donald Trump risque de comprendre rapidement que le Moyen-Orient est une région particulièrement complexe et que l’influence des États-Unis n’y est pas sans limite. Benyamin Netanyahou suit ses propres objectifs et son propre calendrier. Il veut rester au pouvoir et échapper aux nombreux procès qui le menacent. Il dépend, par ailleurs, des partis d’extrême droite qui souhaitent la reprise de la guerre à Gaza et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Le Premier ministre israélien s’est toujours efforcé de maintenir les Palestiniens faibles et divisés, une politique qu’il applique depuis son arrivée au pouvoir. Il exige également la « démilitarisation complète » du sud de la Syrie et reste favorable à une attaque préventive contre l’Iran pour empêcher ce pays d’acquérir l’arme nucléaire, idéalement avec le soutien des États-Unis. Ces projets vont à l’encontre de la stratégie de Donald Trump. L’annexion des territoires palestiniens compromettrait un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite, tout comme une nouvelle guerre à Gaza. Une frappe contre l’Iran mettrait fin à tout espoir d’accord nucléaire.
Le président américain conserve néanmoins une influence importante sur Israël. 70 % des importations d’armes israéliennes proviennent des États-Unis, qui ont envoyé 18 milliards de dollars d’aide militaire à Israël depuis le 7 octobre 2023, soit l’équivalent de 10 % des dépenses du gouvernement israélien. Néanmoins, Donald Trump ne peut pas exercer les mêmes pressions sur Benyamin Netanyahou que celles qu’il applique à Volodymyr Zelensky. Enfin, la question du désarmement du Hamas demeure un sujet épineux. Les responsables arabes restent vagues sur ce point, bien conscients que le Hamas ne semble pas, à l’heure actuelle, prêt à accepter un accord de paix durable avec Israël.
L’Iran : un équilibre fragile entre sanctions et négociations
Concernant l’Iran, les positions du Premier ministre israélien ne permettent pas réellement d’engager des négociations. Pourtant, la République islamique semble désireuse de conclure un accord avec les États-Unis. Deux de ses mandataires, le Hamas et le Hezbollah, ont été marginalisés. Les frappes de missiles balistiques contre Israël menées par l’Iran l’année dernière ont causé peu de dégâts, tandis que les représailles israéliennes ont mis hors service certaines des défenses aériennes les plus sophistiquées du pays. Par ailleurs, l’économie iranienne souffre des sanctions occidentales.
Cette situation de faiblesse ne signifie pas que l’Iran soit disposé à accepter toutes les revendications américaines. Certains conseillers de Donald Trump espèrent limiter le programme nucléaire iranien, restreindre le développement des missiles balistiques et mettre fin au soutien de Téhéran aux milices mandataires. En l’état, il est peu probable que l’Iran accepte de telles conditions. Le risque pour le président américain est de devoir se contenter d’un accord plus restreint, proche de celui qu’il avait abrogé en 2018 (à la demande de M. Netanyahou).
Pour accentuer la pression sur les autorités iraniennes, le 24 février dernier, le département du Trésor américain a annoncé de nouvelles sanctions contre plus de 30 courtiers pétroliers et entreprises impliqués dans la contrebande de pétrole iranien vers la Chine. Pour peser davantage sur l’économie iranienne, les États-Unis devraient imposer des sanctions secondaires aux ports chinois ou menacer de sanctions les Émirats arabes unis, qui abritent de nombreux intermédiaires. Or, de telles mesures entraîneraient des conséquences diplomatiques importantes et pourraient nuire aux intérêts américains.
Une escalade des sanctions pourrait également inciter l’Iran à s’en prendre à ses voisins, comme en 2019, lorsque des drones et des missiles avaient temporairement paralysé la moitié de la production pétrolière de l’Arabie saoudite.
L’Arabie saoudite cherche avant tout à stabiliser la région en limitant les tensions avec l’Iran, ce qui pourrait la placer en porte-à-faux avec les États-Unis. Les risques d’instabilité sont en effet nombreux. La Syrie post-Assad pourrait retomber dans le chaos, tandis que la mort du guide suprême iranien vieillissant, Ali Khamenei, pourrait déclencher une lutte de pouvoir.
La Chine, principal enjeu pour Donald Trump
La Chine reste l’enjeu numéro un pour Donald Trump. Il rêve de conclure un accord général avec l’Empire du Milieu. Afin de prouver sa détermination à rebattre les cartes, il a décidé d’augmenter les droits de douane sur les produits chinois. Il avait déjà eu recours à cette arme lors de son premier mandat, et Joe Biden, son successeur, avait poursuivi cette politique. En plus de cette hausse de 10 points des droits de douane, le président des États-Unis prévoit d’augmenter les taxes portuaires sur les navires fabriqués ou détenus par des Chinois, ainsi qu’un durcissement des règles encadrant les investissements entrants et sortants en Chine. D’autres taxes douanières sont probablement à venir après une révision de la politique commerciale prévue d’ici le 1 er avril. Les États-Unis risquent toutefois de subir des représailles.
La Chine est leur troisième marché d’exportation et les autorités chinoises ont déjà restreint l’exportation de plusieurs minéraux stratégiques vers les États-Unis. Pékin a également lancé une enquête antitrust contre Google. Pour l’instant, la Chine fait la sourde oreille aux exigences de Donald Trump. Xi Jinping n’a pas assisté à son investiture et les autorités chinoises poursuivent leurs efforts pour réduire leur dépendance économique vis-à-vis des États-Unis.
Donald Trump pourrait déplacer le débat sur Taïwan. Il accuse l’île de « voler » l’industrie américaine des microprocesseurs et a déclaré : « Ils veulent une protection. Ils ne nous paient pas d’argent pour la protection, vous savez ? La mafia vous fait payer de l’argent, n’est-ce pas ? » Cette attaque pourrait réjouir les autorités chinoises, mais elle inquiète les alliés traditionnels des États-Unis dans la région, notamment la Corée du Sud et le Japon. Ceux-ci pourraient être tentés de développer leur propre dissuasion nucléaire, craignant un désengagement américain.
Le dangereux bluff de Donald Trump ?
Les paris risqués de Donald Trump pourraient finir par se retourner contre lui, tant les relations internationales sont complexes. Les motivations de ses adversaires sont loin d’être univoques. L’objectif principal de Xi Jinping est d’assurer la survie du Parti communiste chinois et d’affirmer la Chine comme une grande puissance, d’abord en Asie, puis au niveau international. La croissance économique est un moyen d’y parvenir, mais elle ne constitue pas la seule arme dont dispose Pékin. De même, aucune incitation ne pourra convaincre les Gazaouis de quitter massivement leur territoire ni l’Ukraine de renoncer à son indépendance. Les autres acteurs jouent leur propre partition qui ne dépend pas exclusivement des décisions américaines. Les décisions prises dans un conflit peuvent entraîner des répercussions sur un autre. Si Donald Trump décide d’imposer des droits de douane sur les puces électroniques afin de renforcer la production nationale, il affaiblit Taïwan qui produit environ 90 % des microprocesseurs les plus avancés au monde. De la même manière, la réhabilitation de Vladimir Poutine pourrait bénéficier indirectement à la Chine. Le recours systématique au bluff risque de nuire à la crédibilité de la diplomatie américaine.
À force de multiplier les coups de poker, le monde pourrait finir par comprendre qu’il peut se passer des États-Unis. L’isolationnisme de Donald Trump finirait alors par se retourner contre lui.