Afghanistan : la situation au Jour 2

Afghanistan : la situation au Jour 2

Les ambassadeurs des Etats membres de l’Union européenne se sont réunis à Bruxelles ce mardi 17 aout. Ils n’étaient pas les seules, dans la capitale belge, où sont installés le siège des institutions européennes et le QG de l’OTAN, les sirènes des convois diplomatiques ont résonné toute la journée dans les rues désertes en cette mi-d’aout. Sous la drache bruxelloise, l’avenir de milliers d’Afghanistan s’est donc décidé alors que Kaboul vit sa deuxième journée comme capitale de l’Emirat islamique d’Afghanistan.

Entre amnistie et représailles

Aujourd’hui, les afghans qui ont de l’électricité se sont réveillés avec une télévision d’État qui diffuse essentiellement des programmes islamiques, pré-enregistrés. Maulvi Ishaq Nizami a repris ses fonctions de directeur des media afghans qu’il occupait vingt ans auparavant.

Tolo TV, première chaîne privée du pays qui a connu un grand succès au cours des deux dernières décennies avec ses jeux télévisés, ses feuilletons et ses concours de jeunes talents, a cessé d’émettre ses programmes habituels, laissant place à des rediffusions d’une série turque sur l’Empire ottoman. Elle a toutefois diffusé un journal télévisé dans lequel une présentatrice interviewe un responsable taliban.

Tolérance contre reconnaissance

Cette ouverture des talibans est en accord avec les déclarations des nouveaux dirigeants du pays. Ce mardi après-midi, ils ont ainsi promulgué une amnistie générale pour tous les fonctionnaires d’État, les appelant à retourner au travail dès demain.

Mais quelles seront leurs réactions une fois la reconnaissance internationale acquise ? une fois que leurs engagements auprès des Russes et des Chinois de ramener l’ordre et le calme dans le pays seront réalisés ? Déjà des femmes ont osé manifester dans les rues de Kaboul..Ou seront-elles demain ?

Visas pour les collaborateurs

Conscients des risques pour tous ceux qui ont collaboré avec les occidentaux, les Etats membres de l’Union européenne ont décidé, ce mardi 17 aout, de prendre en charge ces derniers et leurs familles. Pour cela les différents pays ont accordé leurs politiques de visas. En parallèle, le calme étant revenu à l’aéroport, les vols ont pu reprendre.

De la Belgique à la Pologne, tous les pays européens ont listé ainsi les prestataires et salariés afghans de ces vingt dernière années. l’Allemagne et à la France ont ainsi reçu une liste de près de 1000 personnes. Ces deux pays sont les seuls à avoir mis des moyens en oeuvre pour assurer l’évacuation des européens.

La France, dont l’ambassade à l’aéroport poursuit son travail, doit de son côté encore rapatrier un peu plus d’une centaine de ses collaborateurs et les quelques expatriés restant sur place. Ce mardi après-midi, elle a enfin pu jeter les bases de son pont aérien entre Kaboul et sa base aux Emirats arabes unis. Les partenaires européens pourront ainsi en profiter pour rapatrier ressortissants et protégés.

Un premier avion évacuant des Français et certains Afghans de Kaboul y est arrivé tôt ce mardi matin.

la France a «posé les bases d’un pont aérien entre Kaboul et les Émirats arabes unis».  «Cette opération ne pourrait pas avoir lieu sans un puissant soutien des Émirats arabes unis»

la ministre des Armées Florence Parly sur RTL

Dès l’après-mid un Airbus A310 à destination de Paris CDG a décollé d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis. A son bord 45 ressortissants français et de pays partenaires exfiltrés de Kaboul par les autorités françaises, a indiqué à l’AFP le ministère des Armées.

D’autres rotations sont prévues dans les heures et jours à venir pour évacuer tous les ressortissants français, et les Afghans ayant travaillé pour des organisations françaises.

Armée français embarquant à Orleans pour sécuriser le rapatriement des européens ©REUTERS

l’OTAN face au fait accompli

Car oui, le pays est définitivement revenu à ceux que l’organisation avait chassés il y a 20 ans suite aux attentats du 11 septembre 2001. L’OTAN n’a d’autre choix, comme tous, d’acter la nouvelle situation. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a fustigé mardi «l’échec des autorités afghanes» à s’opposer aux talibans et à empêcher leur prise du pouvoir à Kaboul, tout en défendant l’engagement des troupes de l’Alliance dans le pays.

Les forces de l’OTAN «ont combattu bravement» en Afghanistan «mais n’ont pas réussi à sécuriser le pays», car «en fin de compte, les autorités politiques afghanes ont échoué à s’opposer aux talibans et à parvenir à une solution pacifique (…) C’est l’échec des autorités afghanes qui a conduit à ce que nous voyons aujourd’hui»

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN en conférence de presse
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN

Et les Alliés devront serrer les rangs. La Russie comme la Chine ne se privent pas d’enfoncer le clou devant l’échec de la campagne menée par les Américains. Hua Chunying, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a durement critiqué le bilan humain de deux décennies d’intervention américaine.

«En Irak, en Syrie et en Afghanistan, ce qu’on a vu c’est une armée américaine qui laisse en partant des troubles, des divisions, des familles dévastées et décimées. Ils ont laissé une terrible pagaille, ont laissé ces endroits dans un état désastreux. La puissance et la fonction des États-Unis, c’est de détruire, pas de bâtir»

Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse.

Un sentiment de gâchis

Chez tous les participants à la grande coalition contre les talibans en 2001, un sentiment de gâchis s’est répandu. Lundi soir, lors de l’allocution télévisée, Emmanuel Macron s’est adressé directement « à ceux qui ont combattu, aux familles de ceux qui sont morts ou ont été grièvement blessés » en Afghanistan.

« Nous n’oublierons pas nos soldats, nous n’oublierons pas nos morts, 90 au total », après avoir affirmé que dans ce pays « notre combat était juste et c’est l’honneur de la France de s’y être engagée. »

Emmanuel Macron, Président de la République française, le 16 aout 2021

Pourtant, des voix se sont élevées pour dénoncer ces « morts pour rien ». Comme celle du père de Damien, militaire français, qui est mort dans une embuscade à Uzbin, en Afghanistan, le 18 août 2008. Treize ans plus tard, Jean-François Buil est désemparé, devant les images des talibans qui s’emparent à nouveau du pouvoir en Afghanistan.

« Je ne comprends pas du tout, je suis complètement écoeuré par ce qui se passe, quand je pense à tout ces soldats. Ce sont 3500 soldats de l’Otan et américains qui sont décédés là-bas, et à toutes ces familles endeuillées, je pense que ça n’a servi à rien »

Jean-François Buil sur BFMTV ce mardi 17 aout 2021

L’onde de choc continue de se propager, personne n’avait imaginé un tel retour des talibans. Surtout aussi rapidement, avant même le départ des dernières troupes américaines soit officiel. L’Occident, choqué, finira, peut-être, par s’interroger sur l’universalité de son modèle? Les femmes et les démocrates Afghans, loin des caméras, vivront, eux, et cela est sûr, de nouveau sous la tyrannie de leurs bourreaux

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