Les millennials nés, entre 1981 et 1996, sont aujourd’hui entre le début de la trentaine et le milieu de la quarantaine. Par rapport aux précédentes, cette génération est plus procédurière. Aux Etats-Unis, elle a dépensé environ 1,5 milliard de dollars en avocats l’année dernière. Elle se caractérise également par une forte propension à consommer de la bière. En revanche, au sein de l’OCDE, nombre d’entre eux gagnent désormais davantage que leurs parents au même âge. Ils sont de plus en plus nombreux à occuper des postes de pouvoir dans les entreprises, la politique et la culture. Leur taux d’accession à la propriété augmente rapidement sauf peut-être dans certains pays d’Europe dont la France. Cette évolution constitue un renversement par rapport aux années 2010, période durant laquelle les millennials qui avaient alors une vingtaine d’années, étaient confrontés à un chômage important, plus de 25 % en France. Au Royaume-Uni, les salaires des jeunes adultes de cette génération stagnaient. En Allemagne, environ 40 % d’entre eux vivaient encore chez leurs parents. Les mouvements sociaux, de UK Uncut aux indignados espagnols, en passant par Occupy Wall Street aux États-Unis, largement portés par les millennials, témoignaient du profond mécontentement à l’égard de l’ordre économique et social établi. Le soutien massif apporté à des personnalités de gauche âgées, comme Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon ou Bernie Sanders, symbolisait le malaise profond de cette génération. De nombreux millennials restent malgré leur embourgeoisement fidèles à leurs convictions et sont prêts à voter à extrême gauche aux prochaines élections.
Les millenials pas si défavorisés
The Economist a rassemblé des données sur les revenus des millennials dans 32 d’Etats membres de l’OCDE. Dans seulement trois d’entre eux, l’Italie, la Grèce et le Japon, les millennials disposent de revenus corrigés de l’inflation inférieurs à ceux des générations précédentes au même âge. Même la France qui est un des pays qui connaît depuis sept ans un recul de son salaire réel, le statut des millenials s’améliore. En revanche, en Italie, à 30 ans, les millennials gagnaient 10 % de moins que les membres de la génération X, nés approximativement entre 1965 et 1979, au même âge. En Grèce, leurs homologues restent moins favorisés que les jeunes adultes des années 2000, avant que le pays ne subisse, à partir de 2009, une crise économique dévastatrice. Au Japon, troisième exception, les revenus des ménages dont la personne de référence avait 35 ans en 2019 étaient inférieurs à ceux des ménages comparables en 1994, peu après l’éclatement d’une gigantesque bulle financière qui a plongé l’économie japonaise dans plusieurs décennies de stagnation. Ces trois pays constituent néanmoins des exceptions. Dans les 29 autres pays, les millennials bénéficient de revenus réels supérieurs à ceux des générations précédentes. Dans certains pays, notamment l’Australie, le Royaume-Uni et la France, les progrès d’une génération à l’autre sont néanmoins faibles. Alors que la génération X avait connu une amélioration considérable de son niveau de vie par rapport à ses parents issus du baby-boom, nés entre 1946 et 1964, les millennials n’ont enregistré que des gains modestes par rapport à la génération X. En revanche, dans de nombreux autres pays, des États-Unis prospères à la Pologne qui s’enrichit rapidement, le rythme d’amélioration s’est accéléré.
Au-delà de cette progression moyenne, de nombreux millennials accèdent désormais aux responsabilités. Aux États-Unis, un millennial a aujourd’hui autant de chances d’occuper un poste d’encadrement qu’un membre de la génération X au même âge. Le secteur technologique américain est de plus dominé par les millenials. Ces derniers représentent désormais près de 10 % des milliardaires américains, soit plus du double de la proportion qu’occupait la génération X en 2011. Ils dirigent Anthropic, OpenAI et Meta, trois entreprises de l’intelligence artificielle. Même dans le monde politique, souvent considéré par les générations les plus anciennes, les millennials réussissent plutôt bien. Ils dirigent les gouvernements de la Hongrie, des Pays-Bas, de l’Arabie saoudite ainsi que la municipalité de New York. Ils pourraient bientôt également accéder au pouvoir au Brésil, où le candidat de droite de 45 ans pourrait pour l’emporter à la présidence sur le président sortant, âgé de 80 ans.
Les millennials représentent désormais 14 % des membres du Congrès américain, soit une proportion identique à celle qu’occupait la génération X entre 2011 et 2013. Selon les marchés de paris, la probabilité que le prochain président américain appartienne à cette génération avoisine 50 %. Trois des candidats potentiellement les mieux placés, Alexandria Ocasio-Cortez, Jon Ossoff et J. D. Vance, ont tous entre 31 et 45 ans.

Deux facteurs expliquent cette réussite : l’économie et la démographie.
La crise financière de 2007-2009 les avait durement frappés. Sur le marché du travail, les jeunes salariés sont généralement les derniers embauchés et les premiers licenciés. Ils subissent donc davantage les conséquences des récessions. Or, celle de 2007-2009 avait été particulièrement profonde et prolongée. Aujourd’hui, cependant, le marché du travail des pays de l’OCDE est dans une situation historiquement favorable à l’exception de la France. Les pays d’Europe du Sud ont réussi un rétablissement. Même si leurs revenus restent inférieurs à ceux des générations précédentes, près de 80 % des Grecs âgés de 35 à 44 ans occupent désormais un emploi, une proportion probablement jamais atteinte auparavant pour cette tranche d’âge. La démographie joue également un rôle favorable. Après la crise financière, de nombreux baby-boomers avaient décidé de prolonger leur activité professionnelle de quelques années afin de reconstituer leur épargne-retraite. Cette décision avait réduit le nombre de postes de responsabilité disponibles pour les générations suivantes. La pandémie de Covid-19 a ensuite accéléré les départs à la retraite. Une étude américaine a ainsi estimé qu’à la fin de 2022, les États-Unis comptaient trois millions de retraités supplémentaires par rapport à ce qui aurait été attendu en temps normal. Or, les jeunes actifs ne sont pas assez nombreux pour remplacer tous les travailleurs âgés qui quittent le marché du travail. Dans dix des 38 pays membres de l’OCDE, la population en âge de travailler diminue. Les millennials bénéficient ainsi de cette raréfaction relative de la main-d’œuvre ce qui leur permet d’accéder à des postes à responsabilités plus rapidement que leurs ainés.
En matière de propriété de la résidence principale, les millenials accusent un retard réel par rapport aux générations précédentes aux mêmes âges mais ce retard tend à se réduire. À 30 ans, environ 40 % des millennials américains étaient propriétaires de leur logement, une proportion nettement inférieure à celle observée chez les membres de la génération X au même âge. Toutefois, parmi les millennials les plus âgés, aujourd’hui quadragénaires, le taux de propriété a rejoint exactement celui de la génération X. Au Royaume-Uni, à 30 ans, les millennials accusaient un retard de 20 points de pourcentage en matière d’accession à la propriété par rapport aux générations précédentes. À 40 ans, cet écart avait été réduit de moitié.
Les millennials les plus âgés ont bénéficié de l’amélioration de la conjoncture économique qui leur a permis d’épargner davantage afin de constituer un apport personnel. Dans certains pays comme aux Etats-Unis, ces dernières années, les gouvernements ont également assoupli certaines conditions d’octroi des prêts immobiliers, facilitant ainsi l’accession à la propriété des jeunes ménages.
Immobilier, études, pensions, le poids de la dette
La moindre possession de la résidence principale chez les millenials est liée à la hausse des prix de l’immobilier des années 2000 et 2010. Aux Etats-Unis, les diplômés de l’enseignement supérieur ont aussi dû consacrer plusieurs années au remboursement de leurs prêts étudiants, ce qui les a longtemps empêchés d’épargner en vue d’un achat immobilier. De plus en plus de jeunes actifs ont choisi de ne plus être propriétaires. Les millenials sont plus mobiles, moins attachés à la propriété que les précédentes générations. Les jeunes actifs américains dont les revenus annuels dépassent 200 000 dollars, présentent des taux de propriété nettement inférieurs à ceux des jeunes disposant de revenus comparables dans les générations précédentes.
Les millennials ont tendance à poursuivre leurs études plus longtemps et à se marier plus tard. Ils sont moins enclins à avoir des enfants ce qui conduit à différer l’achat d’un bien immobilier. Aux États-Unis, l’âge médian au premier mariage des hommes atteint désormais 31 ans, contre 27 ans dans les années 1990. Le prix de l’immobilier peut également expliquer le report de l’âge du mariage et d’arrivée des enfants…
Dans la mesure où l’intelligence artificielle bouleversera le marché du travail, les jeunes actifs risquent, une nouvelle fois, d’en subir les principales conséquences. Si une génération peut aujourd’hui craindre des conséquences de l’IA, il s’agit peut-être plutôt de la génération Z, née approximativement entre 1997 et 2012.
Les millennials devraient, par ailleurs, bénéficier d’une importante manne successorale. Les transmissions de patrimoine par héritage représentent désormais, chaque année, l’équivalent d’environ 10 % du PIB dans l’ensemble des pays de l’OCDE.







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