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Présidentielle 2027 : pourquoi les Français de l’étranger peuvent peser dans la campagne

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À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les candidates et candidats à l’Élysée regarderont-ils au-delà des frontières de la France ? Les Français de l’étranger représentent un corps électoral important, dont les préoccupations touchent à des politiques publiques concrètes : enseignement français, protection sociale, services consulaires ou encore retour en France. Et lorsque le premier tour se joue à quelques centaines de milliers de voix, leur participation peut compter. Mais les prétendants à l’Élysée, sauront-ils parler à nos compatriotes établis en dehors du territoire national autrement qu’en les considérant comme des citoyens qui auraient « quitté la France » ? Pour les convaincre, il faudra reconnaître leur place dans la communauté nationale et répondre aux dossiers qui les concernent.

Présidentielle 2027 : un électorat à ne pas négliger

Au 1er janvier 2026, 1 676 657 Français établis hors de France étaient inscrits sur les listes électorales consulaires. C’est un électorat de taille comparable à celui d’un département entier, comme la Seine-Maritime ou les Hauts-de-Seine. Le chiffre donne une mesure du potentiel électoral, mais pas une garantie de participation : tous ces inscrits ne voteront pas nécessairement en 2027. Mais il serait difficile de justifier que cette population soit absente du débat présidentiel.

Les résultats du premier tour de 2022 montrent d’ailleurs que ce vote peut présenter un profil bien distinct de celui de l’ensemble du pays. Parmi les Français de l’étranger, Emmanuel Macron avait recueilli 45,09 % des suffrages exprimés, contre 27,84 % au niveau national. Jean-Luc Mélenchon obtenait 21,92 %, un résultat presque identique à son score national de 21,95 %. Marine Le Pen, en revanche, atteignait 5,29 %, très loin de ses 23,15 % sur l’ensemble du territoire. La participation, elle, s’était établie à 35,12 % : 504 291 votants sur 1 435 746 inscrits, contre 73,69 % au total.

Ces résultats ne permettent pas de prédire le scrutin de 2027. Les candidats, les enjeux et les électeurs évoluent. Ils rappellent toutefois que les Français de l’étranger ne votent pas nécessairement comme l’électorat national et que les traiter comme un bloc uniforme serait une erreur. Il faut aussi tenir compte de la diversité des situations : vivre en Europe, en Amérique, en Afrique ou en Asie ne signifie ni rencontrer les mêmes difficultés ni avoir les mêmes priorités.

Les principaux candidats à l'élection présidentielle 2027
Les principaux candidats à l’élection présidentielle 2027 — ©AFP

Un vote qui peut compter dès le premier tour

L’histoire électorale française montre combien l’accès au second tour peut se jouer à faible écart. En 1995, Jacques Chirac devançait Édouard Balladur de 689 579 voix au premier tour. En 2002, Lionel Jospin obtenait 4 610 267 voix, contre 4 804 713 pour Jean-Marie Le Pen : l’écart était alors de 194 446 suffrages. Ces chiffres ne signifient pas que les Français de l’étranger auraient, à eux seuls, changé l’issue de ces scrutins. Ils illustrent plutôt la marge parfois étroite qui sépare les candidats qualifiés pour le second tour.

Dans une campagne serrée comme s’annonce celle de l’élection présidentielle de 2027, la question n’est donc pas de savoir si un électorat particulier peut, à lui seul, « faire » une élection. Elle est de mesurer ce que représente un ensemble de voix, parfois décisif à l’échelle nationale, et de comprendre les facteurs qui déterminent son niveau de participation. Si les candidats espèrent mobiliser cet électorat, encore faut-il qu’ils le prennent en compte avant les dernières semaines de campagne.

Surtout que les intentions de vote pour le premier tour démontrent que l’électorat des Français de l’étranger accorde une prime à la modération et à la constance. Selon notre récente consultation, Édouard Philippe domine les intentions de vote pour la présidentielle avec 22,9 % des voix, suivi par Raphaël Glucksmann à 11,4 %. Jean-Luc Mélenchon se place en troisième position avec 8,6 %, devant Marine Le Pen à 7,6 %. Ces chiffres témoignent d’un fort attrait pour un centre-droit libéral et réformiste, tout en laissant présager des équilibres complexes et une marge d’indécision encore élevée pour les prochains scrutins.

Européennes 2024 : un vote expatrié aux équilibres différents

Les intentions de vote exprimées par les expatriés sont bien loin des sondages de l’hexagone. D’ailleurs, les élections européennes de 2024 ont confirmé que les résultats des Français de l’étranger peuvent diverger sensiblement des résultats nationaux. La participation y était de 17,35 %. La liste du Rassemblement national conduite par Jordan Bardella a obtenu 8,30 % chez les Français établis hors de France, contre 31,37 % au niveau national. À l’inverse, la liste du bloc central « Besoin d’Europe » a recueilli 22 % à l’étranger, contre 14,60 % dans l’ensemble du pays.

Le contraste est marqué, mais il ne faut pas le transformer en portrait définitif d’un électorat. Une élection européenne ne se déroule pas dans les mêmes conditions qu’une présidentielle ; les listes, les enjeux et la participation diffèrent. Ces données montrent néanmoins pourquoi les candidats ne peuvent se contenter de transposer à l’étranger leurs analyses de l’électorat français. Le vote expatrié est une réalité politique à étudier, pas une simple déclinaison du vote national.

Savoir parler aux Français de l’étranger

Prendre cet électorat au sérieux suppose d’abord de le reconnaître comme une composante de la communauté nationale. Les Français vivant hors de France ne sont pas des citoyens qui auraient renoncé à leur pays : ils peuvent conserver des liens familiaux, culturels et civiques avec la France, voter à ses élections et être concernés par des décisions prises à Paris. Leur expérience de la vie à l’étranger est variée et ne se résume ni à une expatriation choisie et confortable ni à une catégorie sociale unique.

Visuel de promotion de participation à l'élection présidentielle 2027
Visuel de promotion de participation à l’élection présidentielle 2027 — ©Ministère de l’intérieur

La campagne présidentielle pourrait offrir un espace pour parler de cette réalité, à condition de dépasser les formules générales. Les candidats devront expliquer ce qu’ils envisagent pour les services consulaires, l’enseignement français à l’étranger, l’accompagnement des familles, les retraites, ou bien encore l’accès à un compte bancaire ou un dispositif de retour en France. Les Français de l’étranger n’attendent pas seulement d’être mentionnés dans un programme : ils doivent pouvoir comprendre comment les propositions annoncées répondraient aux difficultés rencontrées dans leur pays de résidence.

Des dossiers importants sont déjà identifiés. Les Français établis hors de France suivent notamment les décisions qui pourraient être prises sur l’avenir de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), la réforme de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) et la protection sociale. Les évolutions de ces dispositifs peuvent affecter directement les familles, les élèves, les retraités et les personnes confrontées à des problèmes de santé loin de la France.

D’autres questions touchent à la représentation politique et à la place accordée aux Français de l’étranger dans les institutions. Les discussions de l’Assemblée des Français de l’étranger, comme les dossiers présentés au prochain gouvernement, rappellent que le sujet ne se limite pas à la seule campagne électorale. Les choix budgétaires, les réformes administratives et les arbitrages politiques contribuent à déterminer la relation entre l’État et ses citoyens établis hors de France.

L’abstention, autre enjeu majeur de la présidentielle

Le nombre d’inscrits ne suffit pas à mesurer le poids politique d’un électorat : encore faut-il que les électeurs participent. En 2022, près de deux tiers des Français de l’étranger inscrits n’avaient pas voté au premier tour de la présidentielle. Aux élections européennes de 2024, la participation s’est limitée à 17,35 %. Ces niveaux rappellent l’importance de l’abstention, même lorsqu’un scrutin national ou européen suscite une forte attention en France.

Les obstacles à la participation peuvent être pratiques, distance au bureau de vote, organisation locale, contraintes professionnelles ou familiales, mais aussi liés à un manque d’information ou au sentiment que le vote ne changera rien. La mobilisation commence aussi avant le scrutin : il faut être inscrit sur la liste électorale consulaire et vérifier sa situation. Les candidats, les partis, les consulats et les relais associatifs ont donc aussi un rôle à jouer pour rappeler les démarches, sans les confondre avec un soutien à une candidature.

Faire des Français de l’étranger un sujet de campagne

À l’approche de 2027, les candidats auront à choisir : faire des Français de l’étranger un sujet important de leur campagne, ou le traiter comme une rubrique secondaire. Mais avec près de 1,7 million d’inscrits en 2026 et des élections présidentielles parfois serrées, aucun prétendant ne peut tenir leur vote pour négligeable. Leur parler, ce n’est pas seulement chercher de nouveaux suffrages. C’est reconnaître qu’ils appartiennent pleinement à la communauté nationale, écouter leurs préoccupations et présenter des réponses concrètes sur les dossiers qui façonnent leur quotidien. La campagne présidentielle sera aussi jugée à cette aune : non seulement à la place qu’elle leur accordera dans les discours, mais à la capacité des candidates et candidats à leur proposer un projet compréhensible et adapté.

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