À l’ère de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux omniprésents et de la désinformation mondialisée, savoir s’informer est devenu une compétence vitale. Du 24 au 31 octobre 2026, la communauté internationale célèbre la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Pour les Français établis hors de France, souvent exposés à une double culture médiatique (celle de leur pays d’accueil et celle de l’Hexagone), cet événement résonne de manière toute particulière. Décryptage d’une mobilisation mondiale qui se décline également au sein du réseau de l’enseignement français à l’étranger.
Aux origines de la Semaine mondiale de l’EMI : une urgence démocratique reconnue par l’ONU
L’initiative d’une semaine dédiée à l’éducation aux médias ne date pas d’hier, mais elle a pris une dimension institutionnelle majeure au début de la décennie. En effet, c’est l’Assemblée générale des Nations Unies qui a officiellement proclamé la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information, organisée chaque année du 24 au 31 octobre. Cette reconnaissance a été entérinée par la résolution 75/267.
L’objectif initial de l’UNESCO et de l’ONU est clair : doter chaque citoyen des outils intellectuels nécessaires pour naviguer dans un océan d’informations souvent non vérifiées. Le texte de la résolution souligne par ailleurs une réalité alarmante : il existe d’importantes fractures numériques et des inégalités d’accès aux données, que ce soit entre les différents pays ou à l’intérieur même de ceux-ci.
Aujourd’hui, l’éducation aux médias et à l’information est perçue comme un droit fondamental. Elle permet non seulement de lutter contre les théories du complot et la désinformation, mais aussi d’encourager une participation citoyenne active. Pour les expatriés français, dont la boussole informationnelle est parfois brouillée par l’éloignement et la barrière de la langue, acquérir de solides réflexes critiques est devenu un impératif pour rester connectés aux enjeux démocratiques mondiaux.
Édition 2026 : « C’est l’affaire de tous », une approche décentralisée face au défi de l’IA
Pour cette édition 2026, l’UNESCO a choisi un thème fédérateur et responsabilisant : « C’est l’affaire de tous, L’éducation aux médias et à l’information pour les peuples ». Reconnaissant que le développement de l’esprit critique ne peut reposer uniquement sur les écoles, l’organisation appelle à une responsabilité collective impliquant les décideurs politiques, les journalistes, les parents, et les créateurs de contenus.

Cette année, la Semaine mondiale adopte une approche résolument décentralisée, avec de multiples événements régionaux et thématiques organisés à travers le globe. Une aubaine pour les Français de l’étranger, qui peuvent y participer depuis leur région d’expatriation :
- En Amérique du Nord (Montréal) : L’Université du Québec à Montréal (UQAM) accueille du 26 au 30 octobre la Conférence internationale annuelle ORBICOM 2026, désignée comme l’événement hôte pour l’Amérique du Nord. Le thème central est « Médias, Intelligence artificielle et Démocratie : imaginaires communicationnels dans un monde numérique fragmenté ». Chercheurs et professionnels s’y réunissent pour analyser les effets de la fragmentation des espaces publics numériques et la montée en puissance des plateformes sur la participation citoyenne.
- En Asie du Sud (New Delhi) : Les 26 et 27 octobre 2026, le bureau régional de l’UNESCO réunit les acteurs de l’éducation autour de l’impact de l’intelligence artificielle. C’est l’occasion pour l’UNESCO de lancer son tout nouveau module sur l’éducation aux médias face à l’Intelligence Artificielle, un outil très attendu par les éducateurs.
- En Amérique latine et péninsule ibérique : Un événement en ligne organisé le 29 octobre (heure de Montevideo) par la Plateforme des Régulateurs Audiovisuels d’Ibero-Amérique (PRAI) et l’UNESCO se penche sur un sujet crucial : la santé mentale. Intitulée « Ciudadanía resiliente en la era digital », cette conférence étudie l’impact de l’environnement numérique sur le bien-être et le rôle des régulateurs pour protéger les citoyens.
L’AEFE : L’éducation aux médias au cœur des écoles françaises de l’étranger
Si la Semaine mondiale bat son plein en octobre sous l’égide de l’UNESCO, l’écosystème éducatif français prolonge cet engagement tout au long de l’année scolaire, avec un point d’orgue très attendu au printemps : la Semaine de la presse et des médias dans l’École (SPME). L’édition 2026 de cet événement incontournable, piloté par le CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), se déroulera du 23 au 28 mars 2026.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle et les ingérences numériques brouillent notre rapport au réel, le CLEMI place cette édition sous le signe de l’engagement citoyen. L’événement est colossal :
- La SPME rassemble plus de 3,1 millions d’élèves participants.
- Près de 18 000 établissements sont inscrits à travers la France, les DROM-COM, et bien sûr, le réseau de l’AEFE à l’étranger.
- Plus de 840 partenaires (médias, associations, institutions) soutiennent l’initiative, offrant notamment un accès à des titres de presse et à des plateformes numériques.
Pour les familles expatriées dont les enfants sont scolarisés dans le réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), cette semaine revêt un caractère exceptionnel. Dans ce réseau unique au monde, la SPME se décline également à travers la « Semaine des webradios ». Ce dispositif innovant permet de réaliser un véritable « tour du monde » radiophonique, les émissions produites par les élèves expatriés étant diffusées en direct sur la chaîne Twitch officielle de l’AEFE. Une formidable opportunité pour les jeunes d’endosser le rôle de journaliste, d’apprendre à vérifier leurs sources et de produire une information fiable, tout en créant du lien entre les lycées français de New York, Dakar, Tokyo ou Buenos Aires.

Les équipes pédagogiques, et en premier lieu les professeurs documentalistes, jouent un rôle majeur dans cet apprentissage, s’appuyant sur des dossiers pédagogiques pointus fournis par le CLEMI pour aborder des sujets complexes comme la désinformation générée par l’IA. À noter pour les enseignants et directeurs d’établissements à l’étranger : les inscriptions pour participer à la 37e édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’École sont ouvertes jusqu’au 19 janvier 2026.
En conclusion, que ce soit par le biais de la Semaine mondiale de l’UNESCO en octobre ou de la Semaine de la presse et des médias dans l’École en mars, l’objectif reste le même : former des citoyens éclairés. Pour les Français de l’étranger, encourager ces initiatives, c’est garantir que les générations futures sauront préserver leur esprit critique, véritable rempart de nos démocraties face aux bouleversements technologiques actuels.







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