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Grève nationale du 29 septembre 2026 : Salaires, services publics, etc.

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Grève nationale du 29 septembre 2026

Le mardi 29 septembre 2026 a marqué une journée d’action d’une ampleur particulièrement notable en France, dont les ondes de choc se font ressentir bien au-delà de l’Hexagone. À l’appel d’une large intersyndicale, les agents de la fonction publique ont massivement cessé le travail pour exprimer un mécontentement profond lié à l’inflation galopante, à la dégradation des conditions de travail et à l’annonce de nouvelles coupes budgétaires. Si les cortèges parisiens, lyonnais ou marseillais captent l’attention médiatique nationale, les conséquences de ce mouvement social frappent également de plein fouet les Français établis hors de France. Des vols annulés dans les grands aéroports aux services consulaires tournant au ralenti, en passant par une crise sans précédent frappant de plein fouet le réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), cette journée de grève met en lumière les fragilités d’un système à bout de souffle. Décryptage d’une mobilisation multiforme, de ses racines revendicatives à son impact direct sur le quotidien des expatriés.

Un front syndical uni

Pour comprendre l’ampleur de la grève de ce 29 septembre, il faut se plonger dans le cahier des revendications porté par les principales organisations syndicales, qui dénoncent une situation intenable pour les agents de l’État. Face aux annonces gouvernementales jugées très insuffisantes, la colère gronde de toutes parts. L’intersyndicale, regroupant notamment la CGT, FO, la CFDT, l’UNSA, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP, a appelé à la grève pour exiger du gouvernement des réponses concrètes et immédiates.

Au cœur des crispations se trouve la question brûlante du pouvoir d’achat. Depuis plusieurs années, les rémunérations des agents publics ont été durablement affaiblies par l’inflation et le gel régulier de la valeur du point d’indice. Selon les syndicats, la situation est telle que près d’un million d’agents voient aujourd’hui leur traitement indiciaire rattrapé, voire même dépassé, par le SMIC. La rumeur selon laquelle le Premier ministre, Sébastien Lecornu, prévoirait de geler de nouveau le point d’indice dans le budget de l’an prochain n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. Les agents rappellent en effet que depuis 2017, ce point d’indice n’a été revalorisé que deux fois (soit une hausse d’environ 5 %), alors que l’inflation cumulée sur la même période a atteint les 24 %.

Les revendications portées par les syndicats comme la CFDT Interco ou la CFDT-MAE sont donc limpides et exigent notamment :

  • Des mesures salariales générales et immédiates, incluant une revalorisation significative du point d’indice ainsi que son indexation directe sur l’inflation.
  • Le rétablissement du versement de la Garantie Individuelle de Pouvoir d’Achat (GIPA), un mécanisme essentiel pour compenser la perte de salaire réel des fonctionnaires.
  • La refonte des grilles indiciaires pour permettre une véritable progression de carrière, avec la nécessité de sortir les débuts de carrière du niveau du SMIC.
  • Le maintien intégral de la rémunération (à 100 %) en cas de congé de maladie ordinaire et l’abrogation pure et simple du jour de carence.
  • Une stricte égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes, en s’appuyant sur une revalorisation des filières à prédominance féminine.
  • Des moyens budgétaires à la hauteur des véritables missions des services publics, afin de garantir l’égalité d’accès sur l’ensemble du territoire et faire face aux conséquences du dérèglement climatique.
Les pompiers et le secteur public manifestent à Paris le 29 septembre 2026.
Les pompiers et le secteur public manifestent à Paris le 29 septembre 2026. ©Thomas SAMSON / AFP

Au-delà des questions strictement financières, c’est l’avenir même des services publics qui est posé sur la table. L’actualité récente, marquée par des canicules à répétition et des piratages informatiques massifs, a cruellement rappelé la nécessité de renforcer la fonction publique, que ce soit pour amortir les crises climatiques à répétition ou pour assurer la sécurité nationale des données.

Un tour d’horizon de la mobilisation nationale

La traduction de ce mécontentement dans la rue a été massive en ce mardi 29 septembre. Près de 150 manifestations ont été organisées à travers toute la France, rassemblant une myriade d’agents de l’État : cheminots, professeurs, soignants, policiers, et pompiers se sont retrouvés côte à côte. Les grandes métropoles ont vu défiler d’importants cortèges : à Marseille, les manifestants se sont élancés dans la matinée depuis le quartier des Réformés, tout comme à Lyon depuis la manufacture des Tabacs, tandis qu’à Paris et Toulouse, les rassemblements majeurs ont débuté à 14 heures respectivement depuis la place de la République et la place Saint-Cyprien.

Les chiffres de la grève témoignent d’un mouvement ancré dans de multiples secteurs. À la mi-journée, le ministère de l’Action et des Comptes publics recensait près de 10 % de grévistes dans l’ensemble de la fonction publique d’État. Dans le détail, les taux de participation s’élevaient à 9,64 % pour la fonction publique de l’État, 5,68 % pour la fonction publique territoriale, et 4,5 % dans la fonction publique hospitalière.

Le secteur de l’éducation a, sans surprise, été particulièrement touché par la fronde. Selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Éducation nationale, environ 13,71 % des enseignants (écoles, collèges et lycées confondus) étaient en grève. Les écoles et collèges ont été les plus impactés avec un taux de grévistes s’élevant à 15 %, contre 10 % dans les lycées d’enseignements général et technologique, et 7,75 % dans les lycées professionnels. Le personnel de vie scolaire a été très fortement mobilisé avec plus de 27 % de grévistes parmi les surveillants (AED) et les CPE. Les syndicats, à l’image du Snes-FSU, avancent des chiffres bien supérieurs, estimant à plus de 38 % le nombre de grévistes parmi les professeurs, CPE, psychologues et accompagnants (AESH). Conséquence directe sur le terrain : 338 établissements scolaires ont fait l’objet d’actions ou de perturbations depuis le matin, dont une quarantaine de lycées ayant subi des blocages stricts.

Dans les cortèges, la diversité des métiers de la fonction publique illustrait un ras-le-bol généralisé face aux difficultés quotidiennes. Les policiers, présents aux côtés de leurs syndicats (comme Alliance ou Unsa Police), ont dénoncé la crise du pouvoir d’achat qui ampute le quotidien des classes moyennes, tout en exigeant une amélioration de leurs conditions de travail et une hausse des effectifs pour faire face à une rentrée sociale qui s’annonce « explosive ». De leur côté, les pompiers ont profité de la manifestation parisienne pour souligner le manque de financements criant auquel ils font face, un manque de moyens mis en exergue par un été difficile sur le front des incendies. « Ce manque de moyens, ça fait des années qu’on tire sur la corde », a résumé un pompier professionnel venu du Pas-de-Calais, déplorant l’absence totale de réponse de l’exécutif.

La manifestation à Paris le 29 septembre 2026
La manifestation à Paris le 29 septembre 2026. © Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Face à ce qu’ils considèrent comme une surdité gouvernementale, les responsables syndicaux ont prévenu que le mouvement pourrait s’étendre au-delà des seuls agents publics. Sophie Binet (CGT) a alerté le gouvernement sur l’étau qui se resserre et la colère qui monte sur les salaires, tandis que Rachèle Barrion (FO) a évoqué une possible convergence des luttes associant les travailleurs du secteur privé pour les semaines à venir.

Quelles conséquences pour les expatriés (aéroports, consulats, AEFE) ?

Si la mobilisation est particulièrement visible dans les rues de la métropole, les Français de l’étranger subissent de leur côté des perturbations majeures, qui touchent tant à leurs déplacements internationaux qu’à la scolarité de leurs enfants.

En matière de transports, la grève a immédiatement impacté le trafic aérien. Anticipant les appels à la mobilisation des syndicats relayés dans le secteur de l’aviation, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) avait appelé les compagnies aériennes à réduire préventivement leurs programmes de vols pour ce 29 septembre, afin de limiter les perturbations et de garantir la sécurité des opérations aériennes. Ainsi, les transporteurs aériens ont été incités à réduire leurs rotations de 5 % à l’aéroport de Paris Charles-de-Gaulle (entre 7h00 et 20h00) et de 25 % à l’aéroport de Marseille-Provence (entre 16h00 et minuit). D’autres aéroports régionaux cruciaux pour les expatriés ont également fait l’objet de perturbations importantes sur certains créneaux de la journée, à l’image des aéroports de Nantes-Atlantique, Strasbourg-Entzheim, Limoges, Tarbes-Lourdes-Pyrénées, et Pau-Pyrénées.

Yaoundé
Yaoundé

Sur le plan administratif et diplomatique, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères n’a pas échappé au mouvement. Le syndicat CFDT-MAE a vivement encouragé la mobilisation de ses agents, mettant en lumière les difficultés très spécifiques liées à l’expatriation et au maintien d’un service diplomatique et consulaire de qualité pour les citoyens établis hors de France, alors que les budgets sont menacés.

Cependant, l’épicentre du séisme pour la communauté expatriée se situe indéniablement au sein du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Ce réseau scolaire mondial exceptionnel, qui accueille aujourd’hui près de 400 000 élèves dans 138 pays, traverse une crise budgétaire et structurelle qualifiée d’abyssale. L’annonce brutale, en décembre 2025, d’un déficit atteignant la somme de 60 millions d’euros a conduit le gouvernement à imposer des mesures d’urgence impliquant, entre autres, une hausse des contributions exigées des établissements du réseau. Cette situation périlleuse découle de plusieurs éléments structurels : une hausse de la masse salariale, l’augmentation de la contribution de l’Agence aux pensions civiles des enseignants détachés, et surtout, une baisse dramatique de la subvention versée par l’État (estimée à 60 millions d’euros en moins sur les deux dernières années).

Pour les familles d’expatriés, la facture s’est avérée immédiate et très difficile à digérer. Ces coupes budgétaires se sont traduites par une hausse moyenne des frais de scolarité de 7 %, avec des flambées allant jusqu’à 12 % dans certains lycées français de l’étranger. Pour les parents d’élèves, le coût de la scolarité s’est ainsi alourdi en moyenne de 400 euros par enfant et par an. Inquiet quant à la capacité des classes moyennes à maintenir leurs enfants dans le système scolaire français, le président de la FAPEE, Brice Bultot, a d’ailleurs interpellé Emmanuel Macron pour réclamer davantage de visibilité et de transparence sur les coûts. Bien que l’arrivée du nouveau directeur général, Alexandre Morois, tente d’apaiser le climat avec une feuille de route tournée vers l’équité, l’inquiétude demeure vive.

Madrid
Madrid

C’est dans ce contexte de tension extrême que le personnel de l’AEFE a massivement rejoint le mouvement national du 29 septembre. Les grands syndicats du secteur (SNES-FSU, CFDT Éducation Monde, SE-UNSA) ont fait front commun pour exiger l’arrêt de cette logique de réductions budgétaires. Le SNES-FSU a exigé que l’État assume ses pleines responsabilités pour ne pas « sacrifier ce fleuron de la diplomatie d’influence ». La CFDT Éducation Monde a, pour sa part, alerté sur les suppressions de postes et les déconventionnements, exigeant une réponse interministérielle de la part des Affaires étrangères, de l’Éducation nationale et de Matignon. Tous ces syndicats partagent un même objectif : obtenir des garanties fermes sur le financement de l’AEFE, stopper définitivement la hausse des frais d’écolage et préserver le statut protecteur des personnels détachés.

Pour la communauté des Français de l’étranger, la situation critique de l’AEFE cristallise un profond sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics. L’enseignement français à l’international ne figure manifestement pas au rang des priorités, allant jusqu’à devenir une véritable variable d’ajustement budgétaire. À l’aube des complexes arbitrages pour l’élaboration du budget 2027, la grève de ce 29 septembre apparaît comme un test crucial pour démontrer la force du réseau et adresser un ultimatum aux décideurs politiques : le maintien du rayonnement de la France ne pourra survivre à une politique de coupes sombres.

Le défi du budget !

La grève nationale du 29 septembre 2026 dépasse très largement le seul cadre de la France métropolitaine. Si les préoccupations salariales unissent légitimement les agents de l’État de Paris jusqu’aux ambassades du bout du monde, les crises spécifiques subies par les voyageurs à travers les réductions de trafic aérien et par les familles à travers la tourmente financière de l’AEFE, montrent que les Français de l’étranger sont une fois encore en première ligne des restrictions. Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à débattre du prochain budget, la pression sociale de cette journée historique dresse un défi de taille pour le gouvernement : réussir l’équation de la maîtrise des finances publiques sans sacrifier les services essentiels dus à tous les citoyens français, qu’ils vivent au cœur de l’Hexagone ou à des milliers de kilomètres de leurs frontières d’origine.

Auteur/Autrice

  • L'AFP est, avec l'Associated Press et Reuters, une des trois agences de presse qui se partagent un quasi-monopole de l'information dans le monde. Elles ont en commun, à la différence de son prédécesseur Havas, de ne pas avoir d'actionnaire mais un conseil d'administration composé majoritairement d'éditeurs de presse.

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