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Minuit moins le quart, docteur Schweitzer

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Minuit moins le quart, docteur Schweitzer

Donald Trump continue à imprimer sa marque dans les relations internationales. Après avoir pris en otage l’économie mondiale avec l’Iran, il menace de sanctions l’Europe et le Canada, qui entendent se rapprocher sur le plan commercial. En proposant à ce dernier de devenir membre associé de l’Union européenne, la Commission européenne a provoqué une réaction immédiate du Président américain. Ce dernier estime que le Canada fait partie de sa chasse gardée et a vocation à devenir le 51e État de l’Union. Cette passe d’armes confirme que les États-Unis sont désormais dans le rapport de force. L’humiliation des alliés est permanente, du discours du vice-président JD Vance, le 14 février 2025 à Munich, aux pressions exercées sur les Européens en raison de leur non-participation à la guerre contre l’Iran déclenchée le 28 février dernier.

L’Europe, la Chine et les USA

Donald Trump considère que le monde se divise en deux : les grandes puissances, les États-Unis, la Chine, voire la Russie et les autres pour lesquelles il n’éprouve que de la condescendance, quand ce n’est pas du mépris. Il n’a en aucun cas consulté les Européens lors du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Il a décidé de mettre un terme à quatre-vingts ans de libre-échange d’un trait de signature, sans en référer à ses alliés ou à l’Organisation mondiale du commerce. Il entend redessiner à sa guise le marché de l’énergie. Ce changement de cap s’accompagne du retour de la prédation, avec la prise de contrôle de mines ou de gisements de pétrole.

L’Europe doit faire face à un triple défi : le retour de la violence dans les relations internationales, la fin de l’énergie abondante et bon marché et celle de la protection américaine automatique. Elle doit également faire face à la montée en puissance économique de la Chine qui la concurrence directement désormais. Son effacement dans les secteurs liés aux données numériques l’expose à une coûteuse dépendance. Les États européens sont menacés de marginalisation économique et politique.

La faiblesse européenne est toutefois antérieure à l’apparition de cette nouvelle donne géopolitique. L’érosion des gains de productivité, qui sont le facteur premier de la croissance, date de la fin des années 1990. Celle-ci est à l’origine d’une partie de l’écart de richesse de part et d’autre de l’océan Atlantique. L’Europe fait du surplace depuis la création de la monnaie unique qui a été un moment fort de son histoire mais qui ne constitue en aucun cas une fin ultime. Peu de progrès ont été réalisés depuis, si ce n’est la création de mécanismes destinés à éviter la réédition d’une crise des dettes souveraines.

Comme l’ont souligné les rapports Draghi ou Letta, le marché unique des capitaux demeure à construire. Il est assez surprenant qu’un quart de siècle après la mise en place de l’euro, trente ans après le marché unique, celui-ci reste à parachever, en particulier dans le domaine financier. Dans ce contexte, les capitaux européens préfèrent se placer aux États-Unis où ils sont mieux rémunérés. Le marché européen des capitaux souffre également de l’étroitesse du budget européen, autour de 1 % du PIB, et de la quasi-absence de titres d’emprunt communautaires.

Depuis 2005, l’Europe manque d’élan et d’ambition

Avec le Brexit, en 2016, elle est constamment sur la défensive. À sa décharge, les gouvernements des États membres en ont fait un parfait bouc émissaire. Avec près de 450 millions d’habitants à fort pouvoir d’achat, elle est pourtant un marché de consommation de référence. Avec son réseau d’infrastructures et ses écoles de renommée internationale, elle dispose d’importants atouts. Son tissu industriel est d’une rare densité. Automobile, aéronautique, construction navale, électricité, agroalimentaire, médicaments, machines-outils sont autant de secteurs dans lesquels les États membres excellent.

Image d'illustration, Europe
Image d’illustration, Europe

Pourtant, la tentation est grande de démonter les acquis de soixante-dix ans de construction européenne et d’en revenir aux batailles de chapelle au moment même où règne la compétition entre grandes puissances. Face aux États-Unis, à la Russie, à la Chine et à l’Inde ou au Brésil, demain, les États européens ne peuvent continuer à peser sur le cours de l’histoire que s’ils sont unis.

Pour éviter la marginalisation, ils doivent bâtir en commun une stratégie pour l’énergie, l’intelligence artificielle et la défense. Sur ces trois sujets, nul État membre de l’Union européenne n’est maître de son destin. La voie fédérale suppose sans nul doute des abandons de souveraineté, mais cela est la condition sine qua non pour retrouver le chemin de la croissance et, à la clé, la possibilité de maintenir les valeurs européennes de justice et de solidarité.

Pour l’Europe, l’heure n’est plus aux incantations mais aux choix. Il est déjà minuit moins le quart.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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