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Expatriation et fiscalité : Les atouts de nouveaux pays face aux limites de la Suisse et de Monaco

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Expatriation et fiscalité : Les atouts de nouveaux pays face aux limites de la Suisse et de Monaco

À l’aube de l’élection présidentielle française de 2027, le climat politique et fiscal dans l’Hexagone se tend inexorablement. La relance d’un discours politique axé sur la taxation massive des grands patrimoines ravive les craintes d’une nouvelle « chasse aux riches ». Face à cette instabilité chronique, de nombreux entrepreneurs, rentiers et cadres dirigeants français se tournent vers l’expatriation. Mais la carte mondiale de l’attractivité fiscale a profondément muté ces dernières années. Si les paradis traditionnels comme Monaco ou la Suisse montrent aujourd’hui de sérieuses limites, de nouveaux eldorados européens et moyen-orientaux déploient des stratégies d’accueil redoutables.

La chasse aux riches en France : un climat politique électrique à l’approche de 2027

Alors que la France se prépare pour l’échéance présidentielle de 2027, la question de la fiscalité des grands patrimoines est redevenue le champ de bataille principal de la classe politique. L’incertitude budgétaire, couplée à une dette publique vertigineuse, sert de terreau à une rhétorique anti-riches de plus en plus décomplexée, portée principalement par l’extrême gauche.

Les récentes déclarations des cadres de La France Insoumise (LFI) ne laissent aucune place à l’ambiguïté quant au choc fiscal qui attendrait les hauts revenus en cas d’alternance. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, a récemment dévoilé une mesure choc concernant l’héritage : « À partir de 12 millions d’euros, nous prendrons tout. » Cette proposition de confiscation totale au-delà de ce plafond vise, selon elle, à stopper l’accumulation dynastique. L’élue justifie cette posture par des chiffres chocs, accusant les 500 plus grandes fortunes françaises d’« accaparer 42 % du PIB », une comparaison économiquement discutable (mêlant un stock de patrimoine à un flux de production annuel), mais d’une redoutable efficacité électorale.

Cette offensive s’inscrit dans la continuité des propos de l’eurodéputée Manon Aubry qui, lors d’universités d’été, est allée encore plus loin en suggérant qu’il ne fallait plus simplement taxer, mais carrément « interdire les milliardaires », qualifiant ces derniers de « nuisibles d’un point de vue économique ». Ces prises de position traduisent une volonté assumée de faire de la spoliation fiscale un outil de lutte des classes.

Une rhétorique dénoncée et des fiascos annoncés

Cette stigmatisation permanente est vivement combattue par une autre frange de l’échiquier politique. Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement National, a fermement dénoncé cette « notion de chasse aux riches », la qualifiant de « très inquiétante ». Selon lui, l’emploi du terme « nuisibles » relève d’une sémantique d’extrémistes cherchant à « éliminer une partie de la population ». Il rappelle une réalité économique fondamentale : ce sont ces mêmes « riches » qui, par leurs investissements, créent des emplois, de l’innovation et des entreprises sur le territoire national. Pour le député, la classe politique utilise cette division de la société pour masquer ses propres échecs économiques.

Mathilde Panot
Mathilde Panot © Alain ROBERT/SIPA

Plus largement, la volonté de surtaxer les ultra-riches se heurte systématiquement au mur de la réalité économique, virant souvent au fiasco. Comme le soulignent régulièrement les experts économiques dans des magazines comme Challenges, la fiscalité confiscatoire produit rarement les recettes escomptées. Au contraire, elle déclenche la fameuse courbe de Laffer : un impôt trop lourd tue l’assiette fiscale. En menaçant de confisquer les fruits d’une vie de travail ou la cession d’une entreprise, l’État ne fait qu’accélérer l’exil des forces vives. Et lorsque les millionnaires partent, ils n’emportent pas seulement leur capital boursier, ils emmènent aussi leurs réseaux, leurs projets futurs, leur consommation locale et la TVA associée. C’est un appauvrissement global du pays qui s’opère sous couvert de justice sociale.

Les limites des paradis fiscaux traditionnels

Face à cette pression, le premier réflexe de l’imaginaire collectif est de se tourner vers les refuges historiques : Monaco et la Suisse. Pourtant, pour un expatrié français en 2026, ces destinations s’avèrent souvent être des pièges juridiques ou des impasses financières.

Monaco : Le mirage fiscal pour les citoyens français

La Principauté de Monaco est un joyau méditerranéen où l’impôt sur le revenu n’existe pas. Mais ce postulat est totalement faux si vous détenez un passeport français. En raison de la convention bilatérale franco-monégasque signée le 18 mai 1963 (sous la pression du Général de Gaulle), tout citoyen français s’installant à Monaco est considéré fiscalement comme s’il résidait en France.

Le maintien de l’impôt sur le revenu et des contributions sociales :
Concrètement, un entrepreneur français qui s’installe à Monte-Carlo continuera de remplir sa déclaration d’impôts française et de payer le barème progressif au Trésor Public français. La situation se complexifie encore avec la CSG et la CRDS. Si les salaires peuvent parfois y échapper selon les affiliations à la sécurité sociale, les revenus du capital restent lourdement taxés, car le domicile fiscal reste rattaché au droit interne français.

L’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) :
La convention prévoit également que les Français ayant déplacé leur domicile à Monaco après le 1er janvier 1989 restent assujettis à l’IFI sur l’ensemble de leurs biens immobiliers, qu’ils soient situés en France, à Monaco, ou n’importe où dans le monde. Le coût d’acquisition d’un appartement monégasque étant stratosphérique, l’intégration de ce bien dans l’assiette de l’IFI français engendre souvent des montants d’impôts astronomiques pour les expatriés.

L’unique lueur d’espoir : La transmission
Le seul véritable avantage fiscal de Monaco pour un Français réside dans la convention franco-monégasque de 1950 sur les successions. Si un Français justifie d’un domicile effectif à Monaco depuis plus de cinq ans au jour de son décès, le régime successoral monégasque s’applique à ses biens situés en Principauté (ainsi qu’à ses actifs incorporels). Or, à Monaco, les droits de succession en ligne directe (entre parents et enfants, ou entre époux) sont de 0 %. Cependant, l’administration fiscale française contrôle scrupuleusement la réalité de cette résidence (la carte de séjour ne suffisant pas, il faut prouver que le centre des intérêts vitaux y est bien ancré).

La Suisse : La fin de l’âge d’or du forfait fiscal

Pendant des décennies, la Suisse a séduit les grandes fortunes françaises grâce à son célèbre système de l’imposition d’après la dépense, ou « forfait fiscal ». Ce dispositif permettait à un étranger n’exerçant aucune activité lucrative en Suisse d’être imposé non pas sur ses revenus réels mondiaux, mais sur une base forfaitaire calculée à partir de son train de vie (généralement un multiple de la valeur locative de son logement).

Cependant, la Suisse perd aujourd’hui de son attractivité. D’une part, sous la pression politique, plusieurs cantons alémaniques (comme Zurich) ont purement et simplement aboli ce privilège, jugeant inéquitable que des étrangers fortunés paient moins d’impôts que les locaux. D’autre part, la Confédération a considérablement durci les conditions d’accès, relevant les seuils minimaux de dépenses pris en compte.

À cette pression réglementaire s’ajoute le franc fort et un coût de la vie devenu exorbitant. Pour de nombreux candidats à l’expatriation, la facture globale (logement, santé, écoles internationales) annule les avantages du forfait. Résultat : les millionnaires fuient la Suisse pour se tourner vers des juridictions plus agressives et plus accueillantes.

Les nouveaux eldorados : L’attractivité insolente de l’Italie et des Émirats arabes unis

Alors, où vont les riches ? Les statistiques récentes témoignent d’un bouleversement majeur. En 2025, selon les données publiées par le cabinet Henley & Partners et relayées par Contrepoints, environ 800 multimillionnaires ont définitivement quitté la France. Plus saisissant encore, plus de 3 600 ultra-riches ont choisi de s’établir en Italie la même année, hissant la péninsule au sommet du palmarès européen. À l’échelle mondiale, le grand vainqueur incontesté reste les Émirats arabes unis.

L’Italie : La Dolce Vita à 300 000 euros par an

Si les millionnaires préfèrent désormais l’Italie à la Suisse, c’est grâce à un outil d’une puissance redoutable : le régime des « nouveaux résidents » (impatriati). L’État italien a compris que pour attirer des patrimoines massifs (et les dépenses, la TVA et les investissements qui les accompagnent), il fallait offrir une prévisibilité totale.

L’Italie propose ainsi un « forfait fiscal » permettant de purger l’intégralité des revenus de source étrangère en payant une somme forfaitaire annuelle. Ce forfait, initialement fixé à 100 000 euros, a été rehaussé à 200 000 euros, puis, face à son succès immense et pour calmer quelques tensions politiques, porté à 300 000 euros au 1er janvier 2026. L’avantage peut être étendu aux membres de la famille pour 50 000 euros supplémentaires par personne.

Pourquoi c’est si attractif ?
Pour un grand patron qui s’apprête à céder son entreprise pour plusieurs dizaines de millions d’euros, ou pour un rentier percevant de massifs dividendes internationaux, payer 300 000 euros par an représente une fraction minime de ce qu’il devrait au fisc français. Pendant une durée pouvant aller jusqu’à 15 ans, il n’y a plus aucun impôt supplémentaire sur la fortune, ni sur les plus-values réalisées hors d’Italie, ni sur les successions pour les biens détenus à l’étranger. L’Italie allie ainsi l’excellence du style de vie européen, la culture, la gastronomie, et l’un des régimes fiscaux les plus protecteurs au monde.

Les Émirats arabes unis : Le nouveau centre de gravité de la richesse mondiale

Si l’Italie gagne la bataille de l’Europe, Dubaï et Abu Dhabi gagnent celle du monde. En 2025, les Émirats ont enregistré un record historique absolu, accueillant près de 9 800 millionnaires sur leur sol en une seule année.

Les Émirats offrent un cadre imbattable pour les créateurs de richesse, les entrepreneurs de la tech, les influenceurs, mais aussi pour les grandes familles cherchant à préserver leur capital. La promesse de base est simple : 0 % d’impôt sur le revenu, 0 % d’impôt sur les plus-values, 0 % d’impôt sur la fortune.

Skyline UEA
Skyline UEA ©AFP

Le trésor de la convention franco-émiratie :
Pour les Français, les Émirats cachent un atout phénoménal, détaillé par les cabinets d’ingénierie patrimoniale comme le Rempart Financier. Contrairement à la majorité des pays du Golfe ou d’Asie, les Émirats bénéficient d’une convention fiscale avec la France (signée en 1989 et modifiée en 1993) qui couvre explicitement l’impôt sur les successions. Concrètement, un Français, qui réside fiscalement aux Émirats, échappe à l’impôt français sur les successions pour tous ses actifs mondiaux (à l’exception des biens immobiliers situés physiquement en France). Dans une optique de transmission familiale à long terme, c’est un avantage colossal qui surpasse presque tous les autres régimes mondiaux.

Le point de vigilance majeur : L’Exit Tax
Attention toutefois à ne pas faire ses valises trop vite. La fuite vers Dubaï s’accompagne d’un obstacle technique de taille : l’Exit Tax française. Ce mécanisme, qui taxe les plus-values latentes des entrepreneurs détenant plus de 800 000 euros d’actions au moment de leur départ de France, impose une gestion fine.

Si vous partez vers un pays de l’Union Européenne (comme l’Italie), vous bénéficiez d’un sursis de paiement automatique, sans garantie à fournir. Mais si vous partez pour les Émirats, ce sursis n’est pas automatique en raison de l’absence d’une clause stricte d’assistance au recouvrement mutuel de l’impôt. Le dirigeant français doit alors constituer d’énormes garanties bancaires auprès du fisc pour obtenir ce sursis, dont le coût (entre 0,75 % et 1,5 % par an du montant bloqué) peut grever sérieusement le budget du projet d’expatriation.

La fin d’un mythe

Le mythe du rentier français qui file couler des jours heureux dans un chalet suisse ou un penthouse monégasque pour fuir le Trésor public appartient désormais au passé. L’étau fiscal tissé par l’administration française, notamment via les conventions piégeuses pour les résidents de la Principauté, requiert une prudence extrême.

Face à la perspective d’une confiscation de plus en plus ouvertement prônée par une partie du spectre politique pour 2027, la géographie de l’exode fiscal s’est réinventée. Elle appartient désormais aux pays capables de combiner un cadre de vie exceptionnel, une sécurité juridique totale et des dispositifs forfaitaires assumés. L’Italie de la dolce vita à prix fixe et les Émirats arabes unis, véritables pôles magnétiques des capitaux mondiaux, incarnent aujourd’hui les solutions les plus puissantes. Toutefois, toute expatriation fiscale n’a de sens que si elle s’accompagne d’un véritable projet de vie familial et d’une substance économique réelle. L’exil de convenance est mort ; place à l’expatriation stratégique.

Auteur/Autrice

  • Loic Pautou est un jeune Français parti en VIE au Vietnam et qui n'est jamais revenu. Propriétaire d'une agence de tourisme à Hanoï, il écrit aussi pour Lesfrancais.press et le Guide du Routard.

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