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Distorsions sur le travail en France

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Distorsions sur le travail en France

En matière de services publics et de prestations sociales, les Français souhaitent, à juste titre, bénéficier, de ce qu’il y a de mieux en rayon. Le problème est qu’ils n’ont plus collectivement les moyens de financer toutes leurs ambitions. Il en résulte une dette croissante, au point de devenir dangereuse. Le montant des dépenses sociales par habitant en France est pourtant assez proche de celui de l’Allemagne ou des pays d’Europe du Nord. En parité de pouvoir d’achat, les prestations sociales en France s’élevaient à 12 610 euros par habitant, en 2024, contre 14 169 euros en Allemagne et 13 716 euros aux Pays-Bas. Elles représentaient 31,9 % du PIB en France, contre 29,8 % en Allemagne et 26,4 % aux Pays-Bas. La France s’est dotée du système d’État-providence d’un pays très riche sans disposer du même niveau de richesse par habitant que ses principaux partenaires. En 2025, elle se classe au 12e rang des États membres de l’Union européenne pour le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat. Celui-ci est inférieur de 2 % à la moyenne européenne, quand il lui était supérieur de 13 % en 2005. En vingt ans, la France n’a pas seulement perdu deux places dans le classement européen ; elle a surtout enregistré un déclassement relatif de quinze points.

Un cercle vicieux niché dans les mentalités

Faute d’une création de richesses suffisante, les pouvoirs publics sont contraints d’augmenter les prélèvements et de recourir au déficit. Ils ont ainsi institué un cercle vicieux. Les prélèvements réduisent les capacités d’investissement et de consommation, tandis que l’accumulation des déficits alourdit la charge des intérêts. Les solutions actuellement avancées reviennent trop souvent à répartir la pénurie au moyen de mesures conjoncturelles qui ne règlent rien sur le fond. La non-indexation ou la sous-indexation des pensions ne fait que déplacer le problème du financement des retraites. Elle contribue à monter les générations les unes contre les autres et à dégrader le pouvoir d’achat de retraités qui ont participé à la croissance du pays durant leur vie active.

Compte tenu de la taille de sa population, et notamment de celle en âge de travailler, la France devrait pouvoir produire davantage. Un PIB supérieur de 10 % à son niveau actuel, soit 300 milliards d’euros de plus, autoriserait des salaires plus élevés et générerait d’importantes recettes publiques supplémentaires, sans qu’il soit nécessaire d’augmenter les taux de prélèvement. La faiblesse relative du PIB français est liée, en grande partie, à un sous-emploi chronique qui concerne notamment les jeunes et les plus de 60 ans. En 2025, la proportion des jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, les « NEET », atteint 12,9 % en France, contre 9,5 % en Allemagne. Le taux d’emploi des 60-64 ans s’établit à 44,4 % en France, contre 67,6 % en Allemagne. Pour les 20-64 ans, il atteint 75,4 % en France, contre 81,1 % en Allemagne. Le problème français ne tient donc pas tant à la durée annuelle du travail de ceux qui occupent un emploi qu’à l’insuffisance du volume global de travail. Pour l’augmenter, un effort important en faveur de la formation initiale et continue est nécessaire. Le travail doit également être rendu plus attractif, tant par son contenu que par sa rémunération.

Les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires ont certes contribué à soutenir l’emploi peu qualifié. Leur concentration au voisinage du salaire minimum finit néanmoins par agir comme une chape de plomb. Elle freine les augmentations de salaire, les promotions et la montée en compétences. Elle favorise également une spécialisation de l’économie dans des activités de services à faible valeur ajoutée. Une refonte du barème des cotisations sociales apparaît indispensable. Elle pourrait, par exemple, prendre la forme d’un abattement de cotisations portant sur les 800 premiers euros de salaire, afin de ne plus pénaliser les augmentations au-delà du SMIC. Toujours dans la recherche d’une plus grande neutralité économique, les aides aux entreprises devraient être réduites en contrepartie d’une diminution des taux d’imposition. Le même principe pourrait s’appliquer aux niches fiscales. Leur suppression ou leur réduction devrait profiter à la fois aux contribuables et aux pouvoirs publics, grâce à un partage du gain réalisé.

En France, 14,49 % des 15-29 ans étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation en 2024.
En France, 14,49 % des 15-29 ans étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation en 2024. ©LP/Delphine Goldsztejn

Rendre autonomes, les citoyens !

En matière d’aides sociales, les bénéficiaires ne doivent pas être stigmatisés, mais accompagnés avec pour objectif de leur permettre, autant que possible, de retrouver leur autonomie. La vocation d’une politique sociale n’est pas d’installer durablement ses bénéficiaires dans l’assistance, mais de leur donner les moyens de s’en affranchir.

Il faut surtout sortir de l’idée que le travail ne paierait plus ou serait voué à disparaître. En la matière, la France cède volontiers à une forme de fatalisme. À chaque révolution technologique, et aujourd’hui avec l’intelligence artificielle, resurgit la crainte d’une disparition massive des emplois. Les faits démentent jusqu’à présent l’annonce récurrente de la fin du travail. Comme le montrent les pays d’Europe du Nord, mais aussi l’Espagne et le Portugal, l’augmentation du taux d’emploi contribue à l’amélioration de la croissance, des salaires et des comptes publics. Le travail n’est pas le problème, il demeure la première condition de la prospérité et du financement de la solidarité. Un modèle social ne se sauve pas par l’attrition, il se sauve en croyant en l’avenir.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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