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Labor Day : pourquoi les Américains fêtent-ils le travail en septembre ?

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Labor Day : pourquoi les Américains fêtent-ils le travail en septembre ?

Le lundi 7 septembre, les États-Unis célébreront leur Labor Day. Un jour férié qui marque pour beaucoup la fin de l’été et le dernier grand week-end avant la rentrée. Mais cette fête nationale est née d’une histoire autrement plus politique, celle du mouvement ouvrier américain et de ses combats pour les droits des travailleurs.

Toujours le premier lundi de septembre

Le premier lundi de septembre, les États-Unis s’arrêtent. Les bureaux ferment, les écoliers ne sont pas encore tous rentrés, les plages sont encore fréquentées et les familles profitent d’un dernier long week-end avant que le calendrier ne bascule vers l’automne. À New York, Los Angeles, Chicago ou Denver, cette journée célèbre officiellement les travailleurs américains et leur contribution à la prospérité du pays.

« Haymarket va laisser une cicatrice durable dans la mémoire américaine. Mais surtout, il va transformer le 1er mai » 

Dans la pratique, elle est aussi devenue l’un des derniers marqueurs de l’été américain. Mais il suffit de remonter un peu le fil pour découvrir une histoire beaucoup moins tranquille. Car la journée internationale des travailleurs, celle que les Français célèbrent le 1er mai, est née des luttes ouvrières américaines. Et si les Américains ont fini par choisir septembre, ce n’est pas tout à fait un hasard.

Avant les barbecues, les huit heures

Nous sommes dans l’Amérique industrielle de la fin du XIXe siècle. Les villes grossissent, les usines tournent à plein régime, les chemins de fer se développent et une classe ouvrière urbaine s’organise. La journée de travail de dix heures, parfois davantage, six jours par semaine, est encore une réalité pour une grande partie des travailleurs. La revendication qui s’impose alors est simple : la journée de huit heures de travail.

Labour Day aux USA
Labour Day aux USA © CBS

Le 1er mai 1886 est choisi comme date de mobilisation nationale. À Chicago, des dizaines de milliers de travailleurs cessent le travail, des manifestations sont organisées, le mouvement devient suffisamment important pour devenir un moment majeur de l’histoire sociale américaine.

Puis vient Haymarket.

Le 4 mai de la même année, une réunion de travailleurs se tient à Haymarket Square, à Chicago. Alors que la police intervient pour disperser la foule, une bombe est lancée, des tirs suivent et plusieurs policiers et civils perdent la vie. L’affaire devient immédiatement politique. Huit militants anarchistes sont jugés et condamnés ; quatre sont exécutés en novembre 1887. En 1893, le gouverneur de l’Illinois John Peter Altgeld gracie trois des condamnés encore emprisonnés, estimant que le procès avait été profondément vicié.

Haymarket va laisser une cicatrice durable dans la mémoire américaine. Mais surtout, il va transformer le 1er mai.

« Pendant que la France adopte le 1er mai, l’Amérique prend un autre chemin. »

En 1889, lors du congrès fondateur de la Deuxième Internationale à Paris, les participants adoptent l’idée d’une mobilisation internationale le 1er mai. En 1890, des travailleurs manifestent dans plusieurs pays européens. Le 1er mai devient progressivement la journée internationale des travailleurs.

La France s’empare de la date.

Le premier 1er mai français est organisé en 1890 autour de la revendication des huit heures. Puis viennent le drame des Fourmies en 1891, les grandes manifestations ouvrières du début du XXe siècle, la reconnaissance progressive de la journée de huit heures et, après la Seconde Guerre mondiale, l’installation définitive du 1er mai comme jour férié. En 1946, le gouvernement reconnaît officiellement son caractère chômé. En 1948, le 1er mai devient définitivement un jour férié et chômé.  Mais pendant que la France adopte le 1er mai, l’Amérique prend un autre chemin.

Le Labor Day existait déjà

Il serait pourtant faux de raconter l’histoire comme si Washington avait inventé le Labor Day en réaction au 1er mai. La première célébration américaine du Labor Day a lieu à New York le 5 septembre 1882, quatre ans avant Haymarket.

Le Labour Day aux Etats Unis
Le Labour Day aux Etats Unis © Unsplash

L’initiative vient du mouvement ouvrier lui-même. La Central Labor Union organise une parade à laquelle participent des travailleurs de différents métiers. La journée doit montrer la force collective du monde du travail avant de se terminer par un rassemblement festif. Il y a même un petit mystère autour de son origine. Pendant longtemps, Peter J. McGuire, dirigeant syndical et futur cofondateur de l’American Federation of Labor, a été considéré comme le père du Labor Day. Mais cette attribution est aujourd’hui discutée. Le ministère américain du Travail reconnaît deux prétendants sérieux : Peter J. McGuire et Matthew Maguire, machiniste et secrétaire de la Central Labor Union de New York en 1882.

Ce premier Labor Day ressemble d’ailleurs davantage à une manifestation syndicale qu’au week-end de fin d’été que les Américains connaissent aujourd’hui. Il y a une parade, des drapeaux, des travailleurs en tenue, des discours. Et une fête. L’idée est de montrer la puissance collective du travail organisé tout en offrant aux ouvriers une journée de célébration.

Le mouvement va rapidement gagner du terrain. Plusieurs États reconnaissent le Labor Day au cours des années 1880. En 1894, 23 États supplémentaires ont adopté la fête. Puis survient un conflit qui va changer la nature politique de la journée.

1894 : le moment Grover Cleveland

Au printemps 1894, les ouvriers de la compagnie Pullman, près de Chicago, se mettent en grève. George Pullman a construit autour de son usine une ville destinée à ses employés. Mais la crise économique frappe et les salaires diminuent tandis que les loyers restent élevés. Le conflit dégénère. Le mouvement s’étend au réseau ferroviaire national et devient l’une des plus importantes confrontations sociales de l’époque. Le gouvernement fédéral intervient.

« De nos jours, un Américain qui entend Labor Day ne pense plus nécessairement à Haymarket mais au dernier long week-end avant celui de Thanksgiving. »

Des troupes sont envoyées pour briser la grève. Eugene V. Debs, figure montante du mouvement ouvrier américain, est arrêté et emprisonné. C’est dans ce contexte particulièrement tendu que le président Grover Cleveland signe, le 28 juin 1894, la loi faisant du premier lundi de septembre un jour férié fédéral.

Le timing est saisissant. Alors que la grève de Pullman secoue encore le pays, le gouvernement américain donne donc une reconnaissance nationale à une fête du travail déjà célébrée dans plusieurs États. Le Labor Day devient une fête officielle. Et surtout, il ne sera pas le 1er mai.

Pourquoi septembre ?

C’est là que l’histoire devient politiquement intéressante. Le choix de septembre ne peut pas être résumé à une simple décision administrative. Le 1er mai a changé de signification aux États-Unis. Après Haymarket, la date est de plus en plus associée aux anarchistes, aux socialistes et aux courants considérés comme radicaux.

Puis, en 1889, le Congrès socialiste international de Paris lui donne une dimension internationale. Ce qui était au départ une revendication américaine, la journée de huit heures, devient un symbole international. Et cette internationalisation inquiète une partie du mouvement syndical américain.

Jour férié aux Etats Unis
Jour férié aux Etats Unis © Rachel Brunet

Le Smithsonian explique qu’à la fin du XIXe siècle, la plupart des Américains en sont venus à associer le 1er mai au socialisme international plutôt qu’au syndicalisme américain. Les syndicats les plus conservateurs, méfiants à l’égard du radicalisme, abandonnent progressivement la célébration du 1er mai au profit du Labor Day de septembre.

De nos jours, un Américain qui entend Labor Day ne pense plus nécessairement à Haymarket ou à une parade mais à septembre, au dernier long week-end avant celui de Thanksgiving, à une dernière escapade à la plage, à un barbecue entre amis, aux enfants qui retrouvent le chemin de l’école.

Et parfois même à une règle vestimentaire devenue une plaisanterie américaine : No white after Labor Day, convention selon laquelle on ne porte plus de blanc dès le premier mardi de septembre. Du moins à New York.

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

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