La Corse face au retournement du marché immobilier

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La Corse face au retournement du marché immobilier

En 2026, l’économie corse connaît une phase de ralentissement marqué. Après plusieurs années de croissance portée par le tourisme, la consommation et surtout l’immobilier, elle marque le pas. Au premier trimestre, l’activité a reculé de 0,7 % sur un an, soit une contraction plus prononcée que celle observée au niveau national (-0,5 %). Cette évolution confirme que la Corse est particulièrement sensible aux secteurs liés à la demande intérieure, et plus encore au cycle de la construction, qui représente une part sensiblement plus importante de son économie que sur le continent.

Le bâtiment est confronté, à une véritable crise en Corse

Les heures rémunérées dans la construction chutent de 5,5 % en un an, contre -1,7 % en moyenne nationale. Ce secteur représente 14,5 % de l’ensemble des heures travaillées sur l’île ; son recul suffit, à lui seul, à expliquer l’essentiel de la baisse de l’activité régionale. Depuis 2023, la remontée des taux d’intérêt, le renchérissement des coûts de construction, l’inflation persistante ainsi que le durcissement des normes environnementales ont profondément modifié les conditions économiques des projets immobiliers. La Corse, où le logement constitue depuis près de vingt ans un puissant moteur de création de richesses, subit mécaniquement un choc plus violent que la moyenne nationale. La valeur ajoutée de la construction représente 9 % du PIB en Corse contre 5 % pour l’ensemble de la France.

Cette crise apparaît d’autant plus significative qu’elle succède à une longue période d’expansion. Entre 2016 et 2017, les permis de construire avaient atteint près de 7 500 autorisations en rythme annuel. Dix ans plus tard, ce volume n’est plus que de 3 900 permis, soit une baisse de 48 %. Certes, les autorisations repartent légèrement à la hausse au premier trimestre 2026 (+8,3 % et +14,7 % sur un an), principalement grâce à la Corse-du-Sud (+28,6 %), mais cette amélioration demeure essentiellement administrative. Les promoteurs continuent de différer leurs investissements. Les mises en chantier restent bloquées à 1 800 logements, leur niveau historiquement le plus faible pour le deuxième trimestre consécutif, en recul de 21,7 % sur un an. L’écart croissant entre les permis délivrés et les constructions effectivement lancées traduit une montée des incertitudes économiques, des difficultés de financement, mais également l’abandon d’un nombre croissant de projets devenus insuffisamment rentables. De nombreux programmes peinent à trouver des acheteurs. Confrontés à des chocs à répétition depuis 2020, les ménages, tendent à reporter leurs investissements immobiliers. Les prix des logements empêchent, par ailleurs, de nombreux insulaires d’accéder à la propriété.

En Corse, le marché du travail résiste malgré tout relativement bien

L’île compte désormais 128 700 emplois salariés, un niveau stable au premier trimestre. La construction a perdu 160 emplois sur le trimestre et 550 emplois sur un an (-4,8 %). À l’inverse, l’industrie poursuit une progression modeste (+0,4 %), portée notamment par l’agroalimentaire (+1,2 %). Les services marchands conservent également leurs effectifs (+0,1 %), avec des créations dans l’hébergement-restauration (+0,5 %) et les services aux entreprises (+0,6 %). Cette résistance de l’emploi traduit une certaine inertie du marché du travail, les entreprises préférant conserver leurs salariés dans l’attente d’une éventuelle reprise plutôt que d’engager des licenciements coûteux après plusieurs années de difficultés de recrutement. Elle reflète également une diversification progressive de l’économie insulaire, portée par l’augmentation de la population résidente. Le chômage demeure, en Corse, limité à 6,8 % de la population active. Malgré une hausse de 0,5 point sur un an, il reste nettement inférieur à la moyenne nationale (8,1 %), l’écart atteignant désormais 1,3 point. Cette bonne tenue relative du marché du travail constitue l’un des paradoxes de la conjoncture corse : une activité qui ralentit sensiblement sans provoquer, pour l’instant, une dégradation massive de l’emploi. Cette situation s’explique notamment par la structure démographique de l’île, les tensions persistantes sur certaines qualifications et la place importante des emplois publics et touristiques.

Image d'illustration
Image d’illustration du secteur de la construction

Tourisme et briques

Pendant près de vingt ans, la croissance régionale s’est largement appuyée sur un triptyque associant attractivité résidentielle, développement touristique et expansion immobilière. Ce modèle semble aujourd’hui avoir atteint ses limites. Longtemps moteur de la croissance, la construction devient progressivement un facteur de ralentissement. La hausse durable des taux d’intérêt réduit la solvabilité des ménages, tandis que les coûts de construction continuent de progresser plus rapidement que les revenus.

La Corse peut difficilement espérer retrouver durablement les rythmes de croissance observés avant 2022 sans diversifier davantage son appareil productif. L’industrie demeure de taille limitée, malgré quelques performances dans l’agroalimentaire ou l’aéronautique. Les services marchands restent très dépendants de la saison touristique. Quant au secteur public, il ne peut plus jouer le rôle de principal soutien de l’emploi comme lors des années précédentes. La Corse doit attirer des entreprises en mettant en avant son cadre de vie. Dans le prolongement du projet d’autonomie, la Collectivité de Corse pourrait demander la création de deux pôles technologiques à Ajaccio et Bastia, qui pourraient prendre la forme de zones d’aménagement différé reprenant le modèle de Sophia Antipolis dans les années 1970. Par ailleurs, des projets de mise à niveau des infrastructures devraient être menés, en particulier sur les plans routier et ferroviaire, afin de faciliter la mobilité. Ces projets pourraient, en outre, soutenir l’activité du bâtiment et des travaux publics.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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