Regain d’optimisme pour l’économie française

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Regain d’optimisme pour l’économie française

L’enquête mensuelle de conjoncture du mois de juillet de la Banque de France met en évidence une économie qui, sans retrouver une croissance vigoureuse, démontre une capacité de résistance supérieure à ce que laissaient craindre les tensions géopolitiques et le ralentissement de la demande mondiale. Les quelque 8 500 entreprises interrogées entre le 26 juin et le 3 juillet brossent le portrait d’une conjoncture plus favorable, au point que la Banque de France estime désormais que le produit intérieur brut progresserait de 0,2 % au deuxième trimestre, après un recul de 0,1 % au premier trimestre.

Le redressement est d’abord industriel

La production repart dans la quasi-totalité des branches, portée par un double mouvement de rattrapage après les ralentissements de mai et par la bonne tenue de plusieurs secteurs stratégiques. L’aéronautique, la défense, les équipements électriques ainsi que les produits informatiques, électroniques et optiques demeurent les moteurs de cette reprise, bénéficiant d’une demande intérieure et internationale soutenue. L’automobile et le textile enregistrent également un rebond après des arrêts de production exceptionnellement longs au printemps. Cette amélioration se traduit par un taux d’utilisation des capacités de production qui reste élevé à 76,8 %, un niveau proche de sa moyenne de long terme et révélateur d’un appareil productif qui fonctionne désormais à un rythme relativement soutenu malgré un environnement économique encore incertain.

Les services marchands retrouvent également de l’élan. L’édition, les activités juridiques, le conseil, l’ingénierie ou encore les services de nettoyage affichent une activité en progression. Les transports bénéficient à la fois du rattrapage des perturbations de mai et de la forte demande liée aux produits alimentaires estivaux. La canicule de la seconde quinzaine de juin a toutefois rappelé combien les conditions climatiques influencent désormais directement l’économie. Si les hôtels ont profité d’une clientèle recherchant des établissements climatisés, la restauration, notamment rapide et de milieu de gamme, a vu sa fréquentation diminuer. Les entreprises ont néanmoins su s’adapter rapidement en modifiant leurs horaires de travail, limitant ainsi les pertes d’activité.

Le bâtiment participe lui aussi au redressement, mais demeure le secteur le plus fragile

L’activité rebondit nettement en juin, tant dans le gros œuvre que dans le second œuvre, principalement grâce au rattrapage des chantiers interrompus en mai. Ce sursaut ne doit cependant pas masquer la faiblesse persistante des fondamentaux. Les carnets de commandes restent dégradés et les entreprises du gros œuvre continuent de souffrir du recul de la construction de logements neufs, des maisons individuelles et du ralentissement des commandes publiques à la suite des élections municipales. La Banque de France prévoit ainsi une nouvelle contraction de la valeur ajoutée du secteur au deuxième trimestre (-0,3 % après -1,5 % au premier trimestre), faisant de la construction le principal frein à la croissance française.

Les perspectives demeurent encourageantes pour le mois de juillet. Les chefs d’entreprise anticipent une poursuite de la progression de l’activité dans l’industrie et les services, même si le rythme devrait être plus modéré qu’en juin. L’aéronautique, les équipements électriques, les technologies numériques et la pharmacie devraient continuer d’afficher une dynamique favorable. À l’inverse, l’automobile et le textile devraient connaître une normalisation après leur fort rebond. Les services conserveraient un profil solide, tandis que le bâtiment ne progresserait que marginalement, confirmant que la crise immobilière reste loin d’être résorbée.

Image d'illustration
Image d’illustration, reprise de l’industrie

Vers une normalisation ?

L’amélioration de la conjoncture s’accompagne d’un apaisement progressif des tensions économiques. Les carnets de commandes industriels se rapprochent progressivement d’un niveau jugé normal, même si plusieurs branches demeurent en difficulté, notamment l’agroalimentaire, confronté à la concurrence brésilienne et au ralentissement de la demande chinoise, ainsi que les industries du bois, du papier et des matériaux de construction. Plus significatif encore, l’indicateur d’incertitude élaboré par la Banque de France retrouve désormais les niveaux observés avant le conflit au Moyen-Orient. Les conflits internationaux continuent certes d’inquiéter les entreprises, mais elles ne constituent plus un facteur de dégradation immédiate des anticipations économiques.

Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement poursuivent également leur décrue. Seules 11 % des entreprises industrielles déclarent encore rencontrer des difficultés d’approvisionnement, contre 13 % en mai. Ces tensions restent néanmoins importantes dans l’aéronautique où elles concernent 36 % des entreprises, ainsi que dans les industries informatiques et électroniques (18 %), toujours confrontées à des difficultés d’accès à certains composants.

Inflation et emplois

Sur le front des prix, la normalisation se poursuit sans être totalement achevée. Les coûts des matières premières et de l’énergie continuent d’augmenter mais de manière beaucoup moins rapide qu’au printemps. Les entreprises répercutent encore ces hausses sur leurs prix de vente mais avec davantage de retenue. Dans l’industrie, 15 % des entreprises ont relevé leurs tarifs en juin, contre une moyenne historique de 9 %, tandis que 3 % les ont abaissés. Seules 11 % envisagent désormais de nouvelles hausses en juillet. Dans le bâtiment, 12 % des entreprises ont augmenté leurs devis et 8 % prévoient encore de le faire prochainement, preuve que la faiblesse de la demande limite désormais leur capacité à répercuter intégralement les coûts de production.

Le marché du travail demeure relativement tendu malgré le ralentissement économique. Les difficultés de recrutement concernent 18 % des entreprises, contre 17 % en mai. Elles atteignent même 26 % dans le bâtiment où le manque de main-d’œuvre qualifiée reste particulièrement prononcé. Cette situation traduit un paradoxe désormais classique de l’économie française : une croissance modérée coexiste avec des pénuries persistantes de compétences dans plusieurs métiers techniques sur fond de chômage élevé.

L’enquête de la Banque de France confirme que l’économie française poursuit sa lente sortie de la phase de faiblesse observée depuis le début de l’année. L’industrie retrouve progressivement son rôle de moteur de l’activité, les services renouent avec une croissance plus soutenue et les tensions inflationnistes continuent de s’atténuer. Pénalisée par une demande insuffisante et un marché immobilier toujours déprimé, la construction demeure, en revanche, le principal point noir de la conjoncture, La croissance de 0,2 % attendue au deuxième trimestre reste modeste, mais elle traduit une capacité de résistance appréciable dans un environnement international encore marqué par les incertitudes géopolitiques, les tensions commerciales et la normalisation progressive des politiques monétaires.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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