Le Sénat participe activement le débat sur l’avenir de l’enseignement français à l’étranger. Après trois mois de travaux, la mission d’information de la commission de la Culture et de l’Éducation vient de rendre un rapport. Celui-ci formule 32 recommandations pour garantir la pérennité du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Parmi les propositions les plus marquantes figure la suspension de l’objectif Cap 2030, lancé par Emmanuel Macron, qui vise à doubler les effectifs du réseau. Yan Chantrel, co-rapporteur, est l’invité Lesfrancais.press pour nous expliquer pourquoi.
Écouter le podcast avec Yan Chantrel
AEFE : un réseau confronté à une crise budgétaire
Co-rapporteur de cette mission transpartisane, le sénateur des Français établis hors de France, Yan Chantrel, détaille, au cours de ce podcast, les constats de cette mission et les solutions avancées pour enrayer les difficultés financières qui fragilisent les établissements. Pour notre invité, le réseau traverse « une crise, notamment budgétaire », aggravée par les décisions prises par le conseil d’administration de l’AEFE en décembre 2025. L’objectif des travaux était ainsi d’établir un diagnostic de l’état du réseau afin de proposer des mesures concrètes.
« L’éducation, ce n’est pas n’est pas un marché »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France
Lors de cette interview, le sénateur insiste sur le caractère transpartisan de cette démarche, rappelant que les quatre rapporteurs représentent des sensibilités politiques différentes (Mathilde Ollivier Les Écologistes, Français établis hors de France, Yan Chantrel, PS, Français établis hors de France, Georges Naturel Les Républicains, Nouvelle-Calédonie et Claude Kern, Union Centriste, Bas-Rhin),et que le rapport a été adopté à l’unanimité par la commission.
Malgré les excellents résultats obtenus au baccalauréat, deux préoccupations majeures ressortent des auditions : la hausse continue des frais de scolarité et la préservation de la qualité pédagogique, notamment grâce aux enseignants détachés de l’Éducation nationale.
Cap 2030 : un objectif jugé irréaliste
L’une des recommandations les plus commentées consiste à suspendre l’objectif Cap 2030. Pour Yan Chantrel, le principe d’accueillir davantage d’élèves n’est pas contesté. En revanche, il estime que cet objectif a été fixé sans les moyens financiers nécessaires.

Selon lui, le développement du réseau s’est effectué principalement par l’intermédiaire des établissements partenaires, modifiant progressivement l’équilibre historique de l’AEFE. Il résume ainsi le problème : « on n’est pas contre l’accroissement du nombre d’élèves », mais celui-ci doit être accompagné d’une véritable stratégie et de financements adaptés. Le rapport recommande donc de consolider d’abord les établissements existants avant de définir une nouvelle trajectoire de développement plus progressive et mieux planifiée.
Des mesures budgétaires dès le prochain budget
Parmi les propositions jugées prioritaires figure la compensation partielle des pensions civiles des enseignants détachés. Aujourd’hui, une partie importante de cette charge est supportée directement par l’AEFE, ce qui réduit ses marges de manœuvre financières et contribue aux augmentations de frais de scolarité et aux critiques.
« On veut qu’il y ait une prévisibilité au moins sur un cycle de trois ans pour que les familles puissent avoir une visibilité budgétaire pour la scolarisation de leurs enfants à long terme dans le réseau. »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français de l’étranger
Les rapporteurs proposent ainsi que l’État prenne en charge environ 30 millions d’euros supplémentaires dès le prochain budget, permettant de couvrir la moitié du déficit actuel lié à ces pensions. Pour Yan Chantrel, cette mesure constituerait une première avancée concrète susceptible d’alléger durablement la situation financière de l’Agence.
Frais de scolarité : vers un bouclier tarifaire pour les familles ?
Le rapport plaide également pour un mécanisme permettant de limiter les hausses brutales des frais de scolarité. L’objectif est d’offrir davantage de visibilité aux familles grâce à une programmation sur plusieurs années. Le sénateur estime que les parents doivent pouvoir anticiper le coût de la scolarisation de leurs enfants sans subir d’augmentations imprévues. « On veut qu’il y ait une prévisibilité au moins sur un cycle de trois ans pour que les familles puissent avoir une visibilité budgétaire pour la scolarisation de leurs enfants à long terme dans le réseau », indique-t-il.

Parallèlement, les sénateurs souhaitent revoir le fonctionnement des bourses scolaires afin de mieux accompagner les classes moyennes, souvent exclues des dispositifs actuels, tout en rencontrant de réelles difficultés financières.
Interrogé sur l’évolution du réseau, Yan Chantrel met en garde contre une logique de profits. À ses yeux, l’enseignement français à l’étranger doit rester accessible et ne pas devenir un simple secteur concurrentiel. « L’éducation, ce n’est pas n’est pas un marché », affirme-t-il, rappelant que la richesse du réseau repose aussi sur sa mixité, puisque près de 70 % des élèves sont étrangers. Cette diversité contribue selon lui au rayonnement de la France et au développement des coopérations internationales.
Des divergences avec le rapport de Samantha Cazebonne
Le sénateur compare également son travail avec celui conduit par Samantha Cazebonne, remis récemment au Premier ministre. S’il reconnaît des convergences sur plusieurs aspects administratifs, il estime que les deux rapports diffèrent sur les réponses budgétaires à apporter. Il regrette notamment l’absence de propositions concernant la compensation des pensions civiles, qu’il considère comme la principale difficulté structurelle de l’AEFE.
« Dans le rapport Cazebonne, sur les pensions civiles, par exemple, je remarque qu’il n’y a pas de proposition pour ces prises en charge, alors que c’est la problématique principale. »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français de l’étranger
À l’inverse, la mission sénatoriale défend une augmentation des moyens consacrés au réseau ainsi qu’un assouplissement de certaines règles concernant les personnels, notamment l’allongement de la durée maximale de détachement de six à neuf ans.
Alexandre Morois attendu sur les moyens de l’Agence
Concernant la nomination d’Alexandre Morois à la direction générale de l’AEFE, Yan Chantrel refuse de tirer des conclusions hâtives. Pour lui, les difficultés de l’Agence relèvent avant tout des choix budgétaires décidés par le Parlement et le Gouvernement. Il indique vouloir travailler rapidement avec le nouveau directeur général afin de mettre en œuvre les recommandations du Sénat et renforcer durablement le réseau.
À quelques mois de l’élection présidentielle, Yan Chantrel estime que l’avenir et les changements envisagés pour l’enseignement français à l’étranger mérite de devenir un véritable sujet de débat national. Avec plusieurs rapports publiés ou attendus sur l’AEFE, il considère que les Français de l’étranger doivent pouvoir comparer les différentes orientations proposées avant de choisir le projet qu’ils souhaitent voir porté au sommet de l’État pour les écoles tricolores en dehors du territoire national.
Sur le plan politique, le sénateur confirme son souhait de voir émerger une candidature commune de la gauche à travers une primaire ouverte, tout en rappelant que certaines formations, comme La France insoumise, ont déjà choisi leur propre candidat.







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