Suite à l’adoption du rapport de la mission d’information sénatoriale sur l’enseignement français à l’étranger, Mathilde Ollivier et Mélanie Vogel, sénatrices écologistes représentant les Français·es de l’étranger et les élu·es écologistes et Volt à l’Assemblée des Français de l’étranger, ont rédigé cette tribune que Lesfrancais.press propose en intégralité à votre lecture. À l’approche des arbitrages budgétaires et des réflexions sur les futures réformes de l’AEFE, ce texte appelle à un « changement de cap en faveur d’un réinvestissement de l’État dans ce service public stratégique ».
Lire la tribune :
« 400 000 élèves, 138 pays, plus de 600 établissements. Le réseau d’enseignement français à l’étranger est l’un des instruments les plus précieux de notre présence au-delà de nos frontières : un service essentiel pour nos compatriotes établi·es hors de France, un outil d’influence vecteur de notre patrimoine culturel et linguistique et de nos valeurs humanistes. Ce réseau porte une promesse, faite aux familles françaises comme aux familles étrangères et aux partenaires éducatifs locaux, celle d’une école républicaine accessible à toutes et tous et présente presque partout.
Ce modèle est aujourd’hui à un tournant et deux visions s’affrontent.
La première voit dans l’enseignement français à l’étranger un marché en expansion, dont le développement doit être financé par les familles et ouvert aux logiques de gestion privée. Depuis plus d’une décennie, cette politique « d’expansion » supposée s’est en réalité traduite par une baisse des contributions publiques à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et la suppression de plus de 1200 postes d’enseignants dans le réseau. Les conséquences sont visibles partout : hausse continue des coûts liés à la scolarité, exclusion progressive des classes moyennes, fragilisation des établissements historiques en gestion directe et conventionnés, problèmes accrus de formation et de précarisation des personnels.
« Depuis 2017, les gouvernements successifs, ont suivi la même logique : annoncer le doublement du nombre d'élèves sans moyens supplémentaires. »
La seconde, que nous défendons, y voit un service public porteur d’une mission éducative, culturelle et d’influence, qui doit rester accessible à toutes et tous, et devenir un tremplin plus solide vers notre enseignement supérieur. Nous y voyons aussi un outil de coopération culturelle mis en danger par le retrait de l’État et des politiques ambiguës d’attributions de visas aux élèves du réseau à qui on avait promis un accès aisé aux universités françaises.
Depuis 2017, les gouvernements successifs, ont suivi la même logique : annoncer le doublement du nombre d’élèves sans moyens supplémentaires privant ainsi l’agence d’entretenir et de construire les établissements censés accueillir ces élèves, réduire les financements de l’AEFE et laisser le poids des pensions déséquilibrer l’opérateur, et finalement fragiliser l’agence tout en lui faisant porter la responsabilité de leurs propres politiques. Cette posture est irresponsable. Nous refusons cette trajectoire.

L’éducation n’est pas une marchandise et la mobilité internationale ne peut être un facteur de renoncement au droit à l’éducation. C’est pourquoi nous continuons de demander un engagement financier de l’État à la hauteur des enjeux : par une compensation des charges transférées à l’opérateur public, un soutien renforcé aux établissements AEFE notamment pour leurs projets de rénovation immobiliers, un moratoire sur la hausse des frais de scolarité et le renforcement d’un système de bourses devenu insuffisant.
Ce n’est pas seulement notre propre conviction écologiste. Pour la première fois, au Sénat, la droite et le centre ont enfin reconnu, dans un rapport transpartisan, ce sur quoi nous alertons depuis longtemps : les difficultés du réseau tiennent d’abord à des choix budgétaires et au désengagement de l’État.
« L'avenir de l'enseignement français à l'étranger est un choix politique. »
Fait rare, cet accord ne s’arrête pas au diagnostic : les membres de la commission de la culture, de l’éducation et de l’enseignement du Sénat, et les rapporteurs de toutes les sensibilités, ont voté à l’unanimité pour que l’État reprenne une part de la charge des pensions civiles qu’il a lui-même transféré à l’opérateur public. C’est un premier pas particulièrement important pour obtenir la prise en charge totale et pérenne par l’État que nous demandons depuis plusieurs années, tant à l’Assemblée des Français de l’étranger qu’au Parlement. C’est ce principe que nous entendons faire vivre : la contribution des familles et des établissements peut compléter l’engagement de l’État, jamais s’y substituer.
Nous défendons également une école plus inclusive, capable d’accueillir tous les élèves, notamment celles et ceux en situation de handicap et de besoins éducatifs particuliers, et un réseau qui demeure une vitrine du multilinguisme, de l’ouverture au monde et de la compréhension des grands enjeux d’aujourd’hui et de demain, au premier rang desquels le climat et l’environnement.
L’avenir de l’enseignement français à l’étranger est un choix politique. Voulons-nous un réseau en retrait et réservé à quelques-uns, toujours plus coûteux pour les familles et soumis aux logiques de marché ? Ou préférons-nous préserver un service public d’éducation reconnu pour son excellence pédagogique, fidèle aux valeurs de la République et garantissant l’égalité d’accès ?
« Le déclin du réseau n'a rien d'une fatalité, pas même budgétaire »
Ce que nous, Écologistes, défendions parfois seuls, la représentation nationale le porte désormais par-delà les clivages : le déclin du réseau n’a rien d’une fatalité, pas même budgétaire. Cette convergence, rare, doit maintenant se traduire en actes à l’approche des arbitrages budgétaires de l’automne. Au Parlement comme à l’Assemblée des Français de l’étranger, les écologistes veilleront à ce que le réseau d’enseignement français soit soutenu par un engagement renouvelé de la Nation. »
Signataires :
Mélanie Vogel – Sénatrice des Français·es de l’étranger
Mathilde Ollivier – Sénatrice des Français·es de l’étranger
François Ralle Andreoli – Conseiller écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Péninsule ibérique, ancien administrateur au CA de l’AEFE
Valérie Patreau – Conseillère écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Canada
Vincent Liegey – Conseiller à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Europe centrale et orientale
Marie-Ange Amico – Conseillère écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Europe méditerranéenne
Oussama Laraichi – Conseiller écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – États-Unis
Anju Chazot – Conseillère écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Asie et Océanie
Catherine Libeaut – Ancienne Conseillère écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – vice-présidente de la Commission de l’Enseignement, des affaires culturelles, de la francophonie et de l’audiovisuel extérieur
Mathieu Chollet – Conseiller écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Europe du Nord
Ana Saint-Dizier – Ancienne Conseillère à l’Assemblée des Français de l’Étranger – administratrice du CA AEFE
Jean-Baka Domelevo Entfellner – Conseiller écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Afrique centrale, australe et orientale
Marie-Julie Jacquemot – Conseillère Volt à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Allemagne, Suisse, Autriche Slovénie et Slovaquie
Benoit Marin Cudraz – Conseiller écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Europe du Nord
Géraldine Guillemot Peacock – Conseillère écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Asie et Océanie
Thomas Bassetto – Conseiller écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Europe du Nord
Armelle Hammoumi Müller – Conseillère écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Europe centrale et orientale
Jérôme Guillot – Conseiller écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Amérique du Sud et Caraïbes
Ilham Chahdi – Conseillère écologiste à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Allemagne, Suisse, Autriche Slovénie et Slovaquie
Marie-Emmanuelle Moquet – Conseillère à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Europe du Nord Jean-Philippe Grange – Conseiller à l’Assemblée des Français de l’Étranger – Asie et Océanie







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