À l’occasion du 250ème anniversaire de l’indépendance des États-Unis et en pleine effervescence de la Coupe du monde de football en Amérique du Nord, le député des Français établis hors de France, Christopher Weissberg, a accordé un entretien exclusif à Lesfrancais.press. Entre crispations diplomatiques sous l’ère Trump, inquiétudes grandissantes de la communauté expatriée face au durcissement des visas et ferveur populaire autour des Bleus, le parlementaire livre une analyse sans concession mais résolument optimiste de la réalité du terrain.
Écouter le podcast avec Christopher Weissberg
Un 250ème anniversaire entre ferveur historique et diplomatie de l’« hyper égo »
L’année 2026 marque un jalon historique outre-Atlantique : le quart de millénaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis. Un événement où la France, alliée historique, occupe une place de choix. Christopher Weissberg, suppléant du ministre Roland Lescure et de retour sur les bancs de l’Assemblée nationale, a pu en mesurer toute l’intensité symbolique : « J’étais à la Statue de la Liberté. On a eu un très, très bel événement, puisque la France a amené la Patrouille de France au-dessus de la Statue de la Liberté. Et on en a profité pour célébrer le 250e anniversaire avec nos amis américains sur Liberty Island. C’était un très, très beau moment. »
« Oui, la France est influente (aux Etats-Unis) et oui, la France a un rôle à jouer. »
Christopher Weissberg, député de la 1ère circonscription des Français de l’étranger, Etats-Unis-Canada
Pourtant, derrière le faste des célébrations et le passage magistral des Alphajets tricolores dans le ciel new-yorkais, le climat politique entre Paris et Washington s’avère complexe. Face à une Maison-Blanche imprévisible sous la direction de Donald Trump, le député ne cache pas la singularité de la situation actuelle. « On a une administration un peu inédite qui gère le pays, qui gère les États-Unis et ses relations internationales de façon totalement inédite par rapport à ce qu’a été l’histoire de ce pays » constate-t-il sur nos antennes.
Dans ce contexte mouvant où même les partenaires historiques comme le Canada ou la France se retrouvent déstabilisés, la France tente de maintenir son influence en misant sur une diplomatie directe et personnalisée. Selon Christopher Weissberg, le président Emmanuel Macron parvient à tirer son épingle du jeu : « Le président de la République a su manier cet hyper égo qui évidemment ne fait rien comme tout le monde et ne fait absolument pas ce que sont les usages en matière de diplomatie. Donc oui, la France est influente et oui, la France a un rôle à jouer. » Une influence qui s’illustre notamment sur le dossier ukrainien, où Paris s’efforce de faire bouger les lignes auprès d’un exécutif américain insaisissable.
Le blues des visas : quand les expatriés français se découvrent « immigrés »
Sur le terrain, le discours est nettement plus alarmant. Interrogé sur les retours de ses administrés, le député de la circonscription d’Amérique du Nord confie observer un changement radical de paradigme psychologique et administratif chez nos compatriotes. Un véritable tournant par rapport à son premier mandat.

« C’est une période très, très différente », analyse l’élu. « Je pense que je n’ai jamais vu des Français qui ont autant le sentiment aujourd’hui d’être des immigrés et pas simplement des expatriés ou des Français qui habitent en Amérique. C’est-à-dire qu’il y a un sentiment quand même d’inquiétude dans la manière dont l’administration est en train de gérer les visas. Et ça, c’est quelque chose que je n’avais absolument jamais vu auparavant » déclare-t-il.
Aux États-Unis : une communauté française à deux vitesses face aux restrictions
Les situations s’avèrent très hétérogènes selon le statut légal des résidents :
- Les binationaux (franco-américains) : Préservés de l’insécurité juridique, bien que parfois décontenancés par le climat ambiant.
- Les détenteurs de la Green Card : Plus rassurés, ils redoublent néanmoins de prudence, notamment sur leur communication publique et les réseaux sociaux.
- Les titulaires de visas temporaires (H2, chercheurs, investisseurs) : Soumis à une pression maximale et à des quotas drastiques.
Cette pression de l’administration américaine produit des effets collatéraux inédits sur le fonctionnement démocratique de la communauté française.
« Je pense que je n’ai jamais vu des Français qui ont autant le sentiment aujourd’hui d’être des immigrés et pas simplement des expatriés ou des Français qui habitent en Amérique. »
Christopher Weissberg, député de la 1ère circonscription des Français de l’étranger, Etats-Unis-Canada
Notre invité rapporte ainsi le témoignage de citoyens renonçant à s’engager dans la vie locale par peur des représailles : « J’ai vu beaucoup de personnes qui n’ont pas voulu s’investir forcément sur des listes (aux élections consulaires N.D.L.R.) parce qu’ils étaient inquiets sur la possibilité d’être mis en difficulté par l’administration américaine s’ils étaient trop politisés, s’ils rentraient en conflit avec l’administration. »
Ce climat d’incertitude provoque un double mouvement migratoire : si certains Français choisissent de se faire recenser massivement au registre auprès des consulats pour se sécuriser, d’autres, découragés par la bureaucratie américaine, font le choix du retour définitif en France.
Coupe du monde 2026 : la « fièvre bleue » s’empare de l’Amérique
Heureusement, le sport offre une parenthèse enchantée et un puissant vecteur de rayonnement pour la France. Alors que les États-Unis, le Canada et le Mexique co-organisent la Coupe du monde de football. La communauté française vibre à l’unisson derrière les hommes de Didier Deschamps. Un engouement qui dépasse largement les frontières de la communauté expatriée.

« Dès qu’on porte le maillot bleu, on se fait arrêter dans la rue à coups d’aller les bleus, parfois avec un petit accent américain, mais souvent avec un accent français et francophone. Il y a un engouement incroyable », se réjouit le député. À tel point que la France est devenue l’attraction majeure du tournoi sur le sol américain : « J’ai l’impression que l’équipe de France, c’est ce qu’était l’équipe du Brésil il y a une dizaine ou une vingtaine d’années, c’est-à-dire l’équipe la plus spectaculaire du monde et que tout le monde a envie de voir gagner. »
« Si on gagne la Coupe du Monde, je ferai absolument tout ce qu’il faut pour rassembler nos Français en faisant une tournée dans toute la circonscription avec le maillot des bleus.»
Christopher Weissberg, député de la 1ère circonscription des Français de l’étranger, Etats-Unis-Canada
Cette popularité fulgurante se traduit par une véritable pénurie commerciale dans les mégapoles américaines. « C’est clairement l’équipe la plus populaire. Je peux vous dire que quand on veut acheter un maillot des bleus dans New York, c’est très, très difficile. On trouve tous les maillots de toutes les équipes, mais les maillots des bleus sont trop demandés et donc ils sont en rupture de stock », confie Christopher Weissberg.
Un pari fou en cas de troisième étoile
Premier supporter de sa circonscription, le député a lui-même donné de la voix dans les fan zones, notamment lors du choc mémorable contre la Suède à New York. Et à l’approche de la finale du 21 juillet, l’élu s’est laissé aller à un pari spontané en cas de sacre mondial : « Si on gagne la Coupe du Monde, je ferai absolument tout ce qu’il faut pour rassembler nos Français en faisant une tournée dans toute la circonscription avec le maillot des bleus. » Une promesse de proximité pour célébrer, peut-être, une troisième étoile qui viendrait illuminer l’été des Français d’Amérique du Nord…et de tous nos compatriotes à l’étranger et sur le territoire national.







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