Au moment où le ballon roule enfin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, une question méritait d’être posée à celles et ceux qui vivent loin de l’Hexagone : la Coupe du Monde 2026 fait-elle vibrer les Français de l’étranger autant que leurs compatriotes restés au pays ? Pour le savoir, Lesfrancais.press a lancé du samedi 6 au vendredi 12 juin 2026 une consultation auprès de sa communauté. Plus de 5 000 réponses sont remontées des quatre coins du monde, offrant une photographie inédite de l’état d’esprit des expatriés à la veille du Mondial. Cette démarche s’inscrit dans le prolongement de notre couverture éditoriale, de notre guide pour suivre l’équipe de France à notre carte interactive recensant où voir les matchs des Bleus à l’étranger entre Français. Première compétition à 48 équipes, organisée sur trois pays du 11 juin au 19 juillet, ce Mondial nord-américain est un rendez-vous historique. Mais il pose aussi des défis très concrets aux Français de l’étranger : décalage horaire, éloignement des stades, isolement parfois, et un contexte politique américain qui ne laisse personne indifférent.
Qui a répondu, et depuis où ?
La première question invitait chaque participant à indiquer son consulat de rattachement. Le résultat dessine une cartographie fidèle de la présence française dans le monde, fortement concentrée sur l’Europe mais largement ouverte aux autres continents.

Sans surprise, l’Europe domine avec près d’une réponse sur deux (49,9 %, soit 1 890 participants géolocalisés). Les communautés françaises des pays frontaliers répondent en masse : Bruxelles arrive en tête de tous les consulats (270 réponses), devant Londres et Madrid. L’Afrique constitue le deuxième pôle (19,8 %), portée par les fortes communautés d’Afrique du Sud, du Maghreb et de Madagascar, Johannesburg figurant d’ailleurs parmi les cinq consulats les plus mobilisés. L’Amérique du Nord (15,3 %) complète le podium, un poids logique alors que la compétition s’y déroule ainsi Montréal égale Londres avec 200 réponses, suivie de San Francisco et Los Angeles.
Viennent ensuite l’Amérique latine et les Caraïbes (6,3 %), l’Asie-Océanie (5,0 %) et le Proche et Moyen-Orient (3,7 %). Cette répartition reflète assez fidèlement la géographie réelle des Français inscrits au registre des consulats, où l’Europe et l’Amérique du Nord pèsent traditionnellement le plus lourd. Elle confère à notre consultation une représentativité solide pour lire le ressenti des expatriés.
Un intérêt plus mesuré qu’en métropole
La deuxième question allait droit au but : « La Coupe du Monde 2026 vous intéresse-t-elle ? » La réponse est nuancée, et c’est peut-être le premier enseignement marquant de cette consultation.

Seuls 44 % des Français de l’étranger se disent intéressés par le Mondial, 20 % « énormément » et 24 % « un peu ». À l’inverse, une majorité (56 %) affiche son détachement, dont 38 % qui ne s’y intéressent « pas du tout ». Un chiffre qui interpelle au regard de la ferveur habituellement associée à l’équipe de France.
La comparaison avec les résidents en métropole est éclairante. Selon le baromètre Sport Odoxa-Winamax-RTL réalisé les 3 et 4 juin 2026, 57 % des Français comptent suivre la compétition, en hausse de 7 points par rapport au Mondial 2022. L’enquête Ipsos bva « Les Français et la Coupe du Monde 2026 », publiée le 11 juin, situe l’intention de suivi à 50 %, avec 39 % de désintéressés.
On le constate, l’écart est net ! les expatriés se montrent sensiblement plus tièdes que leurs compatriotes de métropole. Plusieurs facteurs l’expliquent. Le décalage horaire d’abord, la France disputant l’intégralité de sa phase de poules sur la côte Est des États-Unis, les matchs tombent en pleine nuit pour l’Asie, l’Océanie ou une partie de l’Afrique. L’éloignement de l’ambiance hexagonale ensuite, la difficulté d’accéder aux diffuseurs habituels, et une vie quotidienne où le football français n’occupe pas la même place que dans l’Hexagone. Ce désintérêt apparent est donc d’abord une affaire de contexte et de logistique, plus que de patriotisme sportif.
Les Bleus, favoris malgré tout
Si l’intérêt est partagé, la confiance dans l’équipe de France reste, elle, bien réelle. Les questions 3 et 4 le confirment, à condition de regarder de près qui répond.

Interrogés sur le parcours qu’ils imaginent pour les Bleus, 47 % des répondants voient l’équipe de France atteindre au minimum la finale (25 % la finale et 22 % une victoire finale). Seuls 1 % anticipent une élimination dès le premier tour. À noter toutefois la prudence d’une part importante du public : 31 % répondent « aucune idée », signe que beaucoup suivront sans pronostic arrêté.
Ce niveau de confiance est cohérent avec celui mesuré en métropole, tout en restant plus mesuré sur la victoire finale. Selon le baromètre Odoxa relayé par Le Figaro, 40 % des Français voient les Bleus favoris de la compétition, loin devant l’Espagne (11 %) et le Brésil (9 %). L’enquête Ipsos bva désigne quant à elle la France vainqueure pour 38 % des sondés. Du côté d’ELABE-BFMTV-RMC, 81 % des Français voient les Bleus atteindre au moins les quarts de finale et 60 % le dernier carré, mais seulement 15 % les imaginent champions.
Les Français de l’étranger se situent donc dans la moyenne haute de l’optimisme national. L’attachement aux Bleus traverse manifestement les frontières.

L’état d’esprit avec lequel les expatriés aborderont la compétition confirme ce paradoxe d’un intérêt sélectif mais loyal. Quatre répondants sur dix (40 %) déclarent qu’ils suivront « surtout les matchs des Bleus » ou ne manqueront rien (9 % se disent « très engagés »). À l’opposé, 39 % se disent « pas vraiment intéressés ». Entre les deux, 22 % ne regarderont que les grandes affiches. Le message est clair : même les moins passionnés feront une exception pour l’équipe de France. Le maillot tricolore reste un puissant moteur d’audience, jusqu’au bout du monde.
Le Mondial pratique : où, comment et avec qui ?
Suivre les Bleus depuis l’étranger, c’est aussi une question d’organisation. Les questions 5 et 6 dressent le portrait des habitudes de visionnage des expatriés et de leur rapport à la communauté française.

Sans surprise, la maison reste le premier point de ralliement : 51 % comptent regarder les matchs chez eux, à la télévision ou en streaming. Le décalage horaire et l’accès parfois compliqué aux diffuseurs y sont pour beaucoup. Mais l’envie de vivre le Mondial collectivement n’a pas disparu, un quart des répondants (26 %) prévoient de sortir, 18 % dans un bar ou un restaurant, 6 % profiteront d’un événement organisé par une association française locale, et 3 % se rendront dans une fan zone officielle.
C’est précisément pour ces supporters que Lesfrancais.press a recensé, ville par ville, les meilleurs bars, fan zones et lieux de communauté française pour voir les matchs : la Fans Zone de l’Union des Français de Belgique à Bruxelles, O’Connell St Pub à Madrid, Smithfield Hall à New York, la Station des Sports à Montréal ou encore Le Cabestan à Casablanca. Autant d’adresses pour transformer un match nocturne en moment de partage.

Car la Coupe du Monde demeure, pour beaucoup, une occasion de retrouver la communauté française sur place. Près d’un répondant sur deux y est ouvert : 14 % y voient « un moment important de rassemblement » et 35 % se disent prêts à se retrouver « si l’occasion se présente ». Seul un quart (25 %) préfère suivre la compétition de son côté, tandis que 27 % n’ont pas encore tranché. Pour les associations, Alliances françaises, lycées et chambres de commerce qui organisent projections et rassemblements, le potentiel d’animation est donc considérable, à condition d’aller chercher ce public encore hésitant.
Un Mondial sous tension, mais un soutien intact
Reste une singularité de cette édition 2026 : son contexte politique. La septième et dernière question portait sur l’effet de la présidence de Donald Trump sur la perception de l’événement.

La réponse surprend par sa tonalité offensive. 44 % des répondants affirment que cela leur « donne encore plus envie de suivre l’événement », comme une forme de réaffirmation par le sport. À l’inverse, 17 % se disent « mal à l’aise », tandis que 29 % estiment que cela ne change rien et 10 % ne savent pas. Loin de détourner les Français de l’étranger du Mondial, le contexte américain semble plutôt aiguiser l’attachement d’une partie d’entre eux à la compétition et à leur sélection.
Au terme de cette consultation, le portrait qui se dessine est celui d’une communauté lucide mais fidèle. Moins fébrile que la métropole sur le papier, l’expatriation impose ses contraintes (décalage horaire, distance, quotidien bien rempli). Mais dès que les Bleus entrent en scène, l’attachement reprend le dessus : confiance dans le parcours, fidélité aux matchs de l’équipe de France, envie de se retrouver entre compatriotes. Où que vous viviez, dans un salon à Sydney, un bar à Montréal ou une fan zone à Bruxelles, une chose ne change pas : allez les Bleus !
Méthodologie : consultation en ligne menée par Lesfrancais.press du 6 au 12 juin 2026 auprès de sa communauté de lecteurs établis hors de France ; plus de 5 000 réponses recueillies. Les pourcentages sont arrondis ; pour les questions à choix multiple, le total peut dépasser 100 %. Comparaisons issues des baromètres Odoxa-Winamax-RTL, Ipsos bva et ELABE-BFMTV-RMC.







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