Il s’appelle Alexandre Morois et il a 52 ans. L’actuel directeur des affaires financières du Quai d’Orsay sera nommé dans les jours qui viennent Directeur de l’agence pour l’enseignement français à l’étranger. L’AEFE se donne un nouveau patron alors que la tempête fait rage.
Alexandre Morois : un pur produit du Quai d’Orsay
C’est un diplômé de Sciences Po Paris (1995) qui arrive à la tête de l’AEFE après 30 ans de service diplomatique. Entré au ministère des Affaires étrangères en 1996 comme secrétaire des affaires étrangères il a effectué toute sa carrière dans la filière diplomatique classique du Quai d’Orsay. On retiendra notamment dans ses affectations à l’étranger qu’il a été numéro 2 de l’Ambassade de France auprès du Saint-Siège dans les années 2000. Et Premier conseiller à l’Ambassade de France en Grèce entre 2012 et 2016.
S’il a connu une mobilité hors du ministère comme chargé de mission « Affaires étrangères et Défense » au Secrétariat général du Gouvernement de 2016 à 2019 il a été globalement fidèle à son ministère d’origine. Ce sont ses fonctions en administration centrale à Paris qui lui ont permis de développer une connaissance fine de la haute administration et de ses mécanismes.Sous-directeur de la politique des ressources humaines du ministère de 2019 à 2023 il a piloté notamment les questions de gestion des effectifs, de carrières et de réforme de la fonction publique.
« Alexandre Morois, prochain DG de l’AEFE, a effectué toute sa carrière dans la filière diplomatique classique du Quai d’Orsay »
Nommé directeur des affaires financières du ministère à compter du 1er septembre 2023 pour trois ans il supervise depuis le budget du ministère, le pilotage de la performance, les achats, la stratégie financière et les moyens du réseau diplomatique mondial.
il a été à ce titre l’un des principaux négociateurs techniques avec la Direction du Budget de Bercy. C’est sous sa gouverne que les crédits du programme 185 (« Diplomatie culturelle et d’influence ») ont subi une réduction importante et que la subvention de l’agence a été diminuée.
Mais c’est bien sûr la réforme financière de l’AEFE qui témoigne de son influence sinon de sa marque. Depuis que la tutelle du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères (MEAE) a repris la main sur l’agence à partir de juillet 2025 il a été un acteur discret mais important de l’édification des délibérations votées d’une courte tête au Conseil d’administration du 13 décembre 2025.
Si la réforme est apparue comme essentiellement comptable jusqu’à ce jour, c’est parce que ce financier n’a pas hésité à valider des arbitrages qui mettent les établissements sous pression. Anne Grillo, la puissante directrice générale de la mondialisation, pilote de fait des choix stratégiques de la réforme, aurait donc trouvé en lui un allié fidèle. Cette nomination à la tête de l’AEFE, relativement inattendue en raison du profil d’un diplomate, jusqu’à aujourd’hui, peu féru de coopération éducative ou francophone, est en revanche parfaitement logique si l’on se réfère aux décisions prises ces douze derniers mois.
Les chantiers de l’AEFE qui l’attendent
Avec des associations de parents et des représentants des personnels opposés à la réforme la première tâche qui attend le nouveau directeur relève de la pédagogie financière : Il aura à expliquer et justifier des choix financiers qu’il a grandement influencés sinon portés en coulisse.

Les établissements conventionnés sont pour l’heure une majorité à ne pas avoir signé l’avenant qui intègre les nouvelles contributions financières. Un bras de fer est en cours entre Paris et les comités de gestion qui pilotent ces établissements conventionnés. Des menaces de déconventionnements sont évoquées de plus en plus fortement dans le réseau, certains comités de gestion refusant les nouvelles conditions financières et le financement des pensions civiles des personnes détachés. Le nouveau directeur ne souhaitera sûrement pas que son arrivée coïncide avec une vague de déconventionnements. Il devra être un relais entre Paris et les établissements en fronde.
Les personnels ont par ailleurs été convoqués le 17 juin pour évoquer un chantier urgent : la réforme des prestations familiales attendue pour la rentrée scolaire de septembre. Si les syndicats sont partagés sur le sujet c’est encore une fois un sujet financier qui sera sur la table et qui fera débat.
Alors que les parlementaires sont en embuscade, plusieurs missions de députés et sénateurs sont en cours et que le rapport de la sénatrice Cazebonne est attendu, le nouveau directeur général va se retrouver en première ligne face aux choix politiques sur l’avenir du réseau. Reformer les structures de gouvernance des établissements ou toucher au statut des personnels réclamerait un courage politique qui semble peu partagé à l’heure qu’il est. Et le nouveau directeur général ne semble ni un boute-feu de carrière ni un kamikaze de tempérament.
« La réforme structurelle de l'AEFE se résumera, elle donc à une remise en ordre de ses finances ? »
La réforme structurelle de l’AEFE se résumera, elle donc à une remise en ordre de ses finances ? Dans tous les cas les personnels attendent un capitaine capable de défendre l’Agence face à ses détracteurs.
Mais entre les couloirs feutrés du Quai d’Orsay et les cours d’école française à l’étranger il y a parfois un monde. Prendre la tête de l’AEFE ressemble peut être tout simplement pour Alexandre Morois à la découverte d’un nouveau monde…scolaire.
Dans un rôle très exposé politiquement
Et la conquête de tout nouveau monde réclame parfois de se réinventer. Financier hier, champion de la diplomatie scolaire demain ? Le défi est grand, la métamorphose peut s’évèrer délicate et l’AEFE a déjà vu trébucher celle qui l’a précédé comme directrice dans un rôle exposé.
La séquence politique qui s’ouvre pourrait voir les candidats à la présidentielle s’emparer du sujet de la diplomatie éducative. Et remettre en cause les choix financiers opérés. Le nouveau directeur pourrait se retrouver très vite assigné au rôle de comptable de la réforme décriée. Ou au contraire trouver une nouvelle dimension : celle du premier défenseur d’une institution et d’un réseau mondial qui font la fierté de la France, des élèves, des personnels et des parents.







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