Face à la montée des attaques informationnelles visant la France et ses intérêts, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères déploie depuis plusieurs mois une nouvelle stratégie. Avec le compte « French Response » présent sur les réseaux sociaux X et TikTok, la diplomatie française adopte un ton inédit, mêlant réactivité, humour et dissuasion pour faire face aux fausses nouvelles. Explications de ce choix de riposte dans cet entretien exclusif Lesfrancais.press avec le porte-parole du Quai d’Orsay, Pascal Confavreux.
Écouter le podcast avec Pascal Confavreux
Le compte French Response : une nouvelle arme dans la guerre informationnelle
Pour faire face aux attaques informationnelles diverses et variées, la diplomatie française s’adapte aux canaux de diffusion actuels et aux nouvelles façons de communiquer. Désinformation, manipulations virales, attaques coordonnées… les États doivent désormais défendre leur image et leurs intérêts sur les réseaux sociaux. Dans ce contexte, le Quai d’Orsay a lancé en 2025 le compte French Response avec comme objectif de pouvoir répondre rapidement et efficacement aux campagnes hostiles.
« French Response, c’est une carte supplémentaire à notre jeu, une corde supplémentaire à notre arc diplomatique dans le cadre de la guerre informationnelle. »
Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Comme l’explique Pascal Confavreux, « French Response, c’est une carte supplémentaire à notre jeu, une corde supplémentaire à notre arc diplomatique dans le cadre de la guerre informationnelle ». Ce concept repose sur une réalité bien identifiée : « la guerre informationnelle, c’est des attaques qui peuvent avoir lieu contre nos intérêts, notre image, qui viennent de l’étranger ». Une menace qui vise autant à fragiliser l’opinion publique qu’à affaiblir la position internationale de la France.
De la veille à la riposte : une stratégie en trois étapes de la diplomatie française
La mise en place de « French Response » s’inscrit dans une montée en puissance progressive, comme nous l’explique notre invité au cours de ce podcast. Première étape, dès 2022 par un renforcement de la surveillance des informations qui circulent. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), en lien avec d’autres services de l’État, a ainsi développé des outils pour surveiller les flux et les fausses nouvelles. « On a mis en place une veille très précise qui permet de détecter des signaux faibles », précise le porte-parole.

Puis une deuxième phase a été mise en place après celle de la collecte d’informations, à savoir la riposte. En 2025, le lancement du compte « French Response » sur X permet donc de réagir directement aux attaques en ligne. L’idée est alors double, à savoir corriger les fausses informations et aussi dissuader leurs auteurs, tout en utilisation un ton, qui détonne mais adapté aux canaux de communication.
« Exposer le ridicule, les grosses ficelles, les gros mensonges de ceux qui nous attaquent en utilisant les codes des réseaux sociaux » fait partie intégrante de la stratégie, explique Pascal Confavreux. Enfin, une troisième étape a été engagée en 2026 avec l’impulsion du ministre actuel de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, : reprendre l’initiative narrative. « C’est la guerre des récits », explique le porte-parole, avec l’ambition de promouvoir activement les valeurs et la vision de la France et de l’Europe.
Pourquoi le choix de X puis TikTok ?
Alors que les plateformes X et Tik Tok sont parfois jugées incontrôlable, et aussi décriées par de nombreuses personnalités politiques en France, pourquoi cette présence de la diplomatie française sur ces deux réseaux ? Le choix des plateformes n’est en fait pas anodin. French Response s’est d’abord déployé sur X (anciennement Twitter), avant de s’étendre à TikTok. La logique est simple : aller là où se trouve la désinformation. « Une pure logique d’impact. On est allé là où on était en particulier attaqué », résume Pascal Confavreux.
« C’est la guerre des récits. »
Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
L’objectif n’est pas d’être présent partout, mais d’intervenir efficacement, en fonction de la viralité des contenus et de leur potentiel de nuisance. Chaque publication est ainsi pensée pour maximiser sa portée, toucher directement les audiences exposées à la désinformation, et dissuader les auteurs, des exemples sont partagés au cours de cette interview.
French response : un ton inédit pour la diplomatie française
L’une des particularités de French Response réside dans son style. Contrairement à la communication institutionnelle classique, le compte adopte les codes des réseaux sociaux : humour, ironie, formats visuels. « On assume d’utiliser cette grammaire des réseaux sociaux », affirme le porte-parole.


Ce positionnement permet d’éviter un écueil majeur, celui de banaliser la parole officielle. En externalisant certaines ripostes, French Response protège la crédibilité des canaux diplomatiques traditionnels. Ce compte, apporte « une capacité à répondre à des attaques étrangères, sans mobiliser la parole politique », souligne Pascal Confavreux.
Une mobilisation collective, en France et à l’étranger
Lors de cet entretien, notre invité explique que le succès de French Response ne repose pas uniquement sur l’État. Le dispositif suscite aussi l’adhésion du public, notamment à l’étranger. Deux types de retours émergent. D’abord, un soutien direct : « merci de faire ça, ça fait chaud au cœur ». Ensuite, une volonté d’engagement par différents acteurs, dont les Français établis à l’étranger, « comment on peut aider ? ».
« Ce que l’on regarde surtout, c’est le nombre d’impressions, le nombre d’engagements »
Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Car dans cette guerre informationnelle, les attaques sont massives et diffuses. « Ce n’est pas uniquement un, deux, trois, dix comptes […] mais en fait des nuées de comptes », rappelle le porte-parole. La réponse peut donc être collective, impliquant citoyens, institutions et partenaires européens. C’est aussi pour cela que French Response s’inscrit dans une dynamique européenne. La France coopère déjà avec ses homologues, notamment dans le cadre du format Weimar avec l’Allemagne et la Pologne.
Cette coordination permet d’amplifier la riposte face à des attaques souvent transnationales. Elle peut même conduire la France à défendre directement ses partenaires. Le compte est ainsi intervenu pour contrer des campagnes visant d’autres pays européens, preuve d’une solidarité croissante face aux manipulations informationnelles.
Mesurer l’impact plutôt que le nombre unique d’abonnés
Avec environ 200 000 abonnés en quelques mois sur X, French Response affiche une croissance rapide. Le compte Tik Tok, quant à lui est très récent, rassemble pour le moment 2 à 3 000 abonnées. Mais l’impact est aussi ailleurs. « Ce que l’on regarde surtout, c’est le nombre d’impressions, le nombre d’engagements », insiste Pascal Confavreux. Certaines publications atteignent ainsi « 10, 15 millions d’engagements » en une semaine.
L’objectif est clair : rendre visible la riposte et montrer que la désinformation ne reste pas sans réponse. Face à des acteurs parfois sans règles, la question demeure : un État démocratique peut-il vraiment gagner la guerre de l’information ? Pascal Confavreux se veut lucide mais confiant : « Notre but n’est pas de perdre notre identité dans cette lutte ».
« Les démocraties, elles font peur, aussi. C’est bien pour ça qu’elles sont systématiquement ciblées. »
Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
Pour lui, la force des démocraties réside justement dans leur attractivité. « Les démocraties, elles font peur, aussi. C’est bien pour ça qu’elles sont systématiquement ciblées » explique-t-il, en raison de leurs performances sociales et de leur modèle politique. Dans cette bataille des récits, il s’agit donc autant de se défendre que de rappeler ce qui fait la singularité et la solidité du modèle européen.
Avec French Response, la diplomatie française a fait évoluer certaines postures. Plus agile, plus directe, elle investit pleinement le champ numérique. Ce compte, géré par le MEAE, illustre une transformation plus large : celle d’une communication stratégique adaptée aux nouvelles formes de conflictualité. Dans un monde où l’information est devenue une arme, la France entend désormais répondre coup pour coup, sans renoncer à ses valeurs.







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