Il y a un an, la ville de Qingdao en Chine ne comptait qu’une poignée de véhicules autonomes. Aujourd’hui, une entreprise, Neolix, a déployé environ 1 200 camionnettes de livraison sans conducteur sur les routes locales et espère porter ce chiffre à 4 000 d’ici à la fin de l’année. Avec plusieurs autres projets de taxis autonomes et de livraison alimentaire automatisée en cours, Qingdao illustre la rapidité avec laquelle l’intelligence artificielle transforme la Chine.
12% des véhicules en 5 ans
Les voitures autonomes et les drones sont déployés en Chine à un rythme rapide. À la fin de 2025, environ 33 000 véhicules de livraison de courte distance, dont ceux circulant à Qingdao, étaient présents sur les routes chinoises. Le nombre de taxis sans conducteur devrait atteindre 14 000 unités d’ici à la fin de 2026. La banque Goldman Sachs estime que plus de 700 000 « robotaxis », soit environ 12 % des véhicules de transport avec chauffeur, circuleront dans les villes chinoises dans les cinq prochaines années. Meituan, une application spécialisée dans la livraison, estime pour sa part que les drones pourraient assurer à terme 10 % des livraisons alimentaires instantanées du pays, un marché qui a représenté 60 milliards de courses l’an dernier.
La Chine est en voie de supplanter les États-Unis sur le terrain des voitures autonomes grâce à leur déploiement dans les grandes agglomérations. Ce déploiement n’est pas sans conséquence au niveau de l’emploi avec la suppression de postes de livreurs. Les autorités chinoises se retrouvent ainsi face à une contradiction : elles souhaitent faire de la Chine le leader mondial de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, sans pour autant provoquer une destruction massive d’emplois. Le dernier plan économique quinquennal insiste ainsi sur la nécessité de « prévenir et résoudre les risques de chômage de grande ampleur ». En avril, une autorité de cybersécurité a même indiqué dans un projet de règlement que les développeurs ne devaient « pas utiliser l’intelligence artificielle dans le but de remplacer l’emploi humain ».
Une cohabitation à hauts risques
La première question est donc de savoir si la technologie sera réellement capable de remplacer rapidement des millions de conducteurs. La cohabitation entre véhicules autonomes et traditionnels n’est pas sans poser quelques problèmes. Aucune entreprise n’a encore déployé plus de 1 200 véhicules dans une même ville. La taille de la flotte de Neolix à Qingdao a d’ailleurs fluctué en fonction des problèmes de circulation provoqués par ses camionnettes. Bien que celles-ci soient autorisées à circuler à toute heure, elles ne peuvent effectuer leurs livraisons qu’en dehors des périodes de pointe de la journée.

Malgré ces restrictions, au mois d’avril dernier, la ville a été paralysée en raison d’une forte concentration de véhicules autonomes dans certaines parties de la ville. Dans la ville de Wuhan, qui accueille l’un des plus importants projets mondiaux de robotaxis, ces derniers provoquent des congestions importantes. Baidu, géant technologique chinois et principal opérateur de taxis sans conducteur à Wuhan, dispose depuis plus d’un an d’une flotte d’environ 1 000 véhicules. Les autorités pourraient bloquer l’expansion du parc car, en mars dernier, plusieurs dizaines de taxis autonomes de Baidu se sont brutalement immobilisés simultanément, paralysant le trafic et nécessitant une opération de secours pour évacuer les passagers bloqués.
Taxis, VTC, tous menacés
Une seconde question concerne les emplois menacés et ceux qui pourraient être préservés à long terme. À Qingdao, les autorités ne semblent guère inquiètes des conséquences sociales des activités de Neolix. Les responsables de la province du Shandong sont favorables à la mise en place de 15 000 véhicules autonomes de livraison d’ici à la fin de 2027. Cette relative sérénité tient notamment au profil des chauffeurs susceptibles d’être remplacés. Neolix opère uniquement dans les services interentreprises, par exemple pour transporter de la viande depuis les marchés jusqu’aux restaurants. Beaucoup des chauffeurs concernés ont plus de soixante ans et conduisent de petits véhicules à trois roues particulièrement instables dans la circulation. Peu de jeunes acceptent de reprendre ces emplois pénibles, mal rémunérés et physiquement éprouvants. Avec le vieillissement démographique, pour contourner les pénuries de main-d’œuvre, les pouvoirs publics, en Chine, comptent sur l’IA. Par ailleurs, les véhicules autonomes permettent de réorienter des actifs qui étaient mal payés vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée.
Pour les chauffeurs transportant des personnes ou livrant directement des colis aux consommateurs, la situation en Chine est différente. Les plateformes numériques emploient environ 22 millions de travailleurs dans ces activités, auxquels s’ajoutent plusieurs millions de chauffeurs de taxis urbains. Ces travailleurs sont majoritairement de jeunes migrants ruraux installés dans les villes ou des personnes ayant perdu un précédent emploi. Or le chômage des jeunes demeure déjà élevé en Chine. Cette situation inquiète les autorités. En outre, le secteur des transports de personnes a toujours été sujet aux mouvements sociaux. Les salariés de ce secteur ont ainsi manifesté à Wuhan en 2024, au moment où le projet de robotaxis de Baidu prenait de l’ampleur. En réaction, les autorités locales ont demandé à Baidu de cesser de communiquer publiquement sur le nombre de ses véhicules autonomes.
L’automatisation des transports incontournable
Pour apaiser ces craintes, les grandes entreprises de l’automatisation cherchent désormais à accompagner les travailleurs fragilisés. Meituan a ainsi commencé à former des livreurs afin qu’ils participent à l’exploitation des drones de livraison à Shanghai. Les postes proposés vont du chargement des drones à la supervision des vols depuis des centres de contrôle. Pour l’instant, seuls 200 salariés travaillent dans ces nouvelles fonctions, contre plusieurs millions de chauffeurs traditionnels. Mais Mao Yinian assure que ces effectifs sont appelés à croître. L’entreprise, qui formait auparavant uniquement ses propres salariés, ouvre désormais ses programmes à d’autres catégories de travailleurs, notamment au personnel hospitalier, alors que des drones assurent déjà certaines livraisons d’échantillons médicaux.
L’automatisation des transports apparaît incontournable. Elle permet une rentabilisation accrue du matériel et une réduction des temps de livraison. La Chine est en avance sur ce sujet. Les Etats-Unis développent également des flottes de véhicules de livraison autonomes. L’Europe est en retard en la matière. Les blocages juridiques et la crainte d’une réaction des chauffeurs routiers expliquent cette situation.







Laisser un commentaire