Dans les années 1960-1970, le capitalisme américain, dans le prolongement du keynésianisme mis en œuvre sous Roosevelt, était redistributif avec un poids assez élevé des dépenses de protection sociale, les inégalités de revenu et patrimoniales étant assez faibles. Avec l’élection de Ronald Reagan, les États-Unis, dans les années 1980-1990, passent d’un capitalisme redistributif à un capitalisme néo-libéral avec, à la clé, la réduction des dépenses publiques et de la pression fiscale. À partir des années 2000, les États-Unis entrent dans un nouveau cycle avec une financiarisation marquée de l’économie et une montée des oligopoles.
Les salaires et les intérêts publics délaissés ?
De 1960 à 1980, la productivité et les salaires horaires réels aux États-Unis progressent au même rythme, symbole d’un partage des fruits de la croissance équilibré. L’augmentation est relativement faible, +45 % pour la productivité et 40 % pour les salaires sur la période. À partir des années 1980, l’écart s’accroît entre productivité et salaires réels avec, à partir de ces années, une forte augmentation de la première. Entre 1960 et 2025, la productivité a été multipliée par quatre quand le salaire réel n’a connu qu’une hausse de 150 %. Les dépenses publiques, de leur côté, ont augmenté de 7 points de PIB entre 1960 et 1980. Depuis, leur poids est relativement stable sur la période. Les prélèvements obligatoires ont connu une hausse entre 1960 et 2000 avant de baisser. Ils représentent, en 2025, 27 % du PIB contre 30 % en 2000 et 25 % en 1960. L’indice de Gini qui mesure les inégalités a diminué aux États-Unis entre 1963 et 1983, passant de 0,37 à 0,35, avant d’augmenter. Ce ratio a atteint 0,42 en 2024. La part du patrimoine détenue par les 1 % d’individus les mieux dotés a atteint 35 % en 2025, contre 21 % en 1980. Ce ratio était de 28 % en 1960.
Dans les années 1980 avec l’élection de Ronald Reagan, un capitalisme néo-libéral des années se met en place avec une réduction forte des dépenses publiques et des impôts. L’idée était que la baisse de la pression fiscale, même non équilibrée ex ante par une baisse des dépenses publiques, ne dégrade pas les finances publiques en raison de ses effets favorables sur l’activité (courbe de Laffer). L’administration républicaine applique également un programme de déréglementation, notamment dans le transport aérien, l’énergie, les télécommunications, la banque et la finance. En 1999, elle décide d’abroger le Glass-Steagall Act qui séparait les activités de banque commerciale et de banque d’investissement. Elle souhaite dans ces différents secteurs d’activité d’augmenter la concurrence afin d’améliorer le pouvoir d’achat des ménages et de créer des emplois. Cette politique s’accompagne d’une déformation importante du partage des revenus au détriment des salariés et à l’avantage des entreprises expliquant la hausse des inégalités de revenu et de richesse.
À partir des années 2000, le capitalisme évolue aux États-Unis avec une financiarisation des activités et une montée des monopoles. Le secteur des technologies de la communication et de l’information est marqué par une forte concentration et une répartition des rôles.
La financiarisation des activités
A partir des années 2000, le poids des profits augmente rapidement. Le ratio des profits bruts après taxes et intérêts des sociétés non financières par rapport au PIB passe de 9 à 15 % de 2000 à 2025. Entre 1960 et 1980, ce ratio se situait entre 9 et 11 %. La capitalisation boursière des sept magnifiques représente 35 % celle de l’indice S&P 500, contre 20 % en 2020 et 10 % en 2012.
A compter du début des années 2000, un sous-investissement est constaté aux Etats-Unis par rapport à l’évolution de la capitalisation preuve d’un partage des gains favorables aux actionnaires. Le taux d’investissement des entreprises est stable aux Etats-Unis autour de 14 % du PIB entre 2000 et 2025.
La pauvreté avait fortement baissé dans les années 1960 et 1970. Le taux de pauvreté est, en effet, passé de 23 à 14 % de la population. Ce taux est resté stable entre 1980 et 2010 avant de baisser ces dernières années pour s’établir à 11 %. En matière de croissance, les États-Unis obtiennent leurs meilleurs résultats entre 1960 et 1980, celle-ci tendant depuis à s’éroder. De 1960 à 1979, elle atteint, en moyenne, 3,93 % par an, entre 1980 et 1999, 3,34 % et entre 2000 et 2025, 2,12 % (source Datastream).

La période 2000/2025 se caractérise par une forte hausse de la valeur des actifs financiers et immobiliers qui contribue à la montée des inégalités. Si le prix de l’immobilier résidentiel déflaté par l’indice des prix à la consommation reste stable de 1960 à 2000, il augmente de 90 % entre 2000 et 2025. De son côté, l’indice boursier S&P 500, toujours déflaté par l’indice des prix à la consommation, demeure stable entre 1960 et 1990 avant d’enregistrer une multiplication par dix entre 1990 et 2025.
Le capitalisme à tendance monopolistique et financière apparaît moins performant que celui à dominante keynésienne. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump n’entend guère remettre en cause les monopoles et, par sa politique protectionniste, réduit la concurrence. La hausse des cours boursiers témoigne toujours d’une préférence donnée au capital, au détriment du travail.







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