20 ans après, Toulouse se souvient

20 ans après, Toulouse se souvient

10h17, vendredi 21 septembre 2001. Le hangar 221 de l’usine AZF de Toulouse explose, la Ville rose ne sera plus jamais comme avant. 31 morts, des milliers de blessés, des bâtiments éventrés, des rumeurs qui pullulent rapidement autour de l’enquête, un procès qui s’éternise et des victimes en souffrance… Cette catastrophe, et tous les événements liés qui ont suivi, ont marqué les Toulousains à jamais.

Dès les premières minutes qui ont suivi l’explosion, la proximité temporelle entre la catastrophe toulousaine et les attentats du 11-Septembre à New York a alimenté les théories les plus diverses, notamment à cause de la pression médiatique.

Il aura fallu 18 ans pour que l’affaire connaisse son ultime épilogue. Dix-huit années d’un procès hors-norme marqué par des rebondissements, des conditions uniques vu le nombre de parties civiles, des déceptions et des victoires, et au final une justice lente mais qui est allé au bout.

Un parcours de mémoire ?

Sur l’ancien site industriel AZF, une zone en friche dans la banlieue sud de Toulouse (Haute-Garonne), des ouvriers s’activent. Ils installent neuf grands panneaux explicatifs autour du mémorial de l’explosion du 21 septembre 2001, qui a fait trente et un morts et des milliers de blessés.

Composés de textes et de photos, ces lutrins retracent l’histoire de la catastrophe, mais aussi du passé de l’usine d’engrais chimiques et de la réhabilitation du quartier. « Le parcours de mémoire sera révélé au public lors de la cérémonie des 20 ans d’AZF », précise Francis Grass, élu municipal chargé de la coordination des politiques culturelles et mémorielles.

Conçues par la mairie avec l’appui d’un comité scientifique indépendant, ces installations divisent les associations de victimes. Parmi les quatre sollicitées, trois n’ont pas pris part au projet. Elles avancent des « problèmes de forme » – zone mal desservie, signalétique absente, plantation de cyprès qui masquent le mémorial –, résolus depuis. Mais ce sont surtout les textes qui sèment la discorde. D’un côté, les représentants des sinistrés reprochent au « discours officiel » d’occulter certaines informations sur la condamnation de Grande Paroisse (propriétaire de l’usine et filiale de Total) et les conséquences de l’explosion. « On voulait faire revivre ce que les gens ont vécu dans leur chair », justifie Michel Massou, du comité de quartier Croix-de-Pierre. De l’autre, le collectif des ouvriers rescapés Mémoire et solidarité, seule association à avoir collaboré avec la municipalité, préfère souligner le passé glorieux de l’industrie « qui a contribué à la richesse de la ville ».

Des citoyens marqués

Pour les victimes, les séquelles s’inscrivent dans le durée. « 18 mois après la catastrophe, 6,7 % des résidents de la zone proche du site ont déclaré un trouble auditif consécutif à l’explosion », écrivait l’Institut de veille sanitaire en 2004.

Je sens un incendie de très loin », raconte à La Dépêche Michèle Darchicourt, également victime de l’explosion. Aujourd’hui, elle ne supporte plus le bruit du tonnerre ou la vue d’un ciel qui jaunit, « à certains moments, je ne vois plus les couleurs de la vie ».

Les victimes peuvent « revivre par les sens le drame, que ce soit via des odeurs, un son, une image, des sensations physiques, qui leur rappellent ce moment », explique à BFMTV.com Armelle Vautrot, psychanalyste spécialisée dans le traumatisme et doctorante chercheuse au CNRS. En thérapie « on travaille à désactiver cela, mais de toute façon, il faut apprendre à vivre avec le trauma une fois qu’il est là ».

Pauline Miranda raconte également comment l’explosion dans Beyrouth en août 2020 a « réveillé de vieilles blessures » chez elle. L’explosion, là aussi provoquée par du nitrate d’ammonium, a fait une centaine de morts. « Chaque fois, il y a de la compassion. C’est terrible pour les Libanais quand on se souvient de ce qu’on a vécu », déclarait alors sur BFMTV Claudine Molin, membre de l’association toulousaine « Plus jamais ça ni ici ni ailleurs ».

Mehdi Benlahcen, actuel élu à l’Assemblée des Français de l’étranger et candidat au Sénat en N°2 derrière Ségolène Royal, est originaire de Toulouse, il y faisait ses études en 2001, il témoigne sur Facebook.

« Lorsque je suis rentré chez moi, comme de nombreux Toulousains j’ai trouvé un appartement très salement amoché. Comme les autres, je me souviens du bruit, du souffle, de la terre qui tremble et de la panique. Je me rappelle être rentré à pied jusqu’à Saint-Agne et ne trouver que vitres cassées et désolation sur mon passage. Je veux aussi me rappeler de la solidarité à l’œuvre, très vite, pour aider ses voisins, ses amis.« 

Mehdi Benlahcen sur Facebook

Le stockage des substances dangeureuses

Le nitrate d’ammonium d’AZF est le même à l’origine des explosions de Beyrouth en août 2020C’est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, appelés ammonitrates, que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac. Ce ne sont pas des produits combustibles : ce sont des « comburants », c’est-à-dire qu’ils permettent la combustion d’une autre substance déjà en feu.

La détonation du nitrate d’ammonium n’est possible qu’avec une contamination par une substance incompatible ou une source intense de chaleur. Et le stockage doit donc suivre des règles pour isoler le nitrate d’ammonium de liquides inflammables (essence, huiles…), de liquides corrosifs, de solides inflammables ou encore de substances qui dégagent une chaleur importante, parmi d’autres interdits, selon une fiche technique du ministère français de l’Agriculture.

L’accident AZF de Toulouse va provoquer une prise de conscience dans la population des risques industriels et pousser le gouvernement de l’époque à muscler la réglementation. En juillet 2003, la loi Bachelot entraîne l’obligation d’informer les riverains, la sensibilisation des salariés et des sous-traitants, la maîtrise de l’urbanisation par la définition de zones à risques et la reconnaissance de la notion de risques technologiques.

C’est la naissance des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) pour les entreprises les plus à risques, c’est-à-dire classées Seveso seuil haut. De nombreux investissements ont dû ainsi être réalisés par les industriels concernés pour se mettre en conformité. Cependant le chemin vers une sécurisation totale en France, en Europe ou ailleurs dans le monde est encore long.

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