À l’aube de l’année 2026, riche en échéances politiques, sportives, culturelles et internationales pour les Français de l’étranger, la francophonie reste au cœur du débat public. À l’occasion d’un entretien Lesfrancais.press, le sénateur PS des Français établis hors de France Yan Chantrel, président du groupe d’études Francophonie au Sénat, livre une analyse sans sur l’avenir de la langue française, les leviers à activer et partage sa position sur l’écriture inclusive. Le parlementaire plaide notamment pour une francophonie offensive, inclusive et résolument tournée vers l’avenir. Il nous informe même qu’une prochaine proposition de loi est en préparation.
Écouter le podcast en français avec Yan Chantrel
La Francophonie : un enjeu stratégique en 2026 ?
Pour Yan Chantrel, la Francophonie « demeure plus que jamais un enjeu majeur ». Dès les premières minutes de l’entretien, le sénateur rappelle l’importance d’un chiffre : « On saura d’ici 20 ans plus de 800 millions de francophones », contre environ « 325 millions à l’heure actuelle ». Une progression qui confère à l’espace francophone un poids stratégique croissant sur la scène internationale. Au-delà des chiffres, le sénateur insiste sur la dimension concrète de cet espace linguistique commun. Culture, éducation, diplomatie, mais aussi échanges économiques : « le fait de parler la même langue facilite les relations entre nos pays », observe-t-il. Et pour lui, « une langue, c’est une vision du monde ».
« La Francophonie demeure plus que jamais un enjeu majeur »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France
La francophonie apparaît ainsi comme un levier d’influence, mais aussi comme un outil pragmatique de coopération. Cette analyse s’inscrit dans un travail parlementaire. En octobre 2024, Yan Chantrel a co-signé, aux côtés de Catherine Belrhiti et de Pierre-Antoine Lévi, un rapport sénatorial intitulé « La situation de la francophonie à l’aube du 30ᵉ anniversaire de la loi Toubon ». Le document avance plusieurs propositions, parmi lesquelles la création d’un « Erasmus francophone », ainsi qu’une stratégie plus offensive pour que le français demeure, dans les faits, la langue de travail des institutions européennes.
« Le français n’a pas dit son dernier mot » de la rencontre …
En ce début d’année 2026, notre invité co-organise au Sénat un colloque intitulé « Le français n’a pas dit son dernier mot » (inscription), celui-ci s’effectue en partenariat avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) du ministère de la Culture. L’objectif est celui de remettre la langue française au cœur de l’action publique. « La France a aussi un rôle à jouer dans ses lois intérieures », insiste le sénateur.

Adoptée en 1994, la loi Toubon constitue le socle juridique de la défense du français. Mais pour Yan Chantrel, elle n’est plus adaptée aux réalités contemporaines. « Il y a eu l’émergence d’Internet qui n’existait pas à cette époque-là », rappelle-t-il. Il plaide donc pour une modernisation de ce texte : « Il y a un besoin de révision de cette loi pour la mettre à l’ordre du jour par rapport aux nouveaux défis et aux nouveaux outils, que ce soit numérique ».
… à la proposition de loi au Sénat
Aussi une initiative législative sous forme de proposition de loi pourrait être déposée prochainement et portée de manière transpartisane par le groupe d’études francophonie de la Haute Assemblée. Si le futur texte, qui sera examiné par les parlementaires, reste en cours d’écriture, le sénateur Chantrel indique vouloir « renforcer tous les pouvoirs de contrôle (…) et de veiller au niveau des services de l’État » de l’utilisation de la langue française. Et il s’agira aussi d’élargir le périmètre de la loi en prenant en compte les nouveaux outils numériques qui sont les réseaux sociaux qui n’était pas présent en 1994, quand cette loi a été votée.
L’écriture inclusive : la langue française dans sa diversité
Dans le débat sur la défense et l’avenir de la langue française, la question de l’écriture inclusive s’est progressivement immiscée. Après un recours déposé par l’association « Francophonie Avenir », le Conseil d’État a validé ces derniers jours l’usage de l’écriture inclusive sur certaines plaques publiques de la mairie de Paris. À l’inverse, l’Académie française continue de s’opposer à son utilisation.
« Défendre la langue française, c’est défendre la langue française dans sa diversité »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France
Au cours de ce podcast, Yan Chantrel partage sa position sur cette question, pour lui « Défendre la langue française, c’est défendre la langue française dans sa diversité. C’est une langue vivante, ce n’est pas une langue morte », affirme-t-il. Il ajoute aussi que le cadre légal n’a pas vocation à figer l’usage linguistique. « Ce sont les locuteurs, finalement, qui décident de ce que devient leur langue ». Il rappelle également que la diversité du français est une réalité vécue par les expatriés : « En Belgique, en Suisse ou même au Québec, on parle le français différemment ».
Francophonie et action gouvernementales : un engagement insuffisant ?
Interrogé sur l’action du gouvernement, le sénateur se montre critique. « Sur la francophonie » notre invité met en avant des « difficultés budgétaires » qui ont fait de ce dossier « le parent pauvre » des politiques publiques. Il cite notamment les réductions budgétaires affectant l’Agence universitaire de la francophonie.

Quant au prochain sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), prévu au Cambodge en novembre 2026, celui-ci représentera, selon notre interlocuteur, un moment clé pour notre pays. La France reste influente, « parce que c’est le principal financeur de l’OIF », mais elle doit changer de posture. « Il ne faut pas être dans une posture hégémonique, mais à égalité d’écoute avec les autres pays par apport à ce qu’ils souhaitent ».
« Ce sont les locuteurs, finalement, qui décident de ce que devient leur langue »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France
Enfin, Yan Chantrel partage avec nous les visages de la francophonie en 2026 même s’il est difficile de ne citer qu’une seule personnalité. Il appelle à « créer des passerelles » avec les artistes francophones, notamment africains, et à leur offrir davantage de visibilité sur le territoire français. Pour conclure cette interview et en ce début d’année, le sénateur partage une bonne résolution : Dans un monde instable, « plus que jamais », il appelle à « une plus grande participation citoyenne », qu’elle soit électorale, associative ou autres, « pour que nos compatriotes puissent être pleinement des acteurs du changement et de leur vie ».
Retrouvez en podcast l’intégralité de cette interview avec Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France sur le thème de la Francophonie, enjeu politique de 2026 et future proposition de loi.
Auteur/Autrice
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Jérémy Michel est rédacteur en chef adjoint du média Lesfrancais.press. Il est également coach en développement personnel et formateur en communication. Jérémy a auparavant travaillé au sein de diverses institutions politiques françaises et européennes. Il a aussi été en charge des affaires publiques d’un grand groupe spécialisé dans la santé.
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