Au cœur de l’Atlantique, il y aurait eu l’Atlantide, grande civilisation. D’autant plus grande qu’elle est restée inconnue. La revoilà, immense, ressurgie, à nouveau en train de disparaître. L’Atlantide moderne correspond à ce continent informel qui lie l’Europe et l’Amérique du Nord, vaguement appelé Occident, vaguement formalisée dans une alliance de fait, plus encore que de droit, l’Otan.
En droit, l’Otan ne concerne que l’Europe et l’Amérique du Nord. En fait, elle exprimait une solidarité planétaire.
Depuis la chute de l’Union soviétique, l’Otan n’avait plus d’adversaire. L’agression de la Russie aurait dû lui donner un nouveau sens. La connivence de Trump avec Poutine a conduit les Européens à agir, miraculeusement, de façon solidaire et autonome. Autre miracle, les miracles n’étant que l’expression de volontés, les Ukrainiens font mieux que résister.
La guerre d’Iran a conduit tous les membres de l’OTAN, à s’éloigner des États-Unis. Et Trump de menacer de quitter l’OTAN, « qui ne s’est pas montré solidaire ».
La puissance américaine a besoin de l’Otan pour s’exercer
Cela n’est pas nouveau, ni très réaliste. La puissance américaine a besoin de l’Otan pour s’exercer. Elle a besoin des bases situées en Europe. Elle profite des commandes militaires. Si les États-Unis paient 60% des dépenses de l’OTAN, ils paient avant pour leur propre défense.
L’essentiel n’est pas là. L’Atlantide ne s’effondre pas pour un divorce sur la mer rouge ou pour une histoire de comptabilité militaire.
Elle ne s’effondre pas non plus pour des droits de douane. Les guerres commerciales engagées par Trump l’ont été sur tous les continents. À la fin, le déficit commercial américain a grimpé à plus de 1 200 milliards. Les importations ont atteint un niveau record. Mais les exportations des Européens vers les États-Unis ont diminué de 6%, alors qu’elles progressent vers les autres régions du monde. L’Union Européenne, comme le Royaume-Uni le Canada ou l’Australie, l’Inde, signent de nouveaux accords.
D’un côté un nouvel ordre commercial international, toujours fondé sur le droit commercial et les échanges, qui entraîne encore la plupart des pays du monde ; de l’autre les États-Unis et ceux qui prônent le retour du protectionnisme.
Vance, en Hongrie, s’est déclaré en ennemi résolu de l’Europe
La divergence est d’ordre idéologique. Le dérèglement du commerce, le rejet de l’ordre international, en sont les conséquences.
Vance, en Hongrie, s’est déclaré en ennemi résolu de l’Europe. Avec Orban dans le rôle du traître. N’a-t-il pas communiqué des informations aux Russes ? N’est-il pas un traître celui qui veut défaire l’alliance dont il est membre ?

La vraie cause du divorce n’est ni l’OTAN, ni les droits de douane, ni le basculement vers l’Asie. Orban, Trump, Vance, Bukele au Nicaragua, Noboa en Équateur, sont illibéraux. La question n’est pas personnelle, elle est sociétale. Les sociétés européennes, par les philosophies et les tragédies de l’histoire, sont démocrates. Monarchistes et socialistes européens ont adhéré, de fait, à la démocratie libérale. L’Europe répète cet accord signé au sein des peuples entre les nations européennes. Voilà ce que disent les Chartes et les actes.
Démocrate par principe ou seulement pragmatique ?
Depuis l’indépendance, Malgré la fêlure raciste, les États-Unis paraissaient plus encore que l’Europe, une terre fondamentalement démocrate. Avec le double avènement de Trump, se pose la question des valeurs profondes du peuple américain : démocrate par principe ou seulement pragmatique ?
Est-il démocrate parce que la démocratie est le système le plus efficace pour assurer le bien-être, ou est-il démocrate par adhésion aux valeurs démocratiques ?
Préfère-t-on une démocratie parce qu’elle garantit une meilleure sécurité (ce qui est le cas) ou est-on prêt à renoncer à l’état de droit pour une meilleure sécurité (ce que beaucoup croient) ? Ainsi raisonnent les candidats à l’élection présidentielle au Pérou : Ils promettent des prisons gardées par les serpents dans la jungle, le rétablissement de la peine de mort, et l’abandon de garanties individuelles pour lutter contre la criminalité et le trafic de drogue. Bon courage. Les Narcos goûtent et assaisonnent des dictateurs.
Les pays les plus sûrs du monde sont les plus démocrates
Les pays les plus sûrs du monde sont les plus démocrates, mais cela ne parvient pas à mettre en doute qu’un régime policier assurerait une meilleure police. En vérité, cela assure une meilleure corruption.
La Chine propose un modèle, appuyé sur la PCC, l’armée et les Triades, qui assure prospérité et sécurité. Pour relever le défi chinois, les Américains ne sont-ils pas tentés par un autre modèle, illibéral ?
Pour relever le défi chinois, les Américains ne sont-ils pas tentés par un autre modèle, illibéral ?
L’Europe est à la traîne pour la productivité par tête, pour l’l’IA, les réseaux sociaux, les ordinateurs, la puissance de calcul… Bref, la démocratie libérale est-elle le bon régime pour la Révolution digitale ?
Il est facile de répondre que la puissance américaine en ce domaine est née avec la démocratie libérale et non malgré elle, et que l’Europe n’est pas tant à la traîne que cela. Il est facile de noter les failles du système chinois, mais en fait le débat ne porte pas sur l’efficacité moindre ou non d’un système, mais sur son adhésion. Jusqu’où s’est enracinée la culture démocratique ?
Les États-Unis conçoivent-ils la démocratie comme un idéal ou comme un moyen ?
Les États-Unis conçoivent-ils la démocratie comme un idéal ou comme un moyen ? Là est peut-être la racine du divorce d’avec les européens, guéris, peut être, du mépris de la démocratie par les tragédies totalitaires.
Dans les six principaux pays de l’Europe (France, Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Belgique) les États-Unis sont considérés comme une « menace » (36%) plutôt que comme des alliés (12%). La Chine est mieux perçue.

Trump a détruit « la civilisation de l’Atlantide », une certaine unité de l’Occident
Trump, visant la Perse, a menacé « de faire disparaître une vieille civilisation de trois mille ans ». Une parole contraire à toute l’histoire de l’Europe, à toutes ses valeurs. Elle s’est construite, comme la chine, elle a justifié toutes les horreurs par une certaine idée de la civilisation. Par cette phrase, il a rejeté les mythes européens, mythes fondateurs. Il a détruit « la civilisation de l’Atlantide », une certaine unité de l’Occident.
Les Allemands sont absents. C’est le mystère le plus angoissant de l’Atlantide.
La faille atlantique est donc profonde. Par contrecoup, elle souligne la concordance des Européens entre eux. Pour la sécurité, l’économie, la défense du droit, y a-t-il un meilleur vecteur que l’Europe ? Ceux qui croient que la Commission peut guider les peuples ne connaissent ni les peuples ni la Commission. Pour approfondir l’Europe, y a-t-il une autre alliance que celle de la France et de l’Allemagne ? Ce n’est pas ce qui se passe. Les Allemands sont absents. C’est le mystère le plus angoissant de l’Atlantide.
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Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu'en septembre 2025.
























