L’Ukraine, les vrais chiffres de l’aide française

L’Ukraine, les vrais chiffres de l’aide française

Depuis le déclenchement de l’invasion russe le 24 février 2022, la France s’est imposée comme l’un des piliers de la coalition occidentale en soutien à Kiev. Entre aide militaire, assistance humanitaire et contributions aux mécanismes européens, le budget alloué par l’État français a fait l’objet de nombreux débats et de chiffres parfois complexes à interpréter.

En 2026, avec le recul nécessaire, nous pouvons désormais dresser un bilan complet et précis des fonds dépensés par la France pour l’Ukraine. D’ailleurs, l’aide française ne se résume pas à un simple chèque. Elle s’articule autour de trois axes majeurs : le don de matériel militaire, le soutien budgétaire civil et la contribution aux fonds de l’Union européenne.

L’aide militaire, entre cessions et fonds spéciaux

C’est le volet le plus scruté. Contrairement à d’autres nations qui communiquent sur la valeur faciale des équipements, la France a longtemps privilégié une discrétion stratégique avant de publier des chiffres officiels consolidés. Cependant, les experts estiment, qu’entre février 2022 et la fin de l’année 2025, que l’effort militaire français est de plus de 5,1 milliards d’euros.

Avec une montée en puissance, depuis le tournant majeur pris en février 2024 avec la signature d’un accord bilatéral de sécurité, où la France s’est engagée à fournir jusqu’à 3 milliards d’euros d’aide militaire supplémentaire pour la seule année 2024. Initialement doté de 100 millions d’euros, puis porté à 200 millions, le fond spécial français permet à l’Ukraine d’acheter directement du matériel auprès des industriels de défense français (Nexter, Arquus, Thales, etc.), stimulant ainsi l’économie nationale tout en aidant Kiev.

Mais il y a aussi tout le matériel livré. Pour l’Ukraine, c’est une valeur stratégique inestimable. Ainsi, la France a fourni des équipements de pointe qui ont modifié le cours du conflit sur le terrain :

  • Artillerie : Plus de 30 canons CAESAR, réputés pour leur précision et leur mobilité.
  • Blindés : Des dizaines d’AMX-10 RC (chars légers) et des centaines de Véhicules de l’Avant Blindé (VAB).
  • Défense sol-air : Systèmes Crotale NG, batteries SAMP/T (Mamba) et missiles portatifs Mistral.
  • Missiles longue portée : Les célèbres missiles SCALP, essentiels pour les frappes de profondeur.
Des militaires ukrainiens tirent avec un canon Caesar français en direction des positions russes, dans le Donbass, dans l’est de l’Ukraine, le 15 juin 2022.
Des militaires ukrainiens tirent avec un canon Caesar français en direction des positions russes, dans le Donbass, dans l’est de l’Ukraine, le 15 juin 2022. ©ARIS MESSINIS/AFP

Le soutien à la résilience civile

La guerre n’est pas que militaire, elle est aussi économique et sociale. La France a mobilisé des ressources considérables pour éviter l’effondrement de l’État ukrainien.

Depuis 2022, plus de 450 millions d’euros ont été consacrés à l’aide humanitaire. Cela inclut l’envoi de :

  • Matériel médical : Postes sanitaires mobiles, ambulances et médicaments.
  • Sécurité civile : Véhicules de pompiers et matériel de déminage.
  • Energie : Plus de 1 000 groupes électrogènes et des ponts de secours pour rétablir les communications après les bombardements russes sur les infrastructures critiques.

Mais l’hexagone a aussi recueilli de nombreuses familles ukrainiennes. Le coût de l’accueil de ces déplacés ukrainiens (environ 100 000 personnes sur le territoire français) fut intégré indirectement dans les dépenses liées au conflit. Entre l’Allocation pour Demandeur d’Asile (ADA), l’hébergement d’urgence et la scolarisation, la facture s’élève à environ 600 millions d’euros par an pour les finances publiques françaises.

Le rôle crucial de l'Union européenne

Mais la France est aussi impliquée dans toutes les actions européennes pour lesquelles Paris contribue à hauteur de 18 % au fonds « La Facilité Européenne pour la Paix » (FEAP). En cumulé, la part française versée à la FEAP pour l’Ukraine dépasse les 1,2 milliard d’euros.

Cependant ces chiffres font débat. En effet, il existe souvent une confusion entre la valeur patrimoniale (le prix auquel le matériel a été acheté il y a 20 ans) et la valeur de remplacement (le prix pour racheter du matériel neuf). La France calcule désormais son aide sur la valeur de remplacement, ce qui explique pourquoi les montants peuvent paraître plus élevés dans les derniers rapports de l’Assemblée nationale.

Enfin, il ne faut pas oublier que la plus grande partie du soutien est constituée de prêts garantis par l’État, et non de dons secs, ce qui modifie l’impact réel sur la dette publique à court terme.

Sommet UE-Ukraine du 3 février 2023
Sommet UE-Ukraine du 3 février 2023 ©AFP

La sécurité européenne

Au total, si l’on cumule l’aide militaire bilatérale, la part française des aides européennes et le soutien civil, la France a engagé plus de 12 milliards d’euros entre février 2022 et début 2026.

Mais pour notre gouvernement, ce montant n’est pas seulement une dépense budgétaire, mais un « investissement dans la sécurité collective« . Comme le rappellent souvent les rapports parlementaires, « le coût de la victoire russe serait infiniment plus élevé pour l’économie française que le coût actuel du soutien à l’Ukraine« .

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