Sommet Choose France : 15 milliards qui tombent à pic pour le gouvernement

Sommet Choose France : 15 milliards qui tombent à pic pour le gouvernement

À quelques semaines des élections européennes de juin, les officiels du gouvernement français ne se sont pas privés de jongler avec les milliards lors de la 7e édition du forum Choose France, qui réunit lundi (13 mai) quelques 180 dirigeants de groupes du monde entier et une soixantaine de patrons français. 56 nouveaux projets ont été annoncés pour 15 milliards d’euros d’investissements étrangers, avec 10 000 embauches en perspective.

Pour l’exécutif, ces réussites sont évidemment le fruit de la politique menée depuis 2017 en faveur des entreprises et le résultat de sa stratégie de réindustrialisation du pays. Dans un entretien accordé au Parisien, le président Emmanuel Macron y voit « la reconnaissance du travail mené depuis sept ans basé sur la valorisation de nos savoir-faire, le maintien de notre énergie décarbonée, la création d’un cadre normatif favorable et la stabilité fiscale ».

Ces annonces interviennent alors que la France vient d’être désignée pour la cinquième année consécutive par le cabinet d’audit EY comme le pays le plus attractif d’Europe en matière d’investissements, avec 1194 créations et extensions de sites, soit mieux que le Royaume-Uni (985) et l’Allemagne (733).

« Face à un Royaume-Uni post-Brexit qui doit réinventer son modèle et à une Allemagne bousculée par la crise énergétique, les ruptures industrielles et la fragilisation du commerce international dont elle dépend tant, la France affiche un visage relativement rassurant, malgré les turbulences sociales chroniques », note le cabinet EY.

L’investissement le plus conséquent dans le pays a été annoncé par Microsoft, qui devrait injecter quatre milliards d’euros dans le développement de data centers, afin de renforcer son infrastructure dans l’intelligence artificielle (IA) et le cloud.

« Il s’agit de l’investissement le plus important que nous ayons jamais réalisé » en France, a précisé son président, Brad Smith. Un nouveau centre de données de Microsoft doit être implanté près de Mulhouse, tandis que les sites de région parisienne et de Marseille seront étendus.

Emmanuel Macron en visite à l’usine McCain de Matougues, le 13 mai 2024. ©GONZALO FUENTES / POOL

« Microsoft choisit la France parce qu’on a de l’électricité décarbonée », a expliqué Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie, à France Info.

Le géant américain de l’e-commerce Amazon va quant à lui investir 1,2 milliard d’euros à la fois dans les data centers de son activité de « cloud », notamment pour l’IA générative, et dans ses entrepôts logistiques, avec la création de « plus de 3.000 emplois », assure l’Élysée.

« L’attractivité de la France est plutôt orientée positivement ces dernières années, mais il ne faut pas exagérer le poids des investissements étrangers dans la réindustrialisation du pays », nuance pour Euractiv Sébastien Jean, professeur d’économie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). « Le fait que l’Hexagone attire des sociétés qui travaillent sur l’intelligence artificielle est cependant un signe que l’économie française reste compétitive par rapport à celles des pays voisins. »

Parmi les autres projets annoncés, on trouve notamment une nouvelle usine d’engrais bas carbone dans la Somme (1,2 milliards d’euros), de nouvelles lignes de production de frites et de transformation de pommes de terre McCain dans le Pas-de-Calais et dans la Marne (350 millions d’euros), une usine de raffinage de nickel près de Bordeaux (300 millions d’euros), ou des investissements dans la pharmacie avec Pfizer (500 millions d’euros), AstraZeneca (365 millions d’euros) et GSK (140 millions d’euros).

La chasse aux « bonnes nouvelles »

Alors que le thème retenu pour l’édition 2024 du forum Choose était « la France, terre de champions », le gouvernement tente de profiter de l’effet d’entrainement des Jeux olympiques pour créer une dynamique positive et faire décoller la campagne électorale de la liste Renaissance de Valérie Hayer, distancée dans les sondages par le Rassemblement National (RN).

Les annonces de Choose France sont pourtant à relativiser. Si les investissements étrangers se sont élevés en France à 34,6 milliards d’euros en 2022, selon l’Insee, le montant du flux était supérieur à 35 milliards en 2018 et avait frôlé les 40 milliards en 2015.

« La plupart des projets annoncés lors du sommet sont des projets qui auraient vu le jour avec ou sans le sommet », estime de son côté Sylvain Bersinger, chef économiste au cabinet Asterès, interrogé par l’AFP« Le cœur de l’attractivité française ne réside pas là-dedans », explique-t-il, citant plutôt le système éducatif, le cadre « juridique, fiscal, l’environnement d’innovation, le marché local ».

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