Services publics en France, un problème d’organisation ou de moyens ? 

Services publics en France, un problème d’organisation ou de moyens ? 

Depuis plusieurs années, la question du manque de ressources est avancée pour expliquer la dégradation des services publics en France (santé, éducation, transports, etc.). Les difficultés des services publics en France sont-elles provoquées par un déficit de moyens financiers ou par des problèmes d’organisation ? 

Le service de santé, une faible efficience 

La crise sanitaire a souligné les problèmes auquel est confronté le système de santé français. Ces problèmes sont multiples et anciens. Les déserts médicaux se développent sur fond d’insuffisance du nombre de patriciens disponibles. La saturation des services d’urgence provient de la disparition des médecins de garde. Les hôpitaux accumulent tout à la fois sous-investissement et déficits. La logique comptable qui aurait été retenue par les pouvoirs publics avec l’instauration de la tarification à l’activité a été jugée, en partie, responsable de la désorganisation des hôpitaux. 

Par rapport à ses partenaires, la France, tout en dépensant plus que ses partenaires, a moins de médecins et de lits. Les dépenses publiques de santé représentaient, selon Eurostat, 9,2 % du PIB, en 2022, en France, contre 8,5 % en Allemagne ou aux Pays-Bas et 7,8 % du PIB en Finlande. La France comptait, selon l’OCDE, 5,7 lits pour 1 000 habitants, contre 7,1 en Autriche et 7,8 en Allemagne. Les Pays-Bas n’en comptaient, en revanche, que 2,9 et la Finlande 2,8. 

La France a, à partir des années 2000, prit le parti de développer l’ambulatoire en réduisant le nombre de lits. En 2021, le nombre de médecins pour 1 000 habitants était, toujours selon l’OCDE, de 3,4 en France, contre 5,5 en Autriche, 5 en Allemagne, 3,8 aux Pays-Bas et 3,7 en Finlande. 

La France se caractérise par ailleurs par la faible rémunération des professionnels de santé. En moyenne, la rémunération du personnel infirmier en hôpitaux était, en 2020, selon l’OCDE, de 35 531 euros, contre 60 051 euros en Allemagne. Pour les médecins spécialistes, la rémunération est également deux fois plus élevée outre-Rhin. La France souffre en matière de santé d’une faible efficience de la dépense publique. Les problèmes sont connus de longue date. Les relations entre la médecine de ville et les hôpitaux sont insuffisantes. Les médecins généralistes devraient être rattachés à des établissements de santé et bénéficier d’un accès plus aisé à des outils de diagnostic. La généralisation des cabinets médicaux pluridisciplinaires est lente à se concrétiser. Faute de moyens, les médecins de ville ne peuvent pas recruter des assistants pouvant les épauler. 

Les relations sociales entre les différentes catégories de personnel au sein des hôpitaux demeurent complexes et sources de dysfonctionnements. La productivité y est faible. L’attractivité des professions de santé tend à décliner en raison des rémunérations faibles et de la lourdeur du travail.

25 % des Français y ont accès à la prévention quand ce taux dépasse 50 % en moyenne en Europe 

La prévention et le dépistage sont faibles en France en comparaison des pratiques en Europe. Seulement 25 % des Français ont accès à la prévention quand ce taux dépasse 50 % en moyenne en Europe. Ce faible score français est obtenu malgré des dépenses en la matière qui sont comparables à celles des autres pays européens (autour de 0,7 point de PIB). 

Le service de l’éducation, une baisse de niveau et de motivation

Les dépenses publiques d’éducation représentaient, en 2021, selon l’OCDE, 5,3 % du PIB, contre 4,5 % en Allemagne et 5 % aux Pays-Bas. En Europe, seule la Finlande dépense plus que la France pour l’éducation. Or, depuis plus de vingt ans, la France décline dans les classements concernant le niveau des élèves. La France occupe les derniers rangs de l’OCDE pour les mathématiques et les sciences. 

La France se caractérise par le nombre élevé de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation (NEETS). La proportion des 15 à 29 ans dans cette situation était, selon l’OCDE, en 2022, de 15,5 % en France, contre 10 % en Allemagne et 7,8 % aux Pays-Bas. 

Le taux de chômage des moins de 25 ans en 2022 s’élevait à 16 % en France, contre 5 % en Allemagne et 6 % aux Pays-Bas. 

Le système éducatif français est plus rigide, plus centralisé que celui de ses partenaires européens. Les techniques d’éducation demeurent traditionnelles, magistrales et peu axées sur l’esprit d’initiative des élèves. L’arrivée des technologies de l’information et de la communication y est tardive. De nombreux établissements scolaires sont vétustes. 

Le salaire moyen des enseignants est, en France, bien plus faible que celui enregistré dans les autres pays européens. Un enseignant du primaire gagnait, en 2021, selon l’OCDE, 38 000 euros en France, contre 64 000 en Allemagne, 55 000 aux Pays-Bas ou 54 000 euros en Finlande. Les faibles rémunérations conduisent à une faible attractivité du secteur de l’éducation. La formation du personnel enseignant est relativement faible ce qui n’est pas sans conséquence sur le niveau des élèves. 

Une décentralisation accrue du système éducatif avec une meilleure allocation des ressources serait sans nul doute nécessaire. Les moyens alloués devraient être mieux proportionnés aux situations locales. Des établissements accueillant des jeunes d’origines diverses doivent bénéficier d’un soutien logistique plus élevé que ceux dont les origines des élèves sont plus homogènes. 

Un service public de l’emploi perfectible 

La France a connu un chômage de masse plus longtemps que la moyenne de ses partenaires. La décrue y a été plus lente et moins forte. En 2022, le taux de chômage était de 7,2 % de la population active, contre moins de 5 % en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Autriche. Le taux de chômage de longue durée était de 2 % en France, contre 1 % en Autriche, de 0,8 % en Allemagne et de 0,5 % aux Pays-Bas. 

En matière d’indemnisation du chômage, la France enregistre un niveau de dépenses supérieur aux autres pays européens. Pour les dépenses actives en faveur du marché du travail (formation, aides à la réinsertion, etc.), la France est dans la moyenne européenne. En dépenses passives, la France consacrait, en 2022, selon l’OCDE, 3,2 % du PIB, contre 1,4 % en Allemagne. Les dépenses actives s’élevaient à 0,75 % du PIB, en 2022, comme l’Autriche. Elles étaient de 0,6 % du PIB en Allemagne et de 0,8 % en Finlande. 

L’essor de l’alternance et de l’apprentissage, depuis 2018, est réel en France. Un million de contrats ont été signés en 2022, contre 300 000 en 2017. Malgré le Plan d’investissement dans les compétences qui a pour objectif de former deux millions de personnes en cinq ans, les problèmes d’accompagnement des demandeurs d’emploi demeurent. 

En 2022, seulement 670 000 d’entre eux ont bénéficié d’une formation sur un total supérieur à 2,2 millions de chômeurs (au sens du Bureau international du travail). 

L’insuffisance de l’évaluation des politiques du marché du travail. 

La France réorganise en permanence son système d’aide à l’emploi. Pôle Emploi était né de la fusion des Assedic et de l’ANPE. Le 1er janvier 2024, Pôle emploi deviendra France travail. Au-delà du changement de nom, France travail doit contribuer à l’objectif de plein emploi. Ce nouveau réseau s’appuiera sur trois opérateurs : 

  • France travail (ex-Pôle emploi) ; 
  • France travail jeunes (missions locales) ; 
  • France travail handicap (Cap emploi). 

Le système public de l’emploi est et restera complexe du fait de la dispersion des compétences entre acteurs nationaux et locaux. Les demandeurs d’emploi les plus fragiles sont mal suivis. Les prestations sont peu conditionnées à des suivis de formation ou à des actions volontaires de réinsertion professionnelle. 

La France, dont les dépenses publiques absorbent 58 % du PIB, ne manque pas de moyens par rapport à ses partenaires. La faible efficience de ses services publics est à mettre au compte de problèmes d’organisation et d’une mauvaise allocation des ressources. Les professionnels de la santé comme ceux de l’éducation sont notoirement mal payés, ce qui génère une forte amertume et un désengagement. La lourdeur des procédures administratives réduit l’initiative et la diffusion des innovations que ce soit en matière de santé ou d’éducation.

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