Rentrée littéraire 2025 : Quand les écrivains français vous parlent de l’étranger

Rentrée littéraire 2025 : Quand les écrivains français vous parlent de l’étranger

Les chiffres de la rentrée littéraire 2025 donnent encore une fois le tournis : 484 romans sont annoncés dont 344 en français et 73 premiers romans. Découvrez notre sélection pour Les Français de l’étranger

Une avalanche de titres. Une déferlante d’intrigues et de personnages dans laquelle il sera encore une fois difficile de se retrouver. Vous n’avez certes pas besoin de notre site pour identifier les têtes d’affiche qui font déjà les gros titres des magazines. Emmanuel Carrère, Amélie Nothomb ou Sorj Chalandon font déjà l’actualité de la rentrée. Nous avons choisi de notre côté un fil rouge autour de notre identité de français de l’ailleurs : Valoriser des écrivains qui vous parlent de l’étranger autour d’une sélection qui fait la part belle aux thèmes qui vous sont familiers : l’exil, la mobilité, le choc ou le mariage des cultures. Et le contact avec l’autre dans ce qu’il peut avoir de déroutant ou de merveilleux.

Sélection littéraire 2025 pour les Français de l'étranger

Richard Benzine - L’homme qui lisait des livres (Julliard) :

« Face aux ruines, il reste les mots, et la dignité qu’ils protègent »

Face à une actualité hélas tragique à Gaza, Richard Benzine, enseignant et chercheur, propose une vision humaniste et lettrée du conflit. L’histoire d’un libraire palestinien est ici contée et devient une leçon de résilience face à l’horreur. L’amour des livres est le point fixe d’une famille palestinienne prise dans le tourbillon d’une Histoire qui s’accélère et devient folle. On retiendra la figure du photographe français en quête du cliché ultime et la critique fine de son voyeurisme intéressé qu’en fait Benzine.

Richard Benzine - L’homme qui lisait des livres (Julliard)

Sarah Chiche - Aimer (Julliard)

« Ce sont des personnages qui vivent à cheval entre deux continents, comme si l’amour lui-même était un exil »

Ici, il est sans surprise affaire d’amour traité par une autrice à la formation de psychologue freudienne. Mais l’amour dans ce roman n’est pas seulement traité sous l’angle sentimental ou psychanalytique. À travers l’amour de l’argent, de la religion, des garçons comme des femmes, Sarah Chiche publie un livre choral qui suit un couple sur plus de 70 ans de relation. Entre la rencontre en 1984 et le dernier chapitre qui se déroule en 2054 nous suivons des amants qui appartiennent à ces « élites transatlantiques ». La fiction se déroule entre la Suisse et New-York où un scandale pharmaceutique va servir de moteur au récit. Un roman qui devrait parler intensément à nombre de nos lecteurs qui connaissent les relations entre pays distants de plusieurs milliers de kilomètres.

Sarah Chiche - Aimer (Julliard)

François-Henri Désérable - Chagrin d’un chant inachevé (Gallimard)

« Marcher sur les pas du Che, c’est aussi interroger la place d’un écrivain français en Amérique latine »

Désérable est un familier du récit de voyage. « L’usure du monde » lui avait ouvert voilà deux ans les portes de l’Iran à travers ses portraits de femmes en lutte. L’écrivain atypique, ancien joueur de hockey et secrétaire à la Croix-Rouge, part ici sur les traces d’un mythe, celui du Che Guevara et de son célèbre voyage en Amérique latine à moto. De Buenos Aires à Caracas, mais aussi à travers le Pérou, le Chili ou la Colombie « Chagrin d’un chant inachevé » réussit à éviter le piège de l’hagiographie guévariste ou le pénible hymne révolutionnaire motorisé. L’auteur a choisi résolument le regard du touriste, la mise en scène d’un récit avec des temps forts et temps faibles, sans mégoter son plaisir de découvrir. Face au Machu Pichu, on vibre avec lui comme on se moque ironiquement de certains de ces touristes croisés.

François-Henri Désérable - Chagrin d’un chant inachevé (Gallimard)

Isabella Hammad - Hamlet le long du mur (Gallimard)

« Quand ils regardent nos soldats, ils voient des fils et des filles »

La jeune autrice britannique, diplômée d’Oxford, a fait un début remarqué en 2019 avec un premier roman intitulé « le parisien ». Elle vous emmène désormais de Londres à Haïfa dans une fiction douce-amère. Sonia, metteuse en scène française, part se ressourcer auprès de sa sœur aînée dans la ville portuaire du nord d’Israël où elle compte échapper aux tourments d’une carrière théâtrale qui connaît des ratés. Sur un thème classique Hammad va nous plonger dans un récit ironique et tendre, plus politique qu’il n’y paraît. Sonia veut s’atteler à son rêve : Jouer Hamlet à Ramallah. Un défi et une prouesse dans la Palestine d’aujourd’hui.

 

Isabella Hammad - Hamlet le long du mur (Gallimard)

Léonor de Récondo - Marcher dans tes pas (L’iconoclaste)

« L’exil de ma grand-mère est une part de mon ADN littéraire »

Le 18 août 1936 la vie d’Enriqueta bascule : elle doit quitter précipitamment sa maison menacée par les franquistes. Quarante ans plus tard, Léonor de Récondo, sa petite fille née française, va s’emparer d’une disposition législative espagnole pour récupérer la nationalité de son aînée. Ce livre parlera à tous les binationaux qui connaissent la double appartenance et qui sont parfois confrontés à des histoires nationales complexes ou antagonistes. Marcher sur les pas de sa grand-mère est avant tout un acte de tendresse littéraire vis-à-vis de celle qui est une référence forte pour l’auteur. Mais le récit pose aussi clairement la question de la transmission de la mémoire orale ou des récits familiaux imparfaits face aux réalités plus documentées des historiens.

Léonor de Récondo - Marcher dans tes pas (L’iconoclaste)

Alain Mabanckou - Ramsès de Paris (Seuil)

« J’écris depuis la Californie, mais je reste habité par les rues de Paris et les ombres de Pointe-Noire »

Le franco congolais, Alain Mabanckou exerce désormais comme professeur en Californie et c’est depuis cet exil doré qu’il évoque le Paris des diasporas africaines. Son récit est centré autour du quartier de Château Rouge et de Berado jeune écrivain ambitieux qui vient rejoindre son tumultueux frère aîné dans la capitale.

En digne descendant de Lucien de Rubempré il met ses charmes au service de la conquête de nombreuses jeunes femmes jusqu’à ce qu’il décide de se marier sur un coup de tête. Une décision qui va le priver du soutien de sa grand-mère et matriarche et provoquer une série de rebondissements savoureux. Ce roman fera aimer le Paris africain à ceux qui ne le connaissent que trop peu, il fournira aussi une belle illustration de la multi-appartenance culturelle.

Alain Mabanckou - Ramsès de Paris (Seuil)

Emmanuel Carrère - Kolkhoze

« Je me suis plongé dans l’histoire familiale comme on explore un pays étranger »

On ne présente plus un des plus gros vendeurs français. Mais pour ceux qui l’ignoreraient encore, il est aussi le fils de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse à qui il consacre 600 pages documentées et palpitantes. Faire le portrait d’une mère disparue voilà deux ans n’est pas une sinécure quand cette dernière était une personnalité politique du RPR et une historienne de renom devenue secrétaire perpétuel de l’Académie française. Autant dire un monument auquel Carrère fils décide de s’attaquer à tous les sens du terme. Le portrait se révèle doux amer. Le romancier n’hésite pas à documenter les distances et les duretés d’une mère qui aura sacrifié une partie de sa vie de famille au service de ses ambitions.

Pour les Français de l’étranger que nous sommes ce sera l’occasion de se replonger dans l’histoire de l’émigration venue de l’est.

Emmanuel Carrère - Kolkhoze

Et les autres alors ?

Au-delà de notre sélection destinée aux Français de l’étranger, on pourra citer la toujours prolifique Amélie Nothomb et son Tant mieux (Albin Michel), son humour décalé et son univers gothique et baroque à la fois. Le nouveau roman de Laurent Mauvignier, une plume toujours élégante, qui livre ici La maison vide (Albin Michel) annoncé comme un possible favori des prix littéraires de l’automne. Nathacha Appanah revient avec trois récits de féminicide dans La nuit au cœur (Gallimard) thème qu’elle a déjà exploré dans ses précédents romans mauriciens.  Catherine Millet se plie à l’exercice de l’autoportrait avec Simone Emonet (Flammarion) plus de 20 ans après « Vie sexuelle de Catherine M » mais dans une version plus intellectuelle et mondaine.

 

Auteur/Autrice

  • Boris Faure est l'ex 1er Secrétaire de la fédération des expatriés du Parti socialiste, mais c'est surtout un expert de la culture française à l'étranger. Il travaille depuis 20 ans dans le réseau des Instituts Français, et a été secrétaire général de celui de l'île Maurice, avant de travailler auprès des Instituts de Pologne et d'Ukraine. Il a été la plume d'une ministre de la Francophonie. Aujourd'hui, il collabore avec Sud Radio et Lesfrancais.press, tout en étant auteur et représentant syndical dans le réseau des Lycées français à l'étranger.

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