Hausse des frais de scolarité dans les lycées français à l’étranger, gouvernance contestée de l’opérateur public, absence de pilote clairement identifié, le député MoDem des Français d’Allemagne, d’Europe centrale et des Balkans, Frédéric Petit, prend position sur l’avenir de l’AEFE. « Le pilote de la réforme doit être à l’intérieur de la structure. Sinon, il n’y aura pas de réforme », affirme-t-il sans détour. Dans ce podcast Lesfrancais.press, le parlementaire détaille ses propositions pour (re)lancer la réforme de ce réseau et mettre un terme à plus de huit ans d’attente, alors que les familles françaises expatriées font face à une hausse continue des frais de scolarité.
Écouter le podcast avec Frederic Petit
Hausse des frais de scolarité dans le réseau AEFE
En ce début d’année 2026, pour de nombreuses familles françaises établies hors de France, la réalité est tangible : les frais de scolarité augmentent dans les établissements du réseau d’enseignement français à l’étranger. Une décision difficile à accepter alors que la réforme annoncée de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) reste encore floue. Interrogé sur un éventuel manque de transparence concernant cette augmentation des coûts, le député s’explique.
« Équilibrer les comptes, ce n’est pas la réforme »
Frédéric Petit, député des Français de l’étranger – 7ème circonscription
En tant que rapporteur budgétaire à l’Assemblée nationale, il affirme disposer des données nécessaires : « Depuis huit ans, j’ai les chiffres que je demande tout le temps (à l’AEFE). » Ce qui le questionne, c’est la cohérence entre les décisions centrales et l’application locale. Il évoque notamment les mesures financières adoptées lors du conseil d’administration du 18 décembre censées générer 35 millions d’euros d’économies. Ce qu’il réclame donc, c’est une traçabilité claire : « Montrez-moi la chaîne logique de management entre la décision du Conseil (…) et ce que vous annoncez dans les lycées ».
L’AEFE : un manque d’anticipation de l’opérateur
Pour Frédéric Petit, il faut d’abord remettre les choses en perspective. « Équilibrer les comptes, ce n’est pas la réforme ». Selon lui, le problème est ailleurs : « La catastrophe, elle est annoncée depuis huit ans, et elle ne vient pas de là. » Pour le parlementaire, la crise actuelle trouve son origine dans un déficit d’anticipation et de réforme interne. Au cours de ce podcast, Frédéric Petit tient aussi à rappeler la nature juridique de l’AEFE : « L’opérateur, c’est quelque chose qui n’est pas l’État ».

Certes, souligne-t-il, l’État en est le principal financeur, mais l’Agence dispose d’une gouvernance propre. Et c’est précisément celle-ci qu’il met en cause : « cette gouvernance, malgré les alertes, n’a pas vu qu’elle allait dans le mur. » Pour lui, le déficit actuel ne saurait masquer la réalité : « Le problème (…) c’est une absence d’anticipation et de réforme profonde et structurelle de l’opérateur. »
Qui pilote la réforme actuelle de l’AEFE ?
Pour dessiner l’avenir des lycées français à l’étranger, les initiatives se multiplient. Une mission parlementaire a ainsi été confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne. De leur côté, les sénateurs Mathilde Ollivier et Yan Chantrel travaillent à la rédaction d’un rapport d’information. La direction générale de la mondialisation du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères s’est également saisie du dossier, tout comme la ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Éléonore Caroit. Autant d’acteurs mobilisés. Mais une question demeure : qui pilote réellement la réforme ?
« Le pilote de la réforme (de l’AEFE) doit être à l’intérieur de la structure. Sinon, il n’y aura pas de réforme »
Frédéric Petit, député des Français de l’étranger – 7ème circonscription
Pour notre invité, la réponse ne fait aucun doute : l’impulsion ne peut venir que de l’intérieur même de l’AEFE. « Le pilote de la réforme doit être à l’intérieur de la structure. Sinon, il n’y aura pas de réforme », affirme-t-il. Et le député d’illustrer son propos par cette image : « C’est comme si je veux que le bus tourne à droite et que je me trouve à l’extérieur du bus. Le député insiste donc sur la nécessité d’un responsable identifié. Il propose notamment que la direction soit davantage responsable devant le Parlement, comme c’est le cas pour d’autres opérateurs publics.
Clarifier les deux missions de l’AEFE
Pour le parlementaire, l’AEFE doit clairement séparer ses deux missions : d’un côté, la gestion des établissements en gestion directe (EGD), qui nécessite une expertise opérationnelle forte. Et de l’autre, le développement de l’enseignement français à l’étranger, l’animation du réseau, incluant par exemple les dispositifs FLAM (Français langue maternelle), le label France Éducation ou encore les coopérations locales. « Ce sont deux métiers différents », insiste-t-il, plaidant même pour la création de deux lignes budgétaires distinctes afin de garantir lisibilité et efficacité.

Lors de cet entretien avec Lesfrancais.press, il rappelle aussi que la diplomatie culturelle et éducative fait partie intégrante des statuts de l’Agence pour renforcer l’influence française à l’étranger. Face aux parents d’élèves inquiets, Frédéric Petit se veut pragmatique mais confiant. « Moi, je suis trop vieux pour être pessimiste. » Il reconnaît la lenteur des réformes administratives : « L’État se réforme lentement. » Mais il perçoit aujourd’hui un alignement des volontés, tant au niveau parlementaire que gouvernemental. « Je sens que tout le monde commence à s’aligner » partage-t-il à notre micro.
La réforme de l’AEFE s’impose donc comme un enjeu stratégique pour la France et ses près de 400.000 élèves scolarisés dans le réseau à travers le monde. Entre impératifs budgétaires, exigences de gouvernance, ambitions de rayonnement culturel, et résultat au baccalauréat, l’équation est complexe. Pour Frédéric Petit, la clé réside dans la clarification des responsabilités et dans un pilotage interne assumé. Reste à savoir si 2026 marquera enfin le début d’une transformation structurelle du réseau d’enseignement français à l’étranger. « Je sens que tout le monde commence à s’aligner » partage-t-il à notre micro en guise de conclusion. Les familles, elles, attendent aussi des réponses concrètes.
Courrier de Frédéric Petit adressé à Claudia Scherer-Effosse, directrice Générale de l'AEFE
Auteur/Autrice
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Jérémy Michel est rédacteur en chef adjoint du média Lesfrancais.press. Il est également coach en développement personnel et formateur en communication. Jérémy a auparavant travaillé au sein de diverses institutions politiques françaises et européennes. Il a aussi été en charge des affaires publiques d’un grand groupe spécialisé dans la santé.
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