Quand le protectionnisme s’étend, la croissance recule 

Quand le protectionnisme s’étend, la croissance recule 

Depuis 2017, le commerce international est entré dans une nouvelle ère. Le cycle de mondialisation engagé à la fin des années 1980 semble s’être achevé. La multiplication des obstacles tarifaires et juridiques pèse sur les échanges et commence à se faire ressentir sur la croissance des différents États. Les obstacles aux échanges commerciaux (droits de douane, interdictions d’importer ou d’exporter, de transférer certaines technologies…) se sont multipliés depuis le début des années 2000, et particulièrement depuis 2017. Leur nombre est passé de 400 à plus de 2 500.

Montée en puissance du protectionnisme sur fond de souverainisme économique

La progression est vive depuis la survenue de l’épidémie de covid. Le covid et la transition énergétique s’accompagnent d’une montée en puissance du protectionnisme sur fond de souverainisme économique. Les gouvernements recourent à des systèmes de protection de leur marché intérieur. Ils n’hésitent plus à subventionner certaines productions et à instaurer des incitations visant à favoriser la production nationale. 

Les États-Unis ont accru leurs droits de douane sur certaines importations chinoises et ont adopté l’Inflation Reduction Act qui autorise le gouvernement fédéral à aider des entreprises créant des installations sur le territoire américain contribuant à la décarbonation. L’Europe pratique de même avec son pacte vert. 

Le gouvernement français finance l’installation d’usines de production de batteries et a institué un bonus/malus automobile qui vise avant tout les voitures importées. La Chine a pris des mesures de rétorsions contre l’Europe et les États-Unis. La croissance des échanges mondiaux a fortement ralenti. Cette dernière est désormais inférieure à celle du PIB quand elle y était, durant les années 1990/2010, deux fois supérieure. La multiplication des obstacles au commerce fait ainsi baisser nettement l’élasticité du commerce mondial de biens par rapport au PIB mondial. Si, en volume l’élasticité du commerce mondial de biens par rapport au PIB mondial était restée à son niveau des années 2002/2008, la croissance de ce dernier aurait été de 6,4 % et non de 0,5 % en 2022 et de 2,8 % et non de 0,8 % au 1er trimestre 2023.

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La zone euro est la plus exposée aux variations du commerce international

La zone euro plus exposée

La faible croissance du commerce extérieur pèse sur l’activité en réduisant les exportations. Elle a provoqué une moindre croissance des exportations de 2,4 points pour les États-Unis, de 2,5 points pour la Chine et de 3,8 points pour la zone euro pour le seul premier semestre 2023. 

La zone euro est la plus exposée aux variations du commerce international en raison du rôle des exportations au sein de son PIB. En France, les exportations représentent 35 % du PIB. Pour l’Allemagne, elles représentent 50 % du PIB et plus de 60 % pour les Pays-Bas. En termes de croissance, le manque à gagner est de 0,2 point pour les États-Unis, de 0,4 point pour le Japon de 0,8 point pour la zone euro et de 0,9 point pour la Chine pour le premier semestre 2023. 

Une amplification des mesures accentuerait le ralentissement de la croissance mondiale. Elle se traduirait par une perte de pouvoir d’achat pour les ménages et une inflation plus importante.

Le protectionnisme est synonyme de ralentissement économique

Le protectionnisme est censé réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur et contribuer à la réindustrialisation. Les expériences passées prouvent le contraire. Le protectionnisme est synonyme de ralentissement économique. Les tarifs Méline pour protéger l’économie française à la fin du XIXe siècle ont retardé sa modernisation. Les périodes de forte croissance en France coïncident avec l’ouverture des frontières, que ce soit durant le Second Empire ou durant les Trente Glorieuses. Aux États-Unis, les mesures protectionnismes prises dans les années 1980 pour sauver des emplois dans la sidérurgie ont accéléré le déclin de l’industrie automobile. Le bilan au niveau de l’emploi a été négatif. Le protectionnisme accentue les tensions internationales, les États pratiquent une surenchère sans fin.

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