« Pour une poignée de faux dollars »

« Pour une poignée de faux dollars »

« Pour une poignée de faux dollars », le récit d’un routard français qui a passé des mois en prison au Népal pour une broutille.

Rien ne prédestinait Renaud Meyssonnier à devenir un routard  avide de voyages pas chers. Ce jeune homme de 34 ans a passé son enfance dans la petite localité de Craponne-sur-Arzon en Haute-Loire, entre les forêts de Mélèzes et les volcans éteints. L’historien de formation a étudié à Saint- Etienne et réside désormais à Monistror-sur-Loire. Ce garçon du massif central est issu d’une famille modeste qui a les pieds solidement arrimés dans le terroir. Depuis ses 20 ans, Renaud a pourtant dédié une partie de sa vie aux voyages au long cours et aligne des milliers de kilomètres dans une philosophie de la débrouille et de l’ouverture aux autres qui l’a conduit aux 4 coins du monde. Mais ce globe-trotter heureux s’est retrouvé confronté à une expérience incroyable et traumatisante en 2015. Après six mois de voyage, il est en effet arrêté en Asie, à la frontière du Népal, pour la possession de quelques coupures de faux billets qu’il s’est fait refiler à son insu. Commence alors une descente aux enfers, une incarcération qui va lui coûter plusieurs mois de sa vie enfermé dans des prisons sordides parmi des prisonniers parfois violents.

Prison d’hommes au Népal 2020 ©AFP

Renaud tire de cette privation de liberté et de l’immersion dans les geôles népalaises un récit étonnant qu’il a décidé de partager avec les lecteurs. Entre catharsis, expérience spirituelle et confession en forme de mea culpa sur ses erreurs de jugement, Renaud Meyssonnier nous livre en creux le portrait d’un honnête homme voyageur, d’un individu tolérant et modeste qui a fait du voyage sa raison d’être.

Ecrit d’une belle plume sur un rythme haletant, « Pour une poignée de faux dollars » vaut pour sa parfaite sincérité, son style direct, son sens du récit. Vous le dévorerez comme je l’ai dévoré.Vous pouvez participer à la cagnotte qui permettra au livre d’être édité. Il vous parviendra contre la somme de 20 euros.

L’interview de Renaud Meyssonnier

Renaud Meyssonnier

Lesfrancais.press : Renaud, comment vous est venue cette passion du voyage ?

Je ne suis pas d’une famille de voyageurs. Mais j’ai appris à lire avec Tintin. J’avais une curiosité pour la géographie. Un atlas que mes parents m’avaient offert me suivait partout en vacances. J’ai une attirance pour l’ailleurs même si je ne suis pas d’un milieu où c’est vraiment valorisé. 

Lesfrancais.press : Vous venez du massif central, est-ce que votre milieu d’origine a pesé sur vos choix ?

Mon père est issue d’une famille de paysans de la Haute-Loire, c’est une famille de sédentaires heureux. Ma mère est originaire de région parisienne et est venue s’installer en Haute-Loire mais elle est issue également d’un milieu ouvrier où on voyage très peu. Mais il y a cependant des voyageurs dans le massif central. Et j’ai pu en devenir un.

Lesfrancais.press : A l’origine, vous découvrez l’auto-stop pour aller à la fac ?

Il y a peu de bus qui font Monistrol – Saint Etienne, et je me mets au stop par défaut. Je ne voulais pas arriver en retard en cours et je me suis rendu compte que j’arrivais avant le bus en choisissant de faire de l’auto-stop.  Cela marche en réalité très bien dans la région de Saint-Etienne. Je découvre alors l’aspect magique du déplacement gratuit. J’imagine voyager comme cela. Et c’est ainsi que je vais faire un premier voyage à l’étranger en parcourant la Norvège à l’été 2008. 

Lesfrancais.press : L’expérience que vous allez vivre au Népal, l’arrestation puis l’incarcération, agissent pour changer votre regard sur le voyage et vous-même. Comment ressentez-vous les choses rétrospectivement ?

J’étais un peu trop optimiste, un peu trop confiant en moi-même. J’ai sous-estimé les difficultés lors du grand voyage que j’ai voulu réaliser à partir de mai 2015. J’avais au départ une forme de timidité puis de la confiance excessive notamment parce que j’avais pu aller jusqu’à Moscou en stop puis traverser la Russie en train sans encombre. Quand je suis arrêté par la police au Népal, j’étais très optimiste. Trop optimiste. Manquant d’humilité devant les policiers. Avant le Népal je n’avais pas conscience que dans un pays étranger on n’appartient plus vraiment à la France mais au pays dans lequel on se trouve. Il ne faut pas trop la ramener. On est à la merci de la justice et de la police locales. Et il y a des limites à ne pas dépasser.

Lesfrancais.press : Pouvez-vous nous raconter justement votre arrestation au Népal ?

Je trouve des faux dollars boudhistes au Vietnam en octobre 2015. Ce sont des offrandes. Je les ramasse par curiosité, en souvenir. Quand je suis ensuite en Thaïlande j’échange auprès d’un vendeur clandestin mes euros contre des dollars. Ce sont en réalité des faux billets, je me fais avoir. C’est là où l’optimisme me trahit. J’aurais pu regarder de près ces faux billets qui étaient dans ma poche. Je n’y touche pas. Je les oublie. En arrivant à la frontière népalaise je dois régler un visa en dollars. Et c’est alors à la douane du Népal que je me rends seulement compte que ces billets sont des faux. De là une fouille et des ennuis car tous les billets que je transporte sont vus comme des contrefaçons, ce qui est un délit.

Lesfrancais.press : Comment vont se passer l’expérience de la cellule pendant la longue garde à vue puis celle de la prison ?

Je passe trois semaines en cellule pour la garde à vue. Au départ on ne me dit rien. Au moment de l’arrestation je ne sais même pas que je vais faire de la prison. Chaque lieu de détention a ses règles particulières. Cette garde à vue est très stressante. Je suis là pour une durée indéterminée. Je savais que j’allais passer devant le juge et c’était très oppressant. Les conditions de confort dans la cellule étaient plus que spartiates. Dans la cellule surpeuplée on ne pouvait pas s’allonger tous pour dormir. On dormait sur le plancher. Il y avait aussi de la violence entre détenus. Je suis témoin de cette violence. Je n’en subis pas directement mais c’est peu agréable d’être dans un tel environnement manquant de sécurité. Je suis jugé ensuite et je prends un an de prison. C’est un moment très difficile. Dans la prison, il y a certes une amélioration des conditions de détention. Pas de violence entre détenus. Mais cela reste sale et bruyant. Je dois m’adapter à ces conditions de vie nouvelle, j’apprends aussi de bonnes choses. L’échange avec les autres. Les règles des lieux. Les apprentissages de la vie dans un espace réduit. Je reste 8 longs mois en prison.

Lesfrancais.press : Quels sont les conseils que vous donneriez  aux jeunes voyageurs pour éviter pareille mésaventure ?

Ne pas être en terrain conquis. Il faut s’intéresser à la culture locale. Il faut respecter les coutumes du pays. Les gens et la police y sont sensibles. Si on est arrêté, une erreur à ne pas faire est de ne pas prendre tout de suite un avocat directement. Plus on attend plus cela s’envenime. Au Népal, la police et la justice étant corrompues il y avait des espoirs de pots de vin. Je n’ai pourtant pas payé. Dans pas mal de pays les pots de vins sont coutumiers. C’est malheureux mais c’est ainsi. 

Lesfrancais.press : Quel regard vous portez sur l’assistance consulaire de l’Ambassade de France ?

La police n’est pas censée contacter l’Ambassade systématiquement. J’aurais pu être poursuivi en France pour ce que j’avais fait au Népal. Si c’est quelque chose de plus grave et que l’Ambassade et le ministère des Affaires étrangères sont mis au courant, il peut y avoir un jugement ensuite en France et un éventuel emprisonnement. J’espérais de mon côté une aide de l’Ambassade mais le devoir d’assistance a été réduit au minimum syndical. Je n’étais pas dans la capitale mais à trois cents kilomètres. Cela explique sans doute l’assistance réduite. Quand j’ai été condamné à un an de prison, mes parents se sont mobilisés et ont pu créer une association pour entrainer les politiques. Le ministère des Affaires étrangères a ensuite mis la pression nécessaire pour me faire libérer par anticipation. J’ai bénéficié d’une grâce pour les quatre derniers mois de réclusion.

Lesfrancais.press : Aujourd’hui vous en êtes où ? Prêt à repartir ?

Le plus important c’est d’être vivant, libre et en bonne santé. J’ai désormais une soif de liberté énorme. Après avoir été libéré j’ai fait un tour du monde de trois ans. J’apprécie davantage les choses simples, et la liberté est désormais pour moi une chance. Je suis rentré en France pendant la COVID. J’avais prévu de voyager encore plus mais j’ai dû écourter mon tour du monde. Je veux repartir désormais. Je veux faire un visa de travail en Australie pour aller bosser là-bas. La règlementation impose que cela soit fait avant mes 35 ans. J’en ai 34. J’espère reprendre la route très vite.

Auteur

  • Boris Faure est l'ex 1er Secrétaire de la fédération des expatriés du Parti socialiste, mais c'est surtout un expert de la culture française à l'étranger. Il travaille depuis 20 ans dans le réseau des Instituts Français, et a été secrétaire général de celui de l'île Maurice, avant de travailler auprès des Instituts de Pologne et d'Ukraine. Il a été la plume d'une ministre de la Francophonie. Aujourd'hui, il collabore avec Sud Radio et Lesfrancais.press, tout en étant auteur et représentant syndical dans le réseau des Lycées français à l'étranger.

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