États-Unis, zone euro : le pétrole de schiste contre la récession.

L’époque est à la décarbonisation. La transition énergétique doit aboutir à l’abandon des énergies fossiles au profit des énergies dites renouvelables. Pour autant, la dépendance des économies au pétrole est forte.

Les cycles économiques s’expliquent par le pétrole

La hausse du prix du baril a provoqué la rupture de la croissance à maintes reprises que ce soit en 1973, en 1980, en 1990, en 2000 et en 2008. À chaque fois, la hausse du prix du pétrole a provoqué une recrudescence de l’inflation conduisant à une augmentation des taux d’intérêt et un recul du revenu réel qui affaiblissaient l’activité. Lors de ces cinq crises, la corrélation entre hausse du prix du pétrole et chute de la croissance est nette. La forte hausse du cours du pétrole est à l’origine de la crise de 2008. Avec un baril de Brent à 140 dollars, les banques centrales augmentent leurs taux entraînant un ralentissement de l’économie. Les souscripteurs à taux variables sont touchés ce qui conduit à une hausse des défaillances et à la mise sur le marché de biens immobiliers acquis par emprunts. La titrisation des emprunts immobiliers a permis à des personnes à revenus modestes d’acquérir un logement. Cette catégorie de la population est la plus vulnérable en cas de retournement conjoncturel. La mise sur le marché de nombreux biens immobiliers provoqua une baisse de leur valeur. Avec le jeu de la titrisation, la crise se répandit comme une traînée de poudre sur l’ensemble de la planète. La crise de la demande, de facture classique, se mua en crise immobilière puis en crise financière de grande ampleur.

La crise grecque de 2010/2012 est également en partie due au prix du pétrole. La remontée des cours au-delà de 100 dollars le baril pèse sur la croissance de ce pays dont le solde extérieur est fortement dégradé. Les investisseurs commencent à douter de la capacité du pays à rembourser les dettes accumulées et retirent leur soutien financier.

Baisse du prix du baril, retour de la croissance.

A contrario, la chute des cours a permis le retour de la croissance en Europe à partir de 2016. Le baril atteint un point bas en février 2016, à 26 dollars le baril de Brent. Les principales économies européennes enregistrent leur meilleur taux de croissance en 2017. L’expansion de la France atteint alors 2,2 % du PIB. La chute des cours a généré un surcroit de revenus de l’ordre de 1 000 euros par ménage entre 2016 et 2017.

Une des explications du long cycle de croissance de l’économie mondiale depuis la crise de 2009 se trouve en partie dans la faiblesse devenue structurelle des cours du pétrole. La forte augmentation de la production de pétrole de schiste a modifié en profondeur l’équilibre du marché pétrolier. La production américaine de pétrole est passée de 6 à 13 millions de barils jour de 2002 à 2019.

Pétrole de schiste, faiblesse des cours.

Les prix du pétrole restent faibles malgré l’expansion économique. Cette situation concourt au maintien d’une inflation et de taux d’intérêt faibles. Le prix du baril est d’autant plus faible que le contenu de la croissance en énergie tend à diminuer. Par ailleurs, l’essor des énergies renouvelables ralentit la progression de la demande de pétrole. La faible inflation générée par le prix du pétrole se répercute sur les coûts du travail. Ces derniers constituent un facteur important dans les spirales inflationnistes. La faible inflation actuelle réduit les pertes de pouvoir d’achat des ménages. En 1973 comme en 1980, en 2000 et en 2007/2008, les salaires réels avaient enregistré des diminutions du fait de l’augmentation rapide des prix. Depuis dix ans, leur augmentation est faible mais le pouvoir d’achat progresse. Dans le premier cas, la demande avait été pénalisée avec la perte de pouvoir d’achat quand dans le second cas, elle peut poursuivre sa progression.

Les États-Unis bénéficient de manière plus importante des cours faibles du pétrole car ce dernier est moins taxé qu’en Europe. Une chute du prix de pétrole brut s’y répercute plus nettement. Par ailleurs, l’économie américaine profite également de l’essor du pétrole de schiste en tant que producteur. Les autorités américaines souhaitent un cours du pétrole à un niveau intermédiaire, ni trop élevé pour favoriser les consommateurs ni trop bas pour ne pas pénaliser les producteurs de pétrole.

Dix ans de croissance en Europe et aux Etats-Unis

Malgré plus de dix ans de croissance, les pays occidentaux et, en premier lieu, les États-Unis, ne connaissent pas réellement d’augmentation des prix tout en étant en situation de plein emploi. Cette absence d’inflation explique en grande partie le caractère atypique du cycle de croissance actuelle et sa longévité. La très grande sensibilité des pouvoirs politiques face à toute menace de ralentissement économique joue également un rôle non négligeable en empêchant une remontée des taux d’intérêt.

En 2019, les deux grandes banques centrales, BCE et FED, ont été contraintes d’abaisser leurs taux à la simple annonce d’une décélération de la croissance. Ce cycle reposant sur un pétrole bon marché et sur des taux d’intérêt faibles permettant une croissance médiocre mais réelle peut s’interrompre soit du fait d’une augmentation rapide du cours du pétrole, soit de celle des taux d’intérêt provoquée par une crise de défiance.

Risques politiques

Le relèvement des cours du pétrole pourrait être provoqué par une crise majeure au sein du Moyen Orient. Les derniers évènements (attentat contre une raffinerie en Arabie Saoudite et tensions entre les États-Unis et l’Iran) ont eu peu d’impact sur le cours. La menace la plus réelle est celle liée à une guerre préventive contre l’Iran en cas de mise au point manifeste de leur bombe nucléaire. Parmi les autres menaces militaires figure une tentative de déstabilisation de l’Arabie saoudite par l’Iran mais cela aurait pour conséquence une rapide implication des États-Unis.

Le deuxième risque est une stagnation de l’offre de pétrole par sous-investissement. Les faibles prix conduit les entreprises pétrolières à différer leurs programmes de recherche de nouveaux gisements. Par ailleurs, ces derniers exigent des moyens de plus en plus importants pour l’extraction. Compte tenu des cours actuels, leur rentabilité n’est pas assurée. Aux États-Unis, les producteurs de pétrole de schiste ont néanmoins réalisé d’importants gains de productivité afin de contrecarrer les conséquences de la baisse des cours. Une concentration des producteurs est également en cours afin de permettre une mutualisation des investissements.

Une croissance faible de longue durée possible

Du fait de la pression des ONG et de l’opinion publiques en faveur de la décarbonisation de l’économie, les compagnies pétrolières pourraient manquer de fonds propres pour assurer leur développement. La pénurie de capitaux pourrait amener celle de pétrole à moyen et long terme. Concernant les taux d’intérêt, la forte surveillance des banques centrales empêche pour le moment un réel dérapage. Le maintien des taux bas contribue peut-être à celui d’une faible inflation. La relation inflation/taux d’intérêt pourrait s’être inversée. En fixant des taux bas sur de longue période, les banques centrales auraient convaincu les investisseurs que l’inflation ne sera pas de retour de sitôt. Dans ces conditions, le cycle de croissance pourrait perdurer et continuer à battre les records de longévité.

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