Parcoursup : Vers la suppression du lycée d’origine dans les dossiers, quelles conséquences pour les élèves de l’AEFE ?

Parcoursup : Vers la suppression du lycée d’origine dans les dossiers, quelles conséquences pour les élèves de l’AEFE ?

Un rapport parlementaire relance le débat sur l’équité dans l’accès à l’enseignement supérieur en France. Faut-il supprimer la mention du lycée d’origine dans les dossiers Parcoursup ? Derrière cette piste, il existe des enjeux majeurs pour les élèves de l’hexagone… mais aussi pour ceux des lycées français à l’étranger du réseau AEFE. Quelles seraient les conséquences pour les expatriés ? Lesfrancais.press fait le point et relaie les positions des principales fédérations de parents d’élèves.

Un rapport parlementaire pour corriger Parcoursup

Chaque année, la plateforme Parcoursup cristallise les inquiétudes de centaines de milliers de lycéens et de leurs familles, à la fois en France, mais aussi partout dans le monde. Si la procédure technologique est, semble-t-il, désormais bien rodée, les critiques persistent sur les éléments de sélection. Certains soulignent un manque de transparence, d’autres pointent la complexité des critères d’examen des dossiers, d’autres encore s’expriment sur de possibles inégalités territoriales ou sociales.

« Toute évolution visant à réduire les biais liés à la réputation des établissements ou aux déterminismes sociaux peut répondre à un objectif légitime d’équité »

Dans ce contexte, un rapport parlementaire récent rédigé par les députés Pierrick Courbon (Parti socialiste) et Frantz Gumbs (groupe les Démocrates) propose plusieurs pistes d’évolution, dont l’une suscite particulièrement le débat : celle de supprimer la mention du lycée d’origine dans les dossiers transmis aux formations au moment de formuler ses choix sous forme de vœux. L’objectif affiché est celui de lutter contre les biais liés à la réputation des établissements.

Ecole du réseau AEFE
Ecole du réseau AEFE - © Alvaro Portillos

En anonymisant le lycée d’origine, les parlementaires souhaitent recentrer l’évaluation sur les résultats, les appréciations et le projet du candidat. Mais cette mesure, présentée comme un levier d’égalité, soulève de nombreuses interrogations, notamment pour du côté des élèves du réseau de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et de leurs parents.

Parcoursup : la réputation des lycées en question

Le débat n’est d’ailleurs pas nouveau. Depuis la création de Parcoursup en 2018, la manière dont les dossiers sont examinés par les formations de l’enseignement supérieur suscite des interrogations. Universités, classes préparatoires, écoles et instituts disposent d’une marge d’appréciation importante dans l’évaluation des candidatures.

« Pourquoi pas, mais dans les faits il faudrait qu’il y ait une harmonisation des systèmes de notation entre les lycées, sinon comment les formations pourront-elles évaluer le vrai niveau d'un dossier ? »

Au-delà des notes, des enseignements de spécialité, des appréciations des professeurs ou encore du projet de formation motivé, un autre élément peut peser, de façon plus implicite : le nom du lycée d’origine. Un indicateur parfois perçu comme un repère sur le niveau académique du candidat, mais aussi comme un facteur susceptible d’introduire des biais liés à la réputation ou au contexte social de l’établissement.

Lycéens devant l'entrée d'un établissement
Lycéens devant l'entrée d'un établissement

Du côté de la FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Élèves) le principe affiché est compris. L’organisation se dit « attachée au principe d’égalité de traitement entre tous les candidats dans la procédure Parcoursup ». Elle estime ainsi que « toute évolution visant à réduire les biais liés à la réputation des établissements ou aux déterminismes sociaux peut répondre à un objectif légitime d’équité ».

Pour la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger), la prudence est de mise. La fédération parle même d’« idée d’apprentis sorciers », établissant un parallèle avec l’expérience Affelnet, la plateforme d’affectation des élèves de 3e en lycée public, qui suscite aussi de nombreuses interrogations.

Toutefois, concernant la suppression du lycée d’origine, la FAPEE nuance : « Dans l’absolu, pourquoi pas, mais dans les faits il faudrait qu’il y ait une harmonisation des systèmes de notation entre les lycées, sinon comment les formations pourront-elles évaluer le vrai niveau d’un dossier ? »

Un enjeu spécifique pour les lycées français à l’étranger

Car c’est bien là le cœur du problème. Tous les lycées n’évaluent pas de la même manière. Les pratiques de notation, les exigences, voire les moyennes générales peuvent varier sensiblement d’un établissement à l’autre. Sans indication sur le contexte scolaire, une moyenne de 14/20 n’a pas nécessairement la même signification partout.

« La suppression de la mention du lycée d’origine soulève des interrogations majeures, uniquement pour les élèves scolarisés dans les lycées français à l’étranger »

Les élèves scolarisés dans les lycées français à l’étranger du réseau de l’AEFE disposent déjà d’un statut spécifique dans Parcoursup. La FAPEE rappelle qu’« en ce qui concerne les élèves des lycées français de l’étranger, ils ont une particularité dans Parcoursup, celle de ne pas être sectorisés pour les formations non sélectives ». Autrement dit, ils ne sont pas rattachés à une académie précise. La fédération souligne également que, « les formations sélectives, les classes préparatoires par exemple, annoncent en général réserver un pourcentage de places aux élèves du réseau (AEFE), Supprimer toute mention du lycée d’origine rendrait cette pratique difficile, voire impossible à mettre en œuvre ».

Les noms des lycées non mentionnés pour Parcoursup
Les noms des lycées non mentionnés pour Parcoursup

Si la FCPE partage l’objectif d’équité, elle émet aussi une réserve majeure concernant spécifiquement les établissements français à l’étranger. Selon l’organisation, « la suppression de la mention du lycée d’origine soulève des interrogations majeures, uniquement pour les élèves scolarisés dans les lycées français à l’étranger ». Ces établissements appliquent les programmes de l’Éducation nationale, préparent aux mêmes diplômes du baccalauréat et sont pleinement intégrés au service public d’éducation. « Leur effacement complet dans les dossiers pourrait envoyer un signal paradoxal, voire injuste, à l’égard d’un réseau qui contribue au rayonnement éducatif, culturel et linguistique de la France dans le monde », prévient la fédération.

Équité ou invisibilisation des parcours des bacheliers ?

Pour l’UNAPE, l’Union des Associations de Parents d’Élèves de l’Étranger cette proposition répond à « une quête d’équité, dans la mesure où la suppression de la mention du lycée d’origine et l’instauration d’un référentiel de notation unique répondent à une crainte fréquente des parents » et elle permettrait également « la fin de l’opacité ». Pour cette structure « les parents, souvent perdus face à la « boîte noire » des algorithmes, soutiendraient massivement la demande de transparence sur les critères de sélection et le fonctionnement des outils de tri. »

« La suppression de la mention du lycée d'origine et l'instauration d'un référentiel de notation unique répondent à une crainte fréquente des parents

Toutefois, la FCPE insiste sur l’importance du contexte : « Pour les commissions d’examen, l’établissement d’origine constitue également un élément de contextualisation utile : il permet de situer les résultats scolaires au regard de l’offre pédagogique, des conditions d’enseignement ou des contraintes locales parfois spécifiques à l’étranger. » Supprimer cette référence pourrait alors conduire à une lecture plus abstraite des dossiers et, paradoxalement, « renforcer certaines inégalités d’appréciation ».

Deux visions : candidature anonyme sur Parcoursup ou lycée visible ?

Derrière cette proposition parlementaire, deux visions s’affrontent entre anonymiser pour garantir l’égalité formelle, ou maintenir des éléments de contexte pour assurer une équité réelle. La FCPE estime que « la lutte contre les biais ne doit pas conduire à invisibiliser la diversité des parcours ».

« Les formations sélectives annoncent réserver un pourcentage de places aux élèves du réseau (AEFE). Supprimer toute mention du lycée d’origine rendrait cette pratique impossible »

En posant la question de savoir si cette proposition « serait dramatique pour les élèves du réseau AEFE ? » la FAPEE souligne qu’en « général » les résultats sont supérieurs à ceux des lycées sur le territoire français, mais les élèves « peuvent parfois être écartés en raison d’a priori, justifiés ou non, sur une surnotation supposée de ce réseau en vase clos ».

Enfin, parmi les autres propositions de ce rapport parlementaire, figue celle de supprimer les lettres de motivation. Pour l’UNAPE, ce serait « un soulagement administratif » qui « allégerait la pression sur les familles, cette tâche étant souvent vécue comme une source d’angoisse supplémentaire ». Une mesure qui pourrait, cette fois, trouver un écho favorable non seulement dans l’Hexagone, mais aussi chez les expatriés.

Pour les Français établis hors de France, la question de Parcoursup est d’autant plus sensible que l’accès à l’enseignement supérieur hexagonal constitue souvent un enjeu stratégique : retour en France pour les études, reconnaissance des parcours internationaux, maintien d’un lien académique avec le pays ?

À ce stade, il ne s’agit que d’une proposition issue d’un rapport parlementaire. Aucune modification réglementaire n’a encore été actée. Mais le débat est lancé, et il pourrait s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’évolution de Parcoursup, huit ans après sa création. Pour de nombreuses familles françaises de l’étranger toute modification de ce dispositif devrait donc prendre en compte la spécificité du réseau AEFE et garantir que la recherche d’égalité ne se traduise pas par une perte de visibilité, d’autant plus que la réforme du réseau de ces établissements français à l’étranger est déjà au cœur de l’actualité.

Lire le rapport parlementaire sur Parcoursup des députés Pierrick Courbon et Frantz Gumbs

Auteur/Autrice

  • Jérémy Michel est rédacteur en chef adjoint du média Lesfrancais.press. Il est également coach en développement personnel et formateur en communication. Jérémy a auparavant travaillé au sein de diverses institutions politiques françaises et européennes. Il a aussi été en charge des affaires publiques d’un grand groupe spécialisé dans la santé.

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