Nouvelle donne au Moyen-Orient : Israël a (presque) gagné la guerre d’Iran.

Nouvelle donne au Moyen-Orient : Israël a (presque) gagné la guerre d’Iran.

mai 14, 2020 0 Par Laurent Dominati

Avant le temps du coronavirus, le monde était déjà, selon les collapsologues, au bord de la catastrophe. Un twitt ou une fatwa risquait de déclencher une guerre entre l’Iran et les Etats-Unis. La catastrophe n’a pas eu lieu, la guerre oui, discrètement. Elle devrait bientôt se finir par une victoire israélienne, qui pourrait être moins discrète.

En novembre 2019[1], fort des propos de Ron Dermer, l’Ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, et d’Aviv Kokhavi, chef d’Etat-major de Tsahal, j’avais interprété le nom de code de la nouvelle stratégie israélienne « Momentum » par « C’est le moment».  Bonne traduction : La guerre a été livrée ; elle est (presque) finie.

Les Iraniens épuisés

Depuis novembre donc, Tsahal, l’armée israélienne, mène deux à trois attaques aériennes par semaine contre l’Iran. Ses avions survolent sans gêne le Liban et la base militaire russe de Tartous. Les Syriens tirent bien quelques missiles, jamais ils n’ont réussi à abattre un avion, ce qui en dit long sur la technologie russe vendue aux Syriens. La semaine dernière encore, deux attaques israéliennes, menées par des F35, ont détruit un QG et des entrepôts militaires des Gardiens de la révolution iraniens en Syrie. L’aéroport touché est à quelques kilomètres seulement du palais d’Assad. Comme quoi, si certains voulaient… Il n’y a pas que le général Suleimani, le chef des Gardiens de la Révolution qui aurait pu disparaitre.

Les Iraniens, crise du coronavirus aidant, devraient retirer leurs forces de Syrie. Seul le Hezbollah les retient. Nasrallah, son chef, reconnait qu’Israël s’attaque à tout ce qui concerne la fabrication de missiles en Syrie, mais proteste de la faible présence iranienne. Comme pour reconnaitre que l’Iran va diminuer ses forces. Assad les presse, car les Syriens subissent eux aussi les attaques israéliennes. Quant aux Russes ils se sont lassés de tout, des Iraniens, des Turcs, et même d’Assad. Poutine a le spleen. Sa popularité chute. Ses réserves aussi.

Mike Pompeo en visite éclair

A la suprématie militaire israélienne s’est ajouté l’effondrement des prix du pétrole. Russie, Iran, Irak, tous sont touchés, presque coulés. L’Iran n’a pas les moyens de continuer cette bataille, même en captant les ressources pétrolières du vassal irakien (Belle réussite américaine d’avoir livré deux guerres pour confier l’Irak à l’Iran). Si les Israéliens expulsaient complètement l’Iran de Syrie, l’autoroute chiite de Téhéran à Beyrouth serait coupée. Ce qui signifierait une nouvelle donne au Liban en faillite, qui se meurt sous l’emprise du Hezbollah et de ses alliés.

Un nouveau gouvernement formé pour conclure

Le gouvernement israélien, constitué par une alliance surprise entre les deux adversaires d’hier, une quasi unité nationale de 71 députés sur 120, va conclure, la raison de cette coalition Gantz-Netanyahou n’étant pas la crise du Coronavirus mais bien la fin de cette guerre. Tsahal l’a dirigée seule, maintenant il y a des décisions à prendre. Mike Pompeo, le Secrétaire d’Etat américain, fait donc un voyage éclair en Israël ce 13 mai. Il y a rencontré Netanyahou, Gantz et Gabi Ashkenazi, nouveau ministre des Affaires étrangères, un centriste, ancien chef de Tsahal, comme Gantz.

En Israël, comme souvent, les modérés sont les militaires. Ainsi le plus virulent opposant aux projets d’annexion de Trump et Netanyahou est un député, Ram Ben-Barak, ancien chef adjoint du Mossad, les services secrets.

Le Plan américain prévoit l’annexion de la vallée du Jourdain et de 130 colonies en Cisjordanie. Comme pour le transfert des ambassades à Jérusalem, Trump et Netanyahou pensent qu’après les communiqués d’indignation, viendra l’habitude du fait accompli. Surtout si cette annexion s’articule avec une attaque contre les installations nucléaires iraniennes, au grand soulagement des pays arabes et des Européens.

Détruire les installations nucléaires iraniennes

Les Israéliens peuvent détruire les installations nucléaires iraniennes. Qui les en blâmerait ? Alors que Pompeo était à Jérusalem, les Etats-Unis dénonçaient à l’ONU le tir d’un missile balistique par l’Iran en avril dernier et appelaient au prolongement de l’embargo sur les armes décidé contre l’Iran en 2015. Celui-ci devrait être renouvelé en octobre, sauf que les Russes s’y opposent. Une bonne raison de montrer qu’il n’y a pas d’autre solution que de détruire ces installations et les sites de construction de missiles. La fenêtre de tir pour Israël serait entre juillet et octobre, avant l’élection américaine, ce qui ne déplairait pas à Trump.

Les Etats arabes tous menacés

En ce moment, la plupart les Etats arabes sont tous sous pression. Aux complots, aux révoltes, s’ajoutent les faillites. Liban, Irak, Iran, l’axe chiite s’effiloche. Assad gagne, mais quoi ? Un cimetière. Le projet moderniste du Prince Salman, qui a du décréter une trêve unilatérale au Yémen, s’évapore. Trump a fait retirer une batterie de missiles Patriot pour l’amener à plus de conciliation sur le pétrole. L’Egypte durcit son régime. La guerre de Lybie installe une partition de fait. Tous, dans le monde arabe, sont assis sur des sièges en poudre. Un peu d’eau empêche l’explosion, mais dissout. Il faut la bonne dose, le bon mélange.

Les Israéliens n’ont pas tout à fait gagné : une guerre ne se gagne que lorsque l’adversaire accepte la paix. Une paix unilatérale n’est pas une paix. Une défaite iranienne serait l’occasion d’une nouvelle donne au Moyen-Orient, et plus généralement dans le monde arabe et musulman.

Cela concerne directement la France. Elle peut, dit-on, parler à tout le monde. C’est le moment de proposer quelque chose de neuf, y compris à Israël. Pas seulement de l’antiterrorisme ambigu, du troc d’armes contre pétrole et droits de l’homme, sur fond de méfiance et de susceptibilité. L’intérêt de la France n’est pas d’avoir un monde arabe désespéré et ruiné.

La France peut mettre à profit ces crises pour définir une politique de paix - fondée sur des intérêts - en Méditerranée. Ce n’est pas la paix entre palestinien et israéliens qu’il faut viser, ni la paix en Syrie, c’est une alliance pour la paix et la prospérité en Méditerranée. Seuls les Etats-Unis, les Russes, et les Chinois s’en moquent. C’est le moment. « Momentum » comme disent les Israéliens.

 

[1] Voir « La guerre d’Iran commence en Israël », publié en novembre 2019, dans lesfrancais.press. Signe qu’il s’agit là d’un excellent hebdomadaire digital qui parle des Français dans le monde, et du monde dans lequel vivent les Français. Ce remarquable hebdo se complète d’une lettre quotidienne, à laquelle vous avez le droit de vous abonner, avec un service premium, pour 1.5€ par mois, le prix d’un café.  Parfois, le café est plus cher.