Réseau AEFE, hausse des frais de scolarité, mixité sociale, CAP 2030, gouvernance, inclusion… autant de points que les sénateurs des Français établis hors de France Mathilde Ollivier (Les écologistes) et Yan Chantrel (Parti socialiste) abordent au cours de ce podcast Lesfrancais.press. Ils ont en effet été désignés co‑rapporteurs d’une mission d’information au Sénat consacrée à l’enseignement français à l’étranger. Leur objectif est alors de dresser un diagnostic partagé et aussi de formuler des propositions avant l’été.
Mais d’autres travaux sur ce sujet sont aussi en cours, comme ceux menés par la parlementaire Samantha Cazebonne (Renaissance) également membre du Sénat. Double emploi ? Complémentarité ? Cette interview apporte un premier éclairage sur les lignes de convergence et les différences d’approche.
Écouter le podcast avec Mathilde Ollivier et Yan Chantrel
Une mission d’information transpartisane au Sénat sur l’AEFE
Invités du podcast de Lesfrancais.press, les deux sénateurs ont ou détailler les contours de leurs travaux. Pour Yan Chantrel (Parti Socialiste), la multiplication des réflexions sur l’avenir du réseau n’est pas un problème, bien au contraire : « plus il y aura de travaux sur le sujet, au vu de la situation et la crise budgétaire que rencontre notamment l’Agence, mieux ça sera. »
« Nous, le thème, c'est l'enseignement français à l'étranger et on ne se restreint pas non plus à la réforme structurelle de l'AEFE. »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France
Alors qu’une autre mission a été confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne par le Premier ministre Sébastien Lecornu, les deux co‑rapporteurs revendiquent au cours de cette interview une démarche complémentaire. Ainsi, le sénateur des Français établis hors de France insiste sur la dimension collective de leur initiative : « La force de la mission que nous menons avec Mathilde, c’est qu’elle est justement transpartisane. »

Il souligne aussi que le champ d’étude ne se limitera pas à la seule Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). « Nous, le thème, c’est l’enseignement français à l’étranger et on ne se restreint pas non plus à la réforme structurelle de l’AEFE. »
Hausse des frais de scolarité : un réseau AEFE de moins en moins accessible ?
La question de l’accessibilité au réseau de l’AEFE en raison des coûts financiers pour les familles est au cœur des préoccupations. La sénatrice les Écologistes, Mathilde Ollivier, alerte sur la hausse continue des frais de scolarité observée ces dernières années, avec des mobilisations de parents, comme en Italie ou au Maroc, et souhaite du changement.
« On se bat, pour que ce réseau AEFE reste accessible pour toutes et tous »
Mathilde Ollivier, sénatrice les Écologistes des Français établis hors de France
Elle résume ainsi son axe de travail : « C’est en tout cas ce pour quoi on se bat, pour que ce réseau reste accessible pour toutes et tous. » Selon notre invitée, les classes moyennes sont particulièrement fragilisées.

Pour illustrer ce propos, elle présente d’ailleurs les chiffres suivants : « entre 2020 et 2024, on note par exemple une baisse du nombre de boursiers dans le réseau AEFE, passant de 29 000 à 20 000 boursiers environ en quatre ans. » Une évolution qui interroge directement la mixité sociale au sein des établissements français à l’étranger. Ce thème est aussi évoqué au cours de l’entretien podcast.
CAP 2030 : un objectif de doublement des effectifs devenu intenable ?
Lancé en mars 2018 par le président de la République Emmanuel Macron, le plan CAP 2030 visait à doubler le nombre d’élèves du réseau AEFE, pour atteindre 700 000 élèves. Huit ans après l’annonce, Yan Chantrel constate un échec. Il déclare notamment : « on sait que cet objectif ne sera jamais atteint. » Et il ajoute : « à partir du moment où vous décidez du doublement, sans doubler le budget de l’agence, vous changez de modèle. »
« Soit on choisit d'aller dans le sens du tout privé, soit on considère que le service public c'est essentiel pour le développement de notre réseau (AEFE) »
Yan Chantrel, sénateur PS des Français établis hors de France
Cette stratégie n’est pas sans conséquence pour notre invité. Le sénateur affirme que cet objectif a mis le réseau sous tension, notamment en transférant certaines charges aux établissements, ce qui a contribué à la hausse des frais de scolarité. Il parle même d’ « un changement de modèle non assumé politiquement ».
Derrière le débat budgétaire se profile notamment une question centrale sur l’évolution des écoles françaises hors de France : faut‑il privilégier un développement via des établissements privés partenaires ou réaffirmer la place du service public dans le réseau à l’étranger ? « Soit on choisit d’aller dans le sens du tout privé, soit on considère que le service public c’est essentiel pour le développement de notre réseau (AEFE) », déclare le sénateur à notre micro, tout en indiquant son propre choix entre les deux modèles.
Gouvernance, budget, inclusion et pilotage : un audit global du réseau
Outre ces points, la mission d’information sénatoriale entend également analyser le niveau d’investissement de l’État ces dernières années, la question des pensions civiles des enseignants, la gouvernance des établissements en gestion directe (EGD), les relations entre l’AEFE et les établissements conventionnés ou partenaires, les priorités stratégiques en matière de rayonnement de la France via les écoles françaises à l’étranger, …

Pour Mathilde Ollivier, il est indispensable de disposer de données budgétaires claires afin d’évaluer la capacité du réseau à remplir ses deux missions : accueillir les élèves français et participer à l’influence de la France au-delà de nos frontières. Autre chantier majeur, celui de l’inclusion et les élèves à besoins éducatifs particuliers. La sénatrice plaide notamment pour un renforcement des moyens, notamment pour les AESH (Accompagnants d’élèves en situation de handicap). Elle insiste sur la nécessité d’une meilleure reconnaissance statutaire et salariale des accompagnants.
Parcoursup et attractivité du réseau AEFE
La question de l’orientation post‑bac et de Parcoursup s’invite également dans le débat. Certaines propositions parlementaires envisagent de supprimer la mention du lycée d’origine dans les dossiers. Yan Chantrel se montre prudent : « il faut surtout faire en sorte que ceux qui font des études hors de France, dans nos établissements, ne soient pas restreints dans leur choix. »

Pour les sénateurs, toute mesure susceptible de compliquer l’accès à l’enseignement supérieur en France risquerait d’affaiblir l’attractivité du réseau AEFE, déjà confronté à d’autres défis, et notamment financiers. De surcroît, cela pourrait aussi profiter au développement d’école hors Parcoursup dont les qualités sont parfois remises en doute. Yan Chantrel a d’ailleurs fait adopter dernièrement une proposition de loi visant à « un meilleur encadrement de l’enseignement supérieur privé à but lucratif pour mieux protéger les étudiants ».
Calendrier de la mission d’information sénatoriale et participation des Français de l’étranger
La mission d’information sénatoriale liée à la commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport de la Haute Assemblée a officiellement débuté et associe également les sénateurs Claude Kern (Union centriste) et Georges Naturel (LR).
« L'objectif est de rendre le rapport d'ici l'été, d'ici la fin de l'année parlementaire. »
Mathilde Ollivier, sénatrice les Écologistes des Français établis hors de France
Les Français établis hors de France peuvent contribuer à la réflexion en apportant leurs propres expériences. Des auditions sont aussi programmées, et les élus, conseillers des Français de l’étranger, sont aussi sollicités. Le rapport final est attendu d’ici juin 2026. Mathilde Ollivier le précise à notre micro : « L’objectif est de rendre le rapport d’ici l’été, d’ici juin, d’ici la fin de l’année parlementaire. »
À travers cette mission d’information sénatoriale, ainsi qu’avec les autres travaux d’ores t déjà engagés, le débat s’intensifie autour de l’avenir du réseau AEFE et de ses partenaires. Modèle économique, évolution des frais de scolarité, maintien de la mixité sociale, accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers, gouvernance de l’Agence, ambitions en matière de rayonnement international,… les chantiers sont nombreux pour l’avenir de l’enseignement français à l’étranger.
Derrière ces interrogations se joue un choix majeur pour les familles, les élèves et aussi pour la France et son positionnement stratégique à donner à son réseau scolaire hors de ses frontières. Les questions posées trouveront‑elles toutes des réponses concrètes ? Lesfrancais.press suivra pour vous l’évolution de ce débat.
Auteur/Autrice
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Jérémy Michel est rédacteur en chef adjoint du média Lesfrancais.press. Il est également coach en développement personnel et formateur en communication. Jérémy a auparavant travaillé au sein de diverses institutions politiques françaises et européennes. Il a aussi été en charge des affaires publiques d’un grand groupe spécialisé dans la santé.
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