L’imagination au pouvoir

L’imagination au pouvoir

L’histoire de la France est faite de victoires et de déboires, d’échecs retentissants et de succès qui ne le sont pas moins, de divisions mortifères pouvant déboucher sur des moments de communion.

Avec cette crise sanitaire, la France a été fidèle à sa tradition sur fond d’excès en tout genre, depuis la polémique sur les masques à celle sur l’hydroxychloroquine. Nous avons rejoué les matchs Paris contre la Province et les élites contre le peuple, ne sachant pas trop ce que recouvrent ces termes. Pour autant, les Français ont appliqué avec sérieux les mesures de confinement, les mesures de distanciation sont entrées dans les mœurs, les embrassades qui nous caractérisaient ont disparu en quelques jours.

La vie d'avant...

L’épidémie se retirant, les Français renouent avec leur vie d’avant, avec les cafés, les restaurants, ils pensent déjà à leurs vacances, encouragés par les pouvoirs publics qui veulent avant tout sauver le secteur du tourisme. Ils suivent avec un relatif détachement l’égrènement des plans de relance. D’un côté, les médias, les dirigeants parlent de l’économie française comme d’un champ de ruine; de l’autre, rien ne semble n’avoir changé. Les Français abandonnent, avec parcimonie, la langueur du confinement comme s’ils avaient été victimes du syndrome de Stockholm.

La reprise est donc assez logiquement plus faible dans notre pays que chez nos partenaires tant pour la consommation que pour la production. Le retour des salariés au travail est aussi lent que celui des élèves à l’école. Ce retard est-il la conséquence d’une application scrupuleuse du principe de précaution, principe sanctuarisé dans la constitution ? Est-ce notre relation au travail qui est en cause ? Au moment même où le chômage bat des records en France, les Etats-Unis se sont remis à créer des emplois. En cette veille d’été, notre pays est menacé d’anesthésie quand la crise sanitaire est censée avoir provoqué un choc et une prise de conscience. Cette anesthésie risque d’accentuer le décrochage de l’économie française qui n’est pas né, loin sans faut, avec la crise sanitaire.

La France a tendance à mettre plus de temps que ses partenaires pour assainir ses finances publiques et pour réduire son chômage, au point qu’à la veille de la crise du covid-19, elle n’avait pas encore effacé les stigmates de la crise de 2008. En 1945, les partenaires sociaux appelaient à la mobilisation de tous pour la reconstruction sur fond d’heures supplémentaires. Aujourd’hui, l’« Etat nounou » est censé régler l’ensemble des problèmes à coups de baguette magique et de plans de soutien. Mais n’est pas Harry Potter qui veut.

La crise sera utile si elle permet de remettre à plat les erreurs commises depuis une vingtaine d’années. Elle le sera sous réserve de ne pas appliquer des vieilles recettes à des situations nouvelles et anormales. Les problèmes du système de santé ne sont-ils pas le fruit d’une trop grande centralisation, d’un fonctionnement en silos, d’un manque de coopération entre les différents acteurs qui en ont la charge ? Faut-il pour résoudre la question de la dépendance prendre la voie de la création d’une 5e branche sur le modèle de ce qui a été fait à la Libération, ou ne faut-il pas imaginer des solutions plus souples, plus en phase avec le principe de subsidiarité. A la pente naturelle de la bureaucratisation ne devrions-nous pas privilégier l’imagination ? Le débat est ouvert.

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