Lors de notre dernière consultation, tenue du 01 au 07 avril, à laquelle 2287 Français de l’étranger ont répondu, nous vous interrogions sur votre position sur la légalisation du cannabis. En effet, l’Allemagne vient depuis le 01 avril de rendre légal son usage récréatif rejoignant ainsi le club des quelques pays légalisant le cannabis récréatif en Europe. Mais désormais, alors que Gérald Darmanin, vient de conclure une série d’opérations contre les points de vente de cette substance, notre pays est cerné par des Etats autorisant ou ayant totalement dépénalisé le cannabis.
La situation en France
La France, alors que l’usage est répandu avec plus d’1 million de consommateurs, déploie un système plus répressif que ses voisins avec des résultats peu probants. Au final, le cannabis pose divers problèmes qui requièrent une stratégie de riposte lisible. Ces problèmes sont sécuritaires (du deal visible à la violence armée), économiques (le marché illégal offre des opportunités aux habitants des quartiers prioritaires), ou sanitaires (prévalence d’usage élevée parmi les mineurs et les adultes). Actuellement, la possession et la consommation de cannabis sont sanctionnées par une amende forfaitaire pouvant aller jusqu’à 2 500 euros. 350 000 ont été dressées en France depuis septembre 2020, dont 29 000 à Marseille. L’article L235-1 du Code de la route punit de 2 ans d’emprisonnement et 4500 euros d’amende toute personne ayant conduit après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Enfin, le trafic peut être puni par une peine 10 ans d’emprisonnement et de 7 500 000 euros d’amende selon l’article 222-37 du Code Pénal.
Pourtant pour certains, en limitant l’accès aux mineurs, en améliorant la qualité des produits disponibles à la vente et en établissant des règles légales claires pour cette filière, la légalisation promet un meilleur contrôle de la substance, de ses différents usages et de ses conséquences sociales, économiques et sanitaires. Un avis et de potentielles conséquences que les Français de l’étranger partagent largement comme vous le découvrirez dans les résultats ci-dessous.
Tour d’horizon mondial
En Europe, 21 Etats autorisent le cannabis médical ce sont la Belgique, l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Espagne. L’Espagne fut la première à rejoindre les Pays-Bas en légalisant la consommation récréative. Cependant elle a appliqué une méthodologie différente, en effet, il faut au préalable s’identifier auprès d’un « club » et c’est une fois les démarches fournies que le consommateur peut dans des conditions strictes « fumer ». C’est cette méthode qu’a retenue l’Allemagne. Notons que le Portugal a décriminalisé en 2001 la consommation et la détention de toutes les drogues, qui restent toutefois interdites. Les consommateurs sont passibles d’une amende à laquelle ils peuvent échapper en optant pour un traitement contre la dépendance.

Dans le reste du monde, l’Uruguay est devenu en décembre 2013 le premier pays au monde à légaliser la production, la distribution et la consommation du cannabis. Trois modes d’accès sont possibles : culture à domicile pour consommation personnelle, appartenance à un club cannabique ou achat en pharmacie. L’achat est nominatif, limité à 40 grammes mensuels par usager. Le gouvernement a autorisé deux entreprises privées à produire et à distribuer de la marijuana.
Le Canada est devenu en octobre 2018 le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis récréatif, le premier du G7. C’était une promesse de campagne du Parti libéral du Premier ministre Justin Trudeau. La législation limite la possession personnelle à 30 grammes et à quatre plantes par foyer. Il revient aux provinces d’organiser la vente dans des magasins autorisés, publics ou privés.
Aux États-Unis, la loi fédérale interdit la culture, la vente et l’utilisation de la marijuana. La consommation récréative a néanmoins été légalisée dans seize États et dans la capitale fédérale, Washington DC. Dernier en date, l’État de New York qui a autorisé en mars 2021 la possession et la consommation de cannabis à usage récréatif pour les adultes de 21 ans et plus. L’usage thérapeutique est permis dans 33 des 50 États.
60,5% des expatriés pour la légalisation
Le résultat de notre consultation semble sans appel. En effet, 60,5% des Français de l’étranger ayant participé à cet exercice se déclarent favorables ou très favorables à la légalisation du cannabis. Cependant, ce pourcentage est à pondérer, en effet, les Français du Canada, des USA et d’Espagne représentent 28,5% des 2287 expatriés participants. Mais il faut aussi y voir un message, pour nos compatriotes qui vivent dans ces pays ayant passé le cap, les résultats semblent probants.
C’est d’ailleurs une des principales conséquences attendues, un renforcement de la sécurité. En effet, comme en Espagne qui a pu affecter les anciens policiers affectés au trafic de cannabis à la protection des femmes, ils sont 72% des personnes interrogées, et étant favorable à la légalisation, à imaginer une diminution de l’insécurité. Au contraire, ils sont 62,5%, parmi ceux défavorables au changement de législation, à imaginer une explosion de violence.
Le débat est donc présent à tous les échelons de la société et semble s’être cristallisé sur des positions extrêmes. Mais ces dernières ne prennent-elles pas racine aussi et surtout dans une fracture générationnelle ? L’alcool, qui est bien plus addictif, bien plus agressif pour le corps et dont le rôle dans de nombreux féminicides n’est plus à démontrer, est lui totalement toléré. Même encensé, mais là pour des valeurs économiques, la production de vin, de bières et d’alcools forts est une industrie importante en Europe. La France a d’ailleurs deux champions mondiaux sur son territoire, la branche « spiritueux » du groupe LVMH et le groupe Pernod-Ricard. Derrière les arguments santé et parfois moraux, n’y a-t-il pas simplement une autre guerre économique ?







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