Le président fédéral allemand demande des normes mondiales en matière d’éthique numérique

Le président fédéral allemand demande des normes mondiales en matière d’éthique numérique

Le projet international de recherche « Éthique numérique » présenté par la Fondation Mercator a démarré ce lundi 17 août. Lors de son lancement, le président fédéral allemand a appelé à une refonte de la coopération mondiale. Un article dEuractiv Allemagne.

Afin de surmonter les défis que pose la démocratie, la communauté internationale doit se réunir et se mettre d’accord sur des normes éthiques à appliquer dans le secteur du numérique, a déclaré le président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier (Parti social-démocrate, SPD) lors de la conférence inaugurale du projet international de recherche « Éthique numérique » au château de Bellevue, la résidence présidentielle.

Le projet a pour objectif de proposer des solutions scientifiques concrètes en matière de politique numérique.  « Éthique numérique » compte plusieurs membres, parmi lesquels l’Institut Humboldt pour Internet et la société (HIIG) et l’Institut Leibniz pour la recherche sur les médias. De plus, il a reçu un don d’environ un million d’euros de la part de la Fondation Mercator. « Selon moi, l’éthique de la numérisation est avant tout une éthique de la liberté », a avancé le président fédéral allemand. À ses yeux, la protection des données et l’intelligence artificielle constituent des domaines primordiaux à l’heure actuelle.

 

Un chemin semé d’embûches

D’après M. Steinmeier, il est ainsi nécessaire d’accorder une importance toute particulière à la coopération internationale. Le cadre international en la matière devrait être redéfini afin que les pays du monde entier puissent s’entendre sur des normes communes relatives à l’espace numérique. Les organisations internationales qui ont émergé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale constitueraient des exemples à suivre pour ce faire.

« Si nous voulons éviter que notre avenir numérique ne soit régi par la loi de la jungle, nous devons œuvrer à la mise en place d’un règlement international prévoyant des normes communes », a déclaré M. Steinmeier. En effet, « beaucoup de domaines numériques manquent de règles et d’institutions qui pourraient permettre une collaboration entre les États et la société ».

Toutefois, il faudra surmonter plusieurs obstacles pour y parvenir, notamment les différences entre les États-Unis d’Amérique et la Chine. Tandis que la politique numérique de Washington est pionnière d’une « économie de données centrée sur le libéralisme et la mondialisation » et qu’elle se veut « très innovante », le « capitalisme d’État » prévaut dans l’Empire du Milieu, là où internet reflète « un système presque hermétique contrôlé par l’État » devant servir le parti au pouvoir. « Le chemin semble peut-être actuellement semé d’embûches, mais il faut tenter de passer outre ».

 

La sensibilisation à la protection des données est ancrée dans l’histoire allemande

Le numérique est un domaine que le président fédéral allemand apprécie grandement. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il tient un discours au sujet de l’éthique numérique : l’année dernière il a inauguré la conférence annuelle sur la politique numérique re:publica, où la société civile est particulièrement présente. « Nous devons nous atteler de toute urgence à la démocratisation du numérique et non à la numérisation de la démocratie », a-t-il expliqué. Par ailleurs, il renvoie un signal fort en ouvrant les portes du château de Bellevue à l’occasion du lancement d’un projet international de recherche « Éthique numérique » : l’Allemagne prend ce sujet au sérieux.

L’histoire offre une explication à la position de Berlin. En effet, deux régimes de surveillance ont foulé le sol allemand au fil du dernier siècle : le Troisième Reich et la Gestapo, puis la République démocratique allemande (RDA) et la Stasi.

Ce passé pourrait être à l’origine de l’efficacité de la protection de données personnelles en Allemagne. En outre, il permettrait également d’expliquer la nomination d’Ulrich Kelber (SPD) en tant que haut responsable de la protection des données au niveau national. Ce dernier est d’ailleurs considéré comme plus strict que certains de ses homologues européens. Ainsi, en janvier, M. Kelber a qualifié d’« intolérable » la gestion des autorités irlandaises en matière de protection de données par rapport à la société Facebook et a appelé à la création d’une nouvelle autorité européenne de protection de données.

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