Le Parlement européen alerte sur les dangers du télétravail

Le Parlement européen alerte sur les dangers du télétravail

Les eurodéputés ont adopté une résolution mardi (5 juillet) par 501 voix pour, 47 contre et 85 abstentions alertant sur les risques du télétravail et de la surconnexion sur la santé mentale des employés. Le télétravail s’est massivement développé durant la pandémie de Covid-19, en particulier pour les frontaliers ou les expatriés. Pour faciliter le travail à distance, de nombreux outils numériques comme Zoom pour les visioconférences ou Slack pour échanger des messages ont vu le jour.

Si les eurodéputés reconnaissent certains avantages au télétravail comme la « flexibilité » ou encore l’« autonomie », ces derniers mettent cependant en garde contre la « surconnexion ».

Frontière floue entre vie privée et vie professionnelle, analyse des performances en temps réel, surveillance accrue, isolement social… Autant de dérives du travail à distance qui pèsent sur le bien-être mental des employés.

« La santé mentale des citoyens devrait être au cœur de nos travaux, et nous devons œuvrer ensemble pour faire face aux problèmes de santé mentale », a déclaré la rapporteuse Maria Walsh (PPE).

Pour cela, le Parlement appelle non seulement à la mise en place d’une stratégie européenne pour la santé mentale doublée d’une stratégie européenne en matière de soins, mais également à des plans d’action nationaux.

« Tous les travailleurs, et en particulier les jeunes, éprouvés par les crises, ont droit à du soutien moral, à la déconnexion », a déclaré sur Twitter l’eurodéputé Sylvie Brunet (Renew) qui se prononce en faveur d’« une directive sur ce sujet ».

télétravail

La culture du « toujours en marche »

De leur côté, les organisations syndicales se félicitent du soutien des députés européens mais appellent également à la création d’un cadre législatif pour encadrer la pratique du télétravail.

« Nous saluons le rapport du Parlement, mais tant qu’il n’y aura pas de législation européenne sur les risques psychosociaux, les travailleurs de toute l’Europe continueront à souffrir », déclare Nayla Glaise, présidente d’Eurocadres, une organisation syndicale associée à la Confédération européenne des syndicats, lors d’un entretien avec EURACTIV.

« Les frontières entre vie professionnelle et vie privée se sont estompées. La législation n’a pas suivi le rythme de l’évolution de notre monde du travail, laissant des millions de travailleurs vulnérables à une culture du « toujours en marche » », ajoute-t-elle.

Les syndicats des travailleurs européens parlent d’une véritable « épidémie » qu’il faut stopper avant qu’il ne soit trop tard.

L’autre proposition phare du Parlement pour soigner la santé mentale des travailleurs européens est de reconnaître juridiquement le « droit à la déconnexion », autrement le droit de ne plus répondre aux demandes professionnelles passé une certaine heure.

Pour les syndicats, le droit à la déconnexion « ne résoudra pas le problème à lui seul », mais il « allégerait certainement une grande partie des charges imposées aux travailleurs ».

Pression sur la Commission

Si le Parlement européen et les associations semblent prendre le sujet à bras le corps, tous les regards se tournent désormais vers la Commission.

« C’est la deuxième fois en quatre mois que le Parlement demande à la Commission de légiférer sur les risques psychosociaux », souligne Nayla Glaise.

« La croyance selon laquelle l’UE n’a pas de rôle ou de compétence en la matière est une pure invention », conclut Maria Walsh qui appelle à la « mise à jour de la législation européenne, afin de refléter les nouvelles réalités du travail numérique ».

Alors que certains pays de l’UE ont déjà commencé à s’engager sur le sujet, Mme Glaise compte sur la présidence suédoise du Conseil de l’UE qui commence en janvier 2023 pour « faire avancer notre appel à une protection paneuropéenne ».

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