La France avait raison

La France avait raison

Le « french bashing », en anglais s’il vous plaît, plaît. À tous. Particulièrement en France,  alimenté  par le sentiment du déclin. Alors quand le plus grand magazine anglais écrit : « la France avait raison », il y a de quoi s’interroger. Serait-ce un piège de la perfide Albion pour mieux basher ? Non, The Economist ne plaisante pas, même si, parfois, avoir raison trop tôt c’est avoir toujours tort. En quoi la France a-t-elle eu raison ?

Modestement, en presque tout. Elle avait raison de fixer comme objectif pour l’Europe « une autonomie stratégique ». Dans ce discours de la Sorbonne, en 2017, Emmanuel Macron demandait la création d’un « Fonds européen de Défense ». Lentement, on y vient. L’idée vient de plus loin, de l’adhésion de la France à l’Europe, en 1958, quand De Gaulle prônait « L’Europe européenne », c’est-à-dire alliée des Américains, soit, mais indépendante.

La France avait raison de construire une armée indépendante

La France avait raison de construire une armée indépendante, notamment dans sa composante nucléaire, contrairement aux Britanniques. Elle a eu raison, par la suite, de maintenir cet effort de défense, de conserver une marine, un porte-avions nucléaire, une industrie aérienne, des capacités de projection.

La France a eu raison, même si cela lui a coûté cher, notamment par rapport aux autres pays européens, notamment l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, de maintenir l’ossature d’une armée, malgré les dividendes de la paix. Bien sûr les budgets militaires ont diminué, mais toutes les composantes sont restées, et, en dix ans, le budget de la défense a doublé. Cette fois, elle n’a pas eu raison trop tôt.

Illustration de Peter Schrank de l'article "The Economist" du 18 février 2026 ©The Economist
Illustration de Peter Schrank de l'article "The Economist" du 18 février 2026 ©The Economist

La France a aussi eu raison de construire l’Union européenne

La France a aussi eu raison de construire l’Union européenne, inlassablement. Sans l’Union européenne, elle ne serait pas même une Suisse pauvre  car personne ne l’accepterait neutre. Sans cette alliance elle serait isolée, divisée appauvrie et soumise. Comme beaucoup le souhaitent et l’ont toujours souhaité. Et chaque pays européen serait comme elle, pire qu’elle, jouet des ambitions des autres. L’alliance européenne permet d’être parmi les acteurs du grand jeu, et non les enjeux. Cela ne tient qu’à un fil, qui est toujours le même; la volonté. Cette volonté de faire l’Europe, ce n’est pas celle de l’Allemagne, de l’Italie ou du Royaume-Uni, c’est, historiquement, une volonté de la France qui s’est imposée, malgré les craintes et réticences, notamment allemandes.

Aujourd’hui, l’épargne européenne finance le déficit public américain et renforce la loi du dollar

Elles sont toujours là. Dans le domaine de la défense comme dans le domaine financier. Combien de temps faudra-t-il pour un emprunt européen ? Combien a-t-il fallu pour la faire accepter et sauver la Grèce ? Aujourd’hui, l’épargne européenne finance le déficit public américain et renforce la loi du dollar. Certes, les finances publiques françaises suscitent la méfiance de l’autre côté du Rhin. Sans cesse revient l’antienne de l’entre-deux-guerres « L’Allemagne paiera » comme si c’était là le refrain de la légèreté française. Quel aveugle prétendrait que l’Allemagne n’a pas, pour son économie et ses finances, profité de l’Europe ? Il n’est pas question de jalouser les Allemands, après tout, il ne tenait qu’à la France d’en faire autant. Le marché intérieur et l’euro offrent des chances, encore faut-il les saisir. La Pologne en est l’exemple.

Seuls les aveugles ne comprennent pas que seule l’électrification permet de se délier des hydrocarbures

Surprise surprise : The Economist n’est pas le seul à reconnaitre la lucidité des dirigeants français. Voilà Ursula Van der Leyen avouer que « la réduction de la part du nucléaire dans l’électricité (…) avait été une erreur tragique. » La part du nucléaire en Europe est de seulement 15%. En France elle atteint 75%. Les dirigeants français, dans la précédente Programmation Pluriannuelle de l’Énergie avaient prévu de l’abaisser à 50%. Dans la nouvelle version, au lieu de fermer de centrales, le gouvernement projette la construction de six nouvelles et de huit en option. Il prévoit aussi de persévérer dans les énergies renouvelables, comme le font la Norvège, l’Allemagne, la Chine, ou … les pays du Golfe. Là encore, seuls les aveugles ne comprennent pas que seule l’électrification permet de se délier des hydrocarbures. De sortir de la dépendance des crises du Moyen-Orient, et que si le tout nucléaire est incertain, comme l’ont montré les pannes des centrales il y a deux ans, le tout énergie renouvelable l’est aussi. Pologne et Allemagne ont dû recourir à nouveau au charbon.

D’où vient cette sagesse française ? Les dirigeants français seraient-ils tous des visionnaires ? Les moqueurs et les critiques des jaloux et des aigris ? Possible. Peut-être aussi que la sagesse est-elle plus populaire qu’on ne le croit et que, dans une démocratie, les dirigeants s’accordent plutôt sur les souhaits des citoyens. Ainsi, promouvoir l’alliance des Européens, l’indépendance nationale, dans sa composante militaire et civile, ressort sans doute d’une ambition française permanente.

Des composantes nucléaires dans d’autres pays européens

Preuve en sont les réactions au discours du Président de la République à l’île Longue, au cours duquel il a annoncé un renforcement de la dissuasion, et une dimension « continentale », c’est-à-dire la possibilité de placer, d’associer ceux-ci, non à la décision ou l’usage mais aux exercices et à la protection. Tous les partis, en France, ont approuvé. Un exploit compte tenu de l’affection qu’ils éprouvent pour le Président de la République. Réponse tout aussi intéressante : huit pays européens se sont portés volontaires, dont quatre abritent déjà des armes nucléaires américaines…

Pays disposant de l'arme atomique
Pays disposant de l'arme atomique

Même les Américains saluent la France : à Los Angeles, la France était dans tous les films internationaux des Oscars.

Serait-ce à dire que dans les recoins de sa lampe, le bon génie du peuple françois aurait une longue-vue ?  Mieux que cela : Des créateurs. Même les Américains saluent la France : Ce dimanche à Los Angeles, la France était présente dans tous les films en lice pour le meilleur film international lors de la remise des Oscars.  Pas un hasard : sur les 86 films présentés dans la catégorie internationale, 27 sont des coproductions françaises. Avec 64 accords, la France est le pays phare pour les coproductions internationales. Ouverture sur le monde, créativité.

Quel rapport entre ce soft power cinématographique et le Charles de Gaulle à Chypre ? Qu’il n’y a pas de Power sans soft power, d’esprit d’indépendance sans solidarité pour l’indépendance des autres, celle du Liban ou de Chypre, ou de la … Suisse, qui regrettent, comme les Belges, les Danois ou les Pays-Bas leur dépendance aux avions américains.

Des armes, il en faut hélas. Des arts et des lois, plus que jamais.

Puisse la France « mère des arts, des armes et des lois », avoir encore raison. Des armes, il en faut hélas. Des arts et des lois, plus que jamais. C’est par eux que l’on résiste. Car Du Bellay complète :« Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine, Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau. »

Auteur/Autrice

  • Laurent Dominati

    Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu'en septembre 2025.

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