La fin du dollar a-t-elle sonné ? 

La fin du dollar a-t-elle sonné ? 

Depuis les années 1960, nombreux sont ceux qui ont annoncé la fin du dollar comme monnaie centrale du système monétaire international. L’arrêt de la convertibilité en or, les changes flottants, la crise de 2008 ont été autant d’évènements censés sonner le glas de la devise américaine. Or, celle-ci demeure la première devise pour les échanges extérieurs et, de loin, la première monnaie de réserve. 

La montée en puissance de la Chine induisant une fragmentation du monde, les déficits publics croissants des États-Unis, la contestation de la règle de l’extraterritorialité sont autant d’éléments qui sont mis en avant pour mettre un terme au droit de seigneuriage monétaire qu’imposent de fait les Etats-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale au reste du monde.

59% des réserves de change

Le dollar reste de loin le pilier du système monétaire international en étant la principale monnaie d’échanges et de réserves. Grâce à la profondeur du marché financier américain, du volume des actifs cotés aux États-Unis, le dollar reste incontournable. Même si un léger effritement est constaté, la monnaie américaine représente 59 % des réserves de change. Le RMB, la monnaie chinoise, joue en la matière un rôle marginal avec 2,79 % des réserves de change (2021). Cette situation est paradoxale pour un pays qui est depuis plusieurs années la première puissance commerciale mondiale et dont le PIB est le deuxième au monde. Elle s’explique par la faiblesse de la sphère financière chinoise, par l’absence de transparence et par le caractère non démocratique du régime. 

Le dollar peut s’appuyer sur la puissance tant militaire, économique que démocratique des États-Unis. Avec la multiplication des sanctions infligées par les États-Unis à des pays comme l’Iran ou la Russie, ou à des entreprises au nom de l’extraterritorialité, certains estiment qu’il faut se prémunir de ces risques en ne recourant plus aux dollars. Pour certains gouvernements, le gel des réserves de change de la Russie évaluées à 500 milliards de dollars, et l’interdiction du recours au système d’information interbancaire Swift seraient des arguments pour sortir de la zone dollar.

En période de crise, la monnaie américaine joue un rôle de valeur refuge 

Le rejet du dollar ne se traduit pas dans les faits. Au contraire, en période de crise, la monnaie américaine joue un rôle de valeur refuge. Que ce soit lors de la crise des subprimes en 2008/2009, durant celle des dettes souveraines en 2011/2012 ou depuis le début de l’épidémie de Covid, le dollar s’apprécie prouvant que les investisseurs placent leurs capitaux dans cette devise. 

La guerre en Ukraine s’est accompagnée d’une hausse des entrées de capitaux aux États-Unis. Le dollar reste incontournable car il n’y a pas d’alternative. Les États-Unis demeurent de loin la première puissance militaire. Ils disposent d’alliés fiables leur permettant de mettre en œuvre des sanctions globales à l’encontre des États qui constituent un danger. Les États-Unis ont été notamment suivis par l’Europe, le Japon et la Corée du Sud pour les sanctions contre la Russie. Peu de pays souhaitent placer leurs réserves de change en RMB par crainte qu’un conflit avec les États-Unis provoque leur blocage.

L’euro, deuxième monnaie de réserve 

L’euro qui constitue la deuxième monnaie de réserve ne peut pas ravir la place de numéro un au dollar en raison de l’absence d’unité politique de la zone euro. Les actifs alternatifs (or, cryptomonnaies) sont de trop petite taille pour être des substituts au dollar. Les réserves mondiales de dollars représentent plus de 7 000 milliards de dollars quand la capitalisation de l’or s’élève à 2 000 milliards et celle des cryptoactifs à 1 800. Les cryptoactifs connaissent des fluctuations de grande ampleur de nature spéculative qui les empêchent de jouer un rôle monétaire réel. Les cryptomonnaies publiques que plusieurs États dont la Chine préparent, seront des substituts aux billets de banque, facilitant les transactions commerciales de faible taille, mais ne pourront pas, dans un premier temps du moins, se substituer aux monnaies de réserve.

Auteur

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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