La fin du charbon a-t-elle sonné ?

La fin du charbon a-t-elle sonné ?

Le charbon qui est la première source d’énergie mondiale est-il voué à un déclin irrémédiable au nom de la réduction des émissions des gaz à effet de serre ? Les pays émergents et les pays en développement sont-ils capables de se passer de cette énergie abondante et à bas prix ? 

Le combat contre le charbon n’est pas totalement gagné même au sein des pays dits avancés. Ainsi, aux Etats-Unis, l’administration Trump a favorisé l’industrie charbonnière américaine avec une déréglementation et un soutien politique. L’Allemagne continue de disposer d’un des parcs de centrale au charbon le plus important d’Europe qui est à l’origine de 30 % de son électricité. Une nouvelle centrale au charbon a été mise en service dans l’ouest du pays le 30 mai 2020 d’une puissance de 1 100 MW. Angela Merkel a pourtant annoncé, cette année, sa volonté que le pays abandonne cette énergie d’ici 2038. 

Le charbon de plus en plus contesté : 39% des émissions de CO²

Le charbon est, en tant qu’énergie, de plus en plus contesté. Un mouvement de fond se dessine en faveur d’une transition énergétique. Les deux plus grands émetteurs de CO2 ont décidé de s’engager dans la transition énergétique. Le Président chinois, Xi Jinping a présenté un plan de réduction des émissions nettes de carbone de la Chine à zéro d’ici 2060. Aux Etats-Unis, de nombreux Etats et villes ont adopté des législations coercitives pour limiter les émissions de CO2 . 

Avec Joe Biden, l’Amérique devrait revenir dans l’accord de Paris qu’elle avait adopté il y a cinq ans avant d’y renoncer sous l’administration Trump. En Amérique et en Europe, la consommation de charbon, principale source de gaz à effet de serre, a diminué de 34 % depuis 2009. Pourtant, le charbon représente encore 27% de l’énergie brute utilisée au niveau mondial pour et représente 39 % des émissions annuelles de CO².

Au sein des pays avancés, l’utilisation du charbon a culminé dans les années 1930 avant de décliner, remplacé par le pétrole, le gaz et le nucléaire. Depuis une décennie, sa consommation est en fort recul dans les Etats membres de l’OCDE.

Baisse en Europe, croissance du charbon en Asie 

En Grande-Bretagne, les dernières centrales électriques au charbon pourraient fermer dès 2022 tout comme en France qui en dispose de quatre. Si la consommation est en baisse en Europe, elle a augmenté de 25 % en dix ans en Asie. Le continent représente désormais 77 % de toute l’utilisation du charbon. La Chine à elle seule en brûle plus des deux tiers, suivie de l’Inde. Le charbon domine dans certaines économies de taille moyenne à croissance rapide, notamment l’Indonésie et le Vietnam. En Asie, certains pays commencent à prendre des mesures pour limiter la consommation du charbon. Les Philippines ont ainsi déclaré un moratoire sur les nouvelles centrales. Le Japon et le Bangladesh se sont engagés à diminuer le nombre des nouvelles installations.

Augmenter le prix mondial de la tonne de CO²

Le nouveau plan quinquennal de la Chine, qui sera publié en 2021, pourrait limiter l’utilisation du charbon. Il devrait retenir un plafond aux niveaux actuels. Malgré tout, la Chine continue à construire dans des pays en développement des centrales au charbon dans le cadre de son initiative « Belt and Road ». En Inde, les pressions internationales pour diminuer la production d’électricité à partir du charbon ne sont pas très populaires, les autorités mettant en avant qu’en 2019, la consommation de charbon par personne en Inde était inférieure à la moitié de celle des États-Unis.

Le recul du charbon sera donc difficile à mener dans les pays en développement en raison des surcoûts en infrastructures que génèrent le déploiement d’énergies renouvelables. En raison de leur production intermittente, ces sources d’énergie nécessitent la réalisation d’infrastructures complémentaires et la mise en œuvre de capacités de stockage coûteuses. 

La mise en place de réseaux intelligents nationaux peut atténuer ce problème en connectant différentes régions. La fixation d’un prix mondial de la tonne carbone suffisamment dissuasif constitue également un des moyens pour accélérer la substitution.

L’Asie et l’Afrique les plus concernés par le changement climatique

L’autre étape consiste à indemniser les perdants comme les pays occidentaux l’ont fait dans les années soixante pour les régions concernées par la fermeture des mines (Pays de Galles, Lorraine, le Nord, etc.). De la province du Shanxi en Chine au Jharkhand en Inde, les gouvernements locaux auront besoin de transferts fiscaux pour aider à rééquilibrer leurs économies. 

Les pays d’Asie qui ont bénéficié d’une forte croissance, ces dernières années, ont des marges de manœuvre plus importantes que ceux d’Afrique. Ils sont en outre les premiers concernés par les effets du réchauffement. Leurs habitants, leurs infrastructures et leur agriculture sont exposés aux sécheresses, aux inondations, aux tempêtes et à l’élévation du niveau de la mer causées par le changement climatique. Une classe moyenne grandissante aspire, en outre, à ce que leur gouvernement mette en œuvre des politiques visant à améliorer les conditions de vie.

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